Obésité infantile : les signaux d’alerte

Obésité infantile : les signaux d’alerte

Les parents doivent être attentifs à l’alimentation de leurs enfants. Et réagir devant les signes annonciateurs d’une prise de poids excessive.

En France, le nombre d’enfants obèses ou en surpoids a doublé depuis dix ans. Selon la dernière étude, on compte aujourd’hui 14 % d’enfants en surpoids et 3,5 % d’enfants obèses.

Les autorités sanitaires multiplient les recommandations : faire davantage d’exercice physique, manger cinq fruits et légumes par jour, appliquer les messages sanitaires accompagnant les publicités de produits alimentaires : "Évitez de manger trop gras, trop sucré, trop salé", "Évitez de grignoter entre les repas", etc.

Parmi les mesures envisagées par le ministère de la Santé, figurent l’interdiction de diffusion des publicités pour les aliments et boissons au cours des programmes télévisés destinés aux enfants et la recommandation faite aux grandes surfaces de retirer les sucreries situées près des caisses.

Un environnement néfaste

Autant de mesures peut-être nécessaires, mais probablement insuffisantes pour résoudre le problème. Car il est tout d’abord essentiel de comprendre pourquoi on devient obèse. On a accusé tour à tour l’accès trop facile à une nourriture riche (fast-foods, distributeurs automatiques de friandises et de sodas, etc.), un usage abusif de la voiture, une sédentarisation des loisirs (télévision, jeux vidéo, etc.).

Certes, "notre environnement est devenu 'obésogène', affirme le Pr Patrick Tounian, chef de service adjoint de gastro-entérologie et nutrition pédiatrique à l’hôpital Armand-Trousseau, à Paris, et spécialiste de l’obésité infantile. On ne peut en nier les effets néfastes, mais cet environnement ne suffit pas à lui seul à rendre un enfant obèse. Il faut pour cela une prédisposition génétique."

Un héritage familial

Pourquoi le nombre d’enfants obèses croît-il dans certains pays ? Parmi les hypothèses validées par de nombreux scientifiques, figure la sélection génétique des personnes obèses au fil des générations. "Dans les pays aux conditions de vie difficiles, continue-t-il, les personnes enrobées ont mieux résisté que les autres aux famines, leurs descendants sont donc plus souvent prédisposés à devenir obèses dans un environnement favorable."

C’est le cas en Polynésie, au Brésil et même aux États-Unis où les enfants obèses sont presque deux fois plus nombreux parmi les Amérindiens et les Noirs que parmi les Blancs. Autrement dit, les descendants de ces populations ont hérité quelques décennies plus tard d’une prédisposition génétique à devenir obèses.

Or cette prédisposition s’exprime quand ces individus vivent dans un environnement favorable à l’obésité, comme celui de notre société industrialisée. D’autres facteurs pourraient créer des conditions propices au développement de l’obésité infantile : l’allaitement artificiel plutôt que maternel ou un excès de protéines dans l’alimentation du tout-petit.

Cela dit, "même dans cet environnement néfaste, seuls ceux qui sont génétiquement prédisposés risquent de devenir obèses, insiste le Pr Tounian. Tous les enfants n’en sont pas menacés. Alors, prendre des mesures globales au nom de la prévention contre l’obésité est inutile pour la majorité des enfants et ne fait que stigmatiser les enfants obèses, qui souffrent déjà du regard des autres."

Les signes annonciateurs du surpoids

Que faire alors ? "Cibler la prévention sur les enfants à risque", répond-il, ceux dont un des parents souffre d’obésité et ceux qui présentent un rebond précoce de l’indice poids/taille. Pour ces derniers, il suffit de suivre les courbes de poids figurant dans leur carnet de santé. Lorsque la courbe dévie de sa trajectoire et indique un rebond d’adiposité avant 6 ans, il est recommandé d’emmener l’enfant consulter un médecin qui indiquera les mesures nutritionnelles à prendre.

Seule une prise en charge individuelle, encadrée par un médecin et la famille, peut éventuellement donner des résultats. Mais il faut rester humble, car, pour l’heure, il est difficile de prévenir et traiter l’obésité. Si l’on parvient parfois à une réduction de l’excès de poids, il arrive que l’on doive se contenter d’une stabilisation pondérale et même, dans certains cas, renoncer à toute tentative d’amaigrissement chez des enfants qui ne supporteraient pas les frustrations que cela implique.

Détecter un début d’obésité

Le surpoids ou l’obésité d’un individu sont déterminés par son indice de masse corporelle (IMC). Celui-ci est calculé en divisant le poids (kg) par la taille (m) au carré. Exemple : une femme mesurant 1,65 m et pesant 66 kg a un IMC de 66/(1,65 x 1,65) = 24. Un IMC situé entre 18 et 24,9 correspond à un poids normal. À partir de 25, la personne est en surpoids ; à partir de 30, elle est obèse.

Chez l’enfant, l’IMC varie avec l’âge. Grâce aux courbes de corpulence figurant dans le carnet de santé, le médecin peut déterminer si un enfant présente un risque d’obésité. Les courbes de référence ont en effet été calculées, pour chaque sexe, avec les valeurs d’IMC en fonction de l’âge. Jusqu’à 1 an, il est normal que la courbe de corpulence augmente. Elle diminue ensuite jusqu’à 6 ans, puis augmente à nouveau jusqu’à la fin de la croissance. Le moment où la courbe remonte est appelé "rebond d’adiposité". Si ce rebond paraît avant l’âge de 6 ans, il peut être le signe d’une obésité naissante.