Mon frère est un surdoué…

Mon frère est un surdoué…

Problèmes d’adaptation en classe, sentiment de se sentir différents, les enfants surdoués manquent souvent de confiance en eux. Comment les aider à s'épanouir, sans susciter les jalousies des frères et sœurs ?

Un sentiment d'injustice

"Je suis plutôt bonne élève, mais en travaillant énormément. Alors que mon petit frère, qui a trois ans de moins que moi, est toujours premier sans faire aucun effort. Mes parents l’appellent 'le surdoué' et sont très fiers de lui. Je trouve cela injuste !", s'exclame Jennifer, 17 ans.

"Pas plus injuste que d’avoir une sœur plus jolie que soi ou que d’être couverte de boutons d’acné quand le reste de la fratrie est épargné, reconnaît Jeanne Siaud-Facchin, psychologue. La diversité humaine crée continuellement des injustices. Mais il ne faut pas voir que les frustrations : Jennifer est sans doute plus douée au tennis, ou pour le piano."

Est-il certain d’ailleurs que le petit frère soit un surdoué ? Tout enfant brillant n’a pas forcément un QI atteignant les fameux 130, de même que sur les quelque 400 000 enfants précoces, près de la moitié rencontrent au contraire de grandes difficultés scolaires

L’enfant précoce a aussi ses problèmes !

Car l’enfant intellectuellement précoce n’est pas forcément le bienvenu à l’école ! Il dérange plutôt et lui aussi ressent souvent un sentiment d’injustice : "Lorsque je lève le doigt, la maîtresse ne m’interroge jamais : 'Je sais que tu sais', me dit-elle, et je n’ai pas de bons points", raconte Aurélien, 8 ans. Caroline renchérit : "Quand mon petit frère avait une mauvaise note, certains professeurs en rajoutaient : 'Tu vois que tu n’es pas si surdoué que ça !', alors qu’il aurait tellement voulu être anonyme et traité comme tout le monde."

Le surdoué, comme n’importe quel enfant, a besoin d’être valorisé pour s’épanouir. S’il n’est pas soutenu, il finit par s’ennuyer, chahuter, manquer de méthode de travail, et se retrouve menacé d’échec. "D’autant que ces enfants ne sont pas seulement intellectuellement précoces, ils ont vraiment un mode de pensée différent qui peut aussi leur occasionner quelques déboires", explique Jean-Charles Terrassier, psychologue.

"S’ils sont en avance pour certains apprentissages comme le langage, la marche, la lecture, ils rencontrent souvent des difficultés avec l’écriture : leur pensée va plus vite que leur main, ça les agace. Parce que son raisonnement est d’ordre intuitif, un petit garçon de 10 ans et demi, actuellement en classe de 5e, est systématiquement sanctionné en maths : même si son résultat est juste, il est incapable de détailler la démarche", poursuit M. Terrassier.

Le sentiment d’être différent des copains

Si être surdoué est une richesse, comme toute différence, cela peut aussi vous stigmatiser aux yeux du groupe. "Quand on a de bonnes notes, on est rejeté, on se fait traiter d’intello", avoue Hugo. "J’étais toujours exclu parce que je n’aimais pas le foot, confirme Aurélien. Je n’avais pas les mêmes centres d’intérêt que les autres."

Les enfants précoces ont souvent peu de copains. Or, si ces enfants ont trois ou quatre ans d’avance pour l’intelligence, ils conservent la maturité affective de leur âge et se montrent même particulièrement sensibles. "À la maison comme à l’école, l’enfant précoce peut se sentir gêné d’être plus à l’aise intellectuellement, estime Jean-Charles Terrassier. Et même se sentir très coupable de réussir sans rien faire, s’il se rend compte que ses frères et sœurs n’ont pas les mêmes facilités."

Certes, il trouve bien agréable son aisance à apprendre, mais elle complique aussi son adaptation scolaire et sociale. Résultat : plus d’un renonce à faire état de ses capacités et préfère "se saborder". "L’adage 'si on est intelligent, on réussit' est une pure fiction, insiste Jeanne Siaud-Facchin. Les conséquences psychologiques et affectives ne sont pas minces."

Un manque de confiance en soi

Le phénomène comportant une part génétique, lorsqu’un enfant est diagnostiqué précoce, il y a presque une chance sur deux pour que ses frères et sœurs le soient aussi. Mais cela ne leur donne pas forcément confiance en eux, surtout s’il s’agit de garçons.

"Mon petit frère, Loïc, a six ans de moins que moi, témoigne Marie, 22 ans. Nous nous entendons très bien. Je l’ai toujours trouvé très intelligent et mûr pour son âge, sans compter que c’est un super musicien ! Pourtant, quand il était petit, il pensait qu’il était bête parce qu’il ne brillait pas à l’école autant que moi. Mais j’ai toujours aimé étudier ; lui travaille trois fois moins et n’a jamais réellement cherché à comprendre ce que les professeurs attendaient de lui : il a d’énormes connaissances, mais trouve la question bête, ou fait du hors-sujet."

Surdoué ou non, chaque enfant a ses particularités

Tous les psychologues le confirment : il est souvent plus facile aux filles de s’adapter aux demandes de leur environnement. "Ce qui n’est pas sans danger, alerte Jeanne Siaud-Facchin. Pour se conformer à l’image qu’on attend d’elles, elles risquent de se construire un 'faux-moi', trop éloigné de leur personnalité profonde, et d’en souffrir."

Chacun de nous possède à la fois des atouts et des handicaps. Caroline, qui a quinze ans de plus que son frère, en témoigne : "Comme il avait quatre ans d’avance à l’école, mes parents ont beaucoup insisté pour qu’il retrouve des enfants de son âge en pratiquant des sports collectifs. Benjamin s’en est bien sorti mais, ayant eu son bac à 14 ans, il s’est retrouvé ingénieur trop jeune. À 23 ans, il parle de tout arrêter pour faire le tour du monde."

"Surdoués ou non, tous les enfants doivent savoir que ce n’est pas le QI qui fait la valeur d’une personne, dit Jean-Charles Terrassier. Elle repose davantage sur ce que l’on fait de son potentiel que sur le potentiel de départ, sur les qualités humaines que sur l’intelligence." Toutes les familles de surdoués en sont bien convaincues : c’est une particularité, mais pas une supériorité dans la vie.

L’avis de Jeanne Siaud-Facchin, psychologue, fondatrice des centres Cogito’z

Lorsqu’un enfant est désigné comme surdoué, c’est souvent mal vécu par ses frères et sœurs. S’il est en difficulté, il reçoit plus d’attention de la part des parents. Et s’il est trop brillant, ce n’est pas facile de passer derrière. Mais en même temps, le défi peut être mobilisateur. Il faut lui dire : "Tu n’arriveras jamais à avoir le parcours de ta sœur, mais qu’est-ce que ça peut bien faire ? C’est parce que nous sommes différents et complémentaires que nous pouvons nous enrichir les uns les autres."

L’essentiel est que chacun trouve sa place. Il faut toujours trouver en quoi un enfant est capable de réussir et faire fructifier ses atouts. Dans cette optique, on peut proposer aux autres enfants de la fratrie de faire aussi un bilan psychologique afin de mieux connaître leurs propres compétences.

En savoir plus

Association nationale pour les enfants intellectuellement précoces (ANPEIP), 7 rue de la Providence, 06300 Nice

Tél. : 04 93 92 10 53

Web : www.anpeip.org

Association française pour les enfants précoces (Afep), 111 bd Carnot, 78110 Le Vésinet

Tél. : 01 34 80 03 48

Web : www.afep.asso.fr