Mon enfant veut ouvrir un blog : que faire ?

Mon enfant veut ouvrir un blog : que faire ?

Les "journaux en ligne" ou "blogs" font fureur chez les 10-15 ans. Comment expliquer ce développement vertigineux ? Et est-ce une raison pour laisser votre préado "faire comme les autres" ?

Alors que le monde "virtuel" suscite une certaine méfiance de la part des adultes, les préadolescents se le sont approprié : quelque 5 millions d’écoliers français ont ouvert un blog. Sur ce site personnel, ils racontent leur vie, leurs états d’âme, leurs passions. Une sorte de journal intime en plus créatif, car généralement enrichi d’une mise en scène, avec des dessins, des photos, etc.

Pour s’exprimer et échanger

Ce lieu d’expression permet au jeune de "vider son sac" et d’exprimer qui il est, ce qui est précieux à un âge où l’on est en quête de son identité. Son site lui permet avant tout de communiquer. Au départ, il blogue surtout avec ses amis. La tribu prolonge la journée partagée en se fixant rendez-vous sur la Toile. On y échange des "délires", des photos de la dernière fête, on y recommande ses sites préférés… ceux de ses copains.

Un réseau d’amis en France et ailleurs

Mais le blog peut aussi être lu par les internautes du monde entier, chaque visiteur ayant même la possibilité de l’enrichir en laissant des messages ou des photos. Dans le meilleur des cas, l’ado se fait un réseau d’amis de Paris à Bordeaux en passant par la Suisse ou la Belgique. Plus les commentaires sont nombreux, plus il se sent reconnu par ses pairs. Son site étant un reflet de sa personnalité, ce plébiscite est extrêmement important à ses yeux.

"En permettant au jeune d’exister dans le regard de l’autre, le blog favorise la construction de l’estime de soi, défend Serge Tisseron, psychanalyste. Il s’agit d’abord de me rendre visible pour qu’on s’intéresse à moi, puis qu’on m’aide à mieux me connaître en réagissant, par exemple, au poème que j’ai écrit."

Quelques dangers

Une expression socialisée, créative, qu’on ne peut apparemment qu’encourager. "Pourtant, en visitant les journaux en ligne d’amies de ma fille, j’ai été effarée, confie Chantal. Des petites filles de 13 ans parlent de sexualité avec des mots crus et se prennent en photo dans des poses très suggestives." Serge Tisseron reconnaît que "beaucoup d’enfants ont peu de visites sur leur site. Ça les désespère, ils pensent qu’ils ne sont pas intéressants. Alors, ils versent dans l’excès pour attirer."

Ils se mettent ainsi en danger, car des pédophiles rôdent sur la Toile. Serge Tisseron précise cependant : "Lorsqu’un enfant veut ouvrir un blog, c’est qu’il fréquente déjà des forums et des chats, des espaces de discussion sur lesquels il risque aussi de croiser des gens mal intentionnés. Dès qu’il commence à surfer, il est important de lui dire : 'Tu vas rencontrer des personnes et tu auras envie d’en connaître certaines pour de vrai. C’est tout à fait normal, mais c’est très dangereux. Dans ce cas, il faut que tu nous en parles et nous organiserons le rendez-vous pour que tu ne coures aucun risque.'"

Les priver d’Internet pour cette raison ne servirait pas à grand-chose : même si votre fille n’a pas de site perso, des photos d’elle seront exposées sur ceux de ses amis. Et puis les personnes dangereuses ne courent-elles pas aussi les rues ? Il est possible de limiter les risques en filtrant son accès par mot de passe. Il existe aussi des plates-formes réservées aux moins de 12 ans, comme www.canailleblog.com. Rappelez à votre enfant qu’il ne doit jamais révéler d’informations permettant de le localiser : nom, adresse, numéro de téléphone, coordonnées MSN ou de son collège.

Ni espionnage, ni indifférence

Le créateur du blog est responsable de son contenu, y compris des commentaires déposés par d’autres. Cette responsabilité vous incombant s’il est mineur, faut-il vérifier s’il respecte bien le droit d’auteur et ne verse pas dans la diffamation, le racisme ou l’incitation à la violence ? Mauvaise idée, selon Serge Tisseron : "Les ados ont besoin de s’affranchir. En bloguant, ils cohabitent dans un univers qui leur donne le sentiment d’exister en dehors du monde des adultes. Le contrôler reviendrait à dire : 'Je ne te fais pas confiance', ce qui risque de le rapprocher d’autres adultes qui fréquentent son journal en ligne. Sans compter que les ados en ont généralement plusieurs… "

Nous pouvons les responsabiliser aux devoirs qui accompagnent la liberté d’expression en les incitant, par exemple, à bien lire les conditions générales d’utilisation élaborées par l’hébergeur. Nous pouvons aussi légitimement poser des limites horaires, car les blogs sont chronophages. Mais l’essentiel, selon Serge Tisseron, c’est de montrer qu’on s’intéresse à ce qui est important pour son enfant : "Je trouve ça formidable et je suis curieux de ce que tu réalises." Une manière de frapper à la porte… qu’il vous ouvrira s’il le souhaite.

L'avis de Serge Tisseron, psychiatre et psychanalyste

Même sur les plates-formes réservées aux moins de 18 ans, il est fréquent qu’un jeune blogueur se trouve sollicité pour faire un strip-tease devant la webcam. Or il ne sait pas toujours ce que signifie un "plan cam", ni même que son image lui appartient. Pour les aider à se défendre dans de telles situations, il faudrait d’abord nous-mêmes respecter davantage leur image. En ne photographiant pas notre enfant à tout bout de champ sans lui demander son avis.