Quand les petits-enfants se confient…

Quand les petits-enfants se confient…

Pour les enfants et les adolescents, souvent à la recherche d’oreilles attentives et non moralisatrices, les grands-parents sont des confidents tout trouvés. Pour autant, peuvent-ils tout entendre ?

Si les confidences des petits-enfants désarçonnent parfois les grands-parents, elles témoignent avant tout de leur confiance… qu’il ne faut surtout pas décevoir ! Les grands-parents représentent un pôle stable et rassurant dans un univers familial souvent bousculé, et offrent une disponibilité que les parents n’ont pas toujours. Libérés de leur rôle d’éducateurs, ils bénéficient d’un certain recul. De ce fait, « les relations avec les petits-enfants relèvent d’abord du bonheur, de l’amour et de la curiosité », indique Marie-Claire Chain, psychologue et animatrice de groupes de parole à l’École des grands-parents européens (EGPE). Riches de leur expérience, ils offrent un point de vue différent et peuvent entendre toutes ces choses compliquées à dire aux parents.

Des confidences différentes selon l’âge

Des disputes entre copines aux ruptures amoureuses, la gamme de confidences varie avec l’âge. « Petits, ils parlent davantage de leurs chagrins, des problèmes rencontrés à l’école, de leurs difficultés à s’endormir…, explique Odile Lemant, psychologue et grand-mère de trois petits-enfants. À l’adolescence, ils vont plutôt évoquer leurs premières amours et les sujets conflictuels qu’ils n’ont pas envie d’aborder avec leurs parents, parce qu’ils cherchent à s’en différencier. Ces confidences sont l’occasion d’interroger les grands-parents ; ils peuvent être soulagés de savoir que leurs parents, quand ils étaient jeunes, ont eu un parcours moins lisse que ce qu’ils imaginaient. »

Il existe aussi des sujets récurrents - problèmes de santé, différends familiaux, difficultés économiques… - qui traduisent leurs inquiétudes à tout âge. « Parfois les parents ordonnent aux enfants de ne pas en parler à papi et mamie par crainte de les inquiéter, poursuit Odile Lemant. Au risque de les priver de ce précieux espace d’expression… et de les perturber davantage ! »

Première règle, « les grands-parents sont les garants des secrets reçus », souligne Marie-Claire Chain. « Pour autant, sans révéler de secrets, ils peuvent servir de pont avec les parents, notamment pour essayer d’aplanir les petits soucis de l’enfance comme la peur du noir, les punitions à l’école… », ajoute Odile Lemant.

Grands-parents : trouver la bonne distance

Il est des confidences plus lour­des, comme cette grand-mère dont le petit-fils de 10 ans se sentait malheureux à l’école car tout le monde lui disait qu’il était laid. « Cet enfant ne voulait pas en parler à ses parents, pensant que cela leur ferait trop de peine, explique Marie-Claire Chain. La grand-mère lui a parlé de l’histoire du vilain petit canard, de la beauté présente dans le cœur, de la gentillesse et de l’intelligence, pour aider son petit-fils à s’accepter, à faire de cette épreuve une force. » Il arrive aussi qu’ils prennent à témoin les grands-parents dans les conflits avec leurs parents. Là, il s’agit de trouver la bonne distance, pour défendre le point de vue de l’enfant et expliquer l’attitude des parents.

Mais que répondre à votre petit-fils qui se vante d’avoir pris un bus sans titre de transport… À votre petite-fille qui avoue avoir trop bu lors d’une soirée ? En fait, tout dépend de vos convictions personnelles et de l’éventuelle gravité des faits. « Face à un adolescent qui sèche le lycée, par exemple, il est important de marquer son désaccord, rappelle Odile Lemant. Mais aussi de lui dire que l’on a besoin de savoir où il se trouve quand il fait l’école buissonnière. L’enfant est ainsi sous la responsabilité d’un adulte, tout en ayant l’impression de ne pas être sous le regard des parents. »

Intervenir ou pas ?

Si la révélation provoque un cas de conscience, mieux vaut soumettre son doute à sa meilleure amie plutôt qu’à une cousine, par exemple, pour laisser l’« affaire » en dehors du champ familial. Les petits-enfants se confieront d’autant plus facilement s’ils savent qu’avec leurs grands-parents, c’est « motus et bouche cousue ». Mais face à un jeune qui dit être victime de harcèlement à l’école, le confident se doit de réagir. « Certaines confessions ne doivent pas être gardées pour soi, alerte Marie-Claire Chain. Comme le fait d’avoir volé, d’avoir fumé du cannabis, d’attendre un enfant… Les grands-parents doivent amener leurs petits-enfants à en parler à leurs parents ou trouver un relais, comme un médecin, pour ne pas rester en tête-à-tête avec un secret trop lourd. »

Certains peuvent, à l’inverse, se plain­dre de l’excessive retenue de leurs petits-enfants, notamment lorsqu’ils grandissent. « Leur réserve est souvent liée à la relation des grands-parents avec leurs propres enfants, note Odile Lemant. Les petits-enfants sentent les conflits entre adultes et savent très vite ce qu’il faut dire ou pas. » Parfois, figés sur leurs principes, les aïeux ne prennent pas toujours leurs petits-enfants pour ce qu’ils sont. « Intrusifs, possessifs et moralisateurs, vous n’aurez aucune chance de recevoir des confidences, renchérit Marie-Claire Chain. Il faut être diplomate, ne pas verser dans la morale, s’intéresser au monde dans lequel ils vivent. »

À l’École des grands-parents européens, on aide les grands-parents à prendre conscience de leur place prépondérante. Ils ont un rôle à jouer dans la transmission de l’histoire familiale. Leur propre passé permet d’engager un dialogue avec les petits-enfants. Une complicité qui peut aussi prendre la forme de moments simples mais privilégiés, en partageant un week-end par exemple, pour apprendre à les connaître et se nourrir des mêmes souvenirs. « Votre chance est d’avoir du temps à leur consacrer, conclut Odile Lemant. Et, s’ils vivent loin de chez vous, vous resserrerez les liens en leur offrant l’hospitalité, sans contraintes ! »

En savoir plus

Contact : EGPE Paris Île-de-France, 12 rue Chomel, 75007 Paris
Tél. : 01 45 44 34 93
Web : www.allo-grandsparents.fr