Problèmes de dos : les enfants aussi

Problèmes de dos : les enfants aussi

Enfant, vous avez sûrement entendu : "Tiens-toi droit !" Une injonction qui perdure depuis des générations. Et pour cause, un dos avachi ou scoliotique est un passeport pour les douleurs à l’âge adulte.

Promenez votre regard sur des clichés anciens, vous y verrez des écoliers droits comme des piquets : épaules en arrière, menton fièrement relevé, dos impeccablement redressé. Comparez avec les clichés de vos ados : affalés sur un sofa, avachis sur leur table de travail, assis de travers… Leur colonne vertébrale se contorsionne, penchée en avant, tordue sur le côté. Plus rien à voir avec les écoliers d’antan.

Et pourtant, que n’a-t-on fait pour le dos de nos enfants ! Depuis plus de dix ans, la lutte contre les cartables trop lourds a marqué des points. Aujourd’hui, les enfants du primaire n’ont presque plus de livres à transporter et jonglent avec des photocopies. Au collège, la plupart des professeurs travaillent par "sections" que les élèves sont censés ranger dans un classeur à la maison, dès que le chapitre est terminé. Et, le sport et l’EPS désormais valorisés, les résultats devraient être là !…

Des enfants plus grands, des dos plus courbés

Cependant, dans le même temps, d’autres facteurs peu favorables à la santé de leur dos sont apparus, comme l’augmentation régulière de la taille. C’est mathématique : plus on est grand et plus on a tendance à se courber.

Le surpoids et l’obésité semblent aussi être liés à ce type de troubles, sans oublier la sédentarité, responsable de la faiblesse musculaire. Or, ce sont les muscles qui maintiennent l’armature du dos. Certains loisirs - jeux d’écran, télévision - sont une ruine pour le dos. Plus on regarde la télé, plus on a tendance à se voûter. D’abord en raison de la position “avachie” adoptée par de nombreux ados, mais aussi parce c’est autant de temps soustrait à la pratique d’une activité physique.

Enfin, l’effacement progressif du rite du dîner familial y participe. Moment où, précisément, les parents pouvaient rappeler à leur progéniture l’importance d’un bon maintien.

Des conséquences liées au sexe de l’enfant

Si la structure dorsale est fragile, si elle a été déformée, il en résultera à l’âge adulte : douleurs, arthrose précoce, limitation de la capacité respiratoire, impact sur le fonctionnement cardiaque.

Selon le sexe, les risques ne sont pas les mêmes : 4 à 8 % des filles ont tendance à développer une scoliose (déformation latérale en S) et 2 % des garçons une cyphose (dos voûté). Deux périodes sont particulièrement à surveiller, car le corps grandit vite, l’os étant cartilagineux et donc déformable : entre l’acquisition de la marche et l’âge de 5 ans, et de 10 ans à la puberté.

La plupart des scolioses, non invalidantes, peuvent être limitées, voire stabilisées si elles sont traitées précocement. Une rééducation permet de stabiliser les déviations et évite le recours ultérieur au port d’un corset.

Des problèmes de dos faciles à dépister

Si le médecin scolaire et le médecin de famille sont en première ligne pour détecter une scoliose, les parents peuvent aussi le faire : demandez à votre enfant de s’asseoir sur un siège stable, puis de se pencher en avant. Si une petite bosse apparaît d’un côté du dos, rendez-vous chez le médecin, qui lui prescrira une radio de contrôle. Si la situation se confirme, une rééducation pourra être entreprise à temps.

La cyphose est encore plus facile à détecter : si le haut du dos est courbe, et que votre ado regarde le bout de ses souliers quand il marche, il est voûté. Dans presque tous les cas, l'enfant se tient voûté parce qu'il n'active pas ses muscles posturaux et il suffit de réaliser une éducation vertébrale pour l’aider à se redresser.

D’abord, étirer sa colonne

Quelle que soit la déformation ou la mauvaise posture observée, le premier travail du kinésithérapeute consiste à faire jouer le patient avec son équilibre, lui faire sentir la bonne position, afin qu’il ait des repères pour se redresser, miroir à l’appui : bascule du bassin, rapprochement des épaules en arrière et en bas, autograndissement (menton rentré sans forcer, de préférence en soufflant, étirer sa colonne par le haut du crâne). Ensuite seulement vient la rééducation proprement dite (exercices de positionnement, d'étirement, de musculation, etc.).

Quand l’ordinateur participe à la prévention

Le site www.mtondos.com propose aux enfants de 7 à 13 ans de se pencher sur les postures à adopter via "e-Mage M’ton dos", un logiciel à télécharger pour une somme modique. Le programme est ludique (jeux vidéo), pédagogique (grâce au personnage "e-Mage") et informatif. Il transmettra à votre enfant les connaissances inhérentes à l’acquisition des automatismes du redressement. Une initiative du Syndicat national des masseurs-kinésithérapeutes rééducateurs, de la Fédération des conseils de parents d’élèves et de l’association Grandir en France.

Quelques conseils pour limiter les risques

  • Limitez l’accès à la TV et aux écrans, c’est le facteur n°1 des déformations dorsales.
  • À la maison, équipez le bureau de votre enfant d’un fauteuil réglable.

Si le plateau du bureau est également inclinable, c’est encore mieux.

  • Du sport mais sans excès…

Chez l’enfant, tous les sports sont bons pour autant qu’ils ne sont pas pratiqués en compétition. L’idéal : la marche qui fait travailler harmonieusement les muscles des jambes, les abdos, les dorsaux, le sens de l’équilibre… En revanche, gare aux sports pratiqués trop jeunes et de façon trop intense : on incrimine beaucoup les excès de danse et de gymnastique chez des tout petits, en particulier les mouvements de "pont arrière". Et surtout ne pas dispenser "larga manu" ses enfants de cours d’EPS pour n’importe quel motif il est souvent surprenant de voir un jeune dispensé d’EPS porter un sac de 10 kg et bénéficier de séances d’une demi-heure de rééducation posturale tandis qu’il passe 15.000 heures par an avachi sur sa chaise à l’école devant la télé, l’ordinateur ou la console de jeux.

  • Un cartable bien choisi et bien rangé.

Dans une même classe, des enfants peuvent avoir un cartable dont le poids varie du simple au double. Explication : de nombreux objets s’y trouvent qui n’y ont aucune place ! Il faut donc vider son sac tous les soirs et le refaire tous les matins en n’y mettant que les objets utiles ! Optez pour un modèle aux brides larges, et insistez pour que votre chérubin le porte haut, près du corps et sur les deux épaules. Ne dramatisons pas l’impact du cartable. Un cartable mal porté est nocif, un cartable bien porté, cela muscle le dos !

  • Pas de "plateau repas" mais des dîners familiaux, auxquels, vous, parents, devez exiger un minimum de "tenue" à table. Votre ado râlera, mais tant pis, c’est pour son bien.
  • La mise en place d'une visite annuelle chez un kinésithérapeute à l'instar de celle réalisée chez le dentiste pour l’hygiène bucco-dentaire qui permettrait à la fois de délivrer les conseils importants aux enfants et de dépister des problèmes naissants.