Mon enfant adulte est de retour à la maison

Mon enfant adulte est de retour à la maison

En cas de retour de nos grands enfants au domicile familial, il importe de fixer un cadre à la cohabitation pour éviter les tensions.

Les répercussions d’une crise économique prolongée peuvent modifier nos comportements en profondeur. Après les mérites de l’autonomie à tous crins vantée par les jeunes générations des années 1970-1980, les jeunes adultes d’aujourd’hui semblent trouver beaucoup de vertus à la solidarité familiale. Au grand dam de leurs parents qui, une fois la progéniture partie et remis du "syndrome du nid vide", goûtent bien souvent une liberté retrouvée, mis à part les gardes occasionnelles des petits-enfants ou les coups de main ponctuels.

L'aide parentale

Du coup, quand l’enfant - en pleine rupture sentimentale et/ou désargenté - débarque, valise à la main et le moral dans les chaussettes, pour réintégrer sa chambre d’ado, tout d’un coup plus rien n’est simple. Camille Peugny, sociologue observateur de ces mouvements contemporains, explique : "Les inégalités économiques entre générations vont en grandissant. Comparée aux pays du nord de l’Europe, la France est chiche en allocations d’autonomie pour les jeunes adultes en difficulté. L’aide parentale, alors indispensable, n’est pas sans conséquence sur les perspectives de vie. Les études montrent que les jeunes Français sont les plus pessimistes et les Danois les plus optimistes."

Globalement, quand le jeune peut s’assumer, les relations prennent une certaine distance dans cette nouvelle relation d’adultes. Il n’est qu’à observer les émotions de chacun lors d’une première invitation à dîner chez un enfant nouvellement installé. Tout le monde est un peu emprunté, car personne ne sait réellement où se situe sa nouvelle place. Les parents perdent leur naturel et le jeune hôte met souvent les petits plats dans les grands.

La cohabitation doit suivre des règles claires et acceptées par tous

Revenir habiter chez les parents revient à gommer tout ce travail de prise de distance relationnelle. À 30 ans, Hugo en témoigne avec une grande lucidité : "Il suffit d’un mois chez mes parents et les mêmes attitudes qui m’agaçaient “avant” recommencent à me faire bondir : les toussotements de mon père, ses commentaires du journal télévisé, l’insistance de ma mère pour que je reprenne d’un plat. Pourtant, j’avais appris à relativiser et je reconnais leur côté sympa. C’est ma vie actuelle, sans perspective de boulot, qui me met les nerfs à vif. Quand je sors, je me force, par simple respect, à leur dire l’heure de mon retour, mais j’ai l’impression d’avoir 15 ans."

Les années ont passé et il est important que les parents s’appliquent à respecter le statut d’adulte de leur enfant afin qu’il ne se sente pas en position régressive. La cohabitation doit suivre des règles claires et acceptées par tous, comme pour une autre personne que l’on recevrait temporairement. La position de "faiblesse économique" ne doit en aucun cas devenir un moyen de chantage des uns ou des autres.

Sylvie et Gérard ont bien analysé ce danger potentiel. "Après plusieurs années de galère, notre fils a fait une reconversion professionnelle qui lui a demandé deux ans de formation. À son retour - dix ans après avoir quitté la maison -, nous avons repris une cohabitation sur le mode de la colocation, pour le soulagement de chacun. Il a son territoire, nous avons le nôtre, et l’on s’astreint à ne pas déborder."

Une solution temporaire pour repartir du bon pied

La situation est encore plus délicate si le jeune adulte arrive en couple ou avec un enfant. Quand Lisa est revenue de l’étranger avec son ami, ils ont vécu neuf mois chez ses parents, le temps de décrocher un travail. Elle observe : "Heureusement, la maison est grande et nos rapports sont bons. Mais impossible de ne pas me sentir toujours attentive à tout, notamment au niveau affectif : dans les moments de complicité avec mes parents, j’avais l’impression d’exclure mon ami, et j’étais gênée de lui manifester ma tendresse devant eux. Nous venons enfin de trouver un deux-pièces bien à nous."

Si l’accueil constitue une bouée de sauvetage, ce n’est pas pour laisser s’enliser la situation. Ainsi, Maria a accepté d’héberger son fils après son divorce pour qu’il mette son énergie et ses finances dans un nouveau projet commercial. Elle avoue : "Je le décharge du quotidien pour qu’il se consacre à sa future activité. Il ne pourrait pas s’en sortir autrement." Cependant, elle ne cache pas qu’elle a hâte que celui-ci reprenne enfin les rênes de sa vie et… chacun son indépendance.

"Une pause sécurisante pour faire un bilan."

"Le retour chez les parents est un temps spécifique. Il est important de le voir non comme un échec mais comme une pause sécurisante et temporaire dont la personne a besoin pour faire un bilan, puis pour envisager de nouveaux projets. Reprendre les anciennes positions familiales peut avoir de lourdes conséquences. D’ailleurs, on voit assez fréquemment des jeunes femmes avec enfant, abandonnant leur rôle maternel à leurs propres parents, reprendre une place d’adolescente. Cela entraîne des mélanges de repères générationnels peu structurants pour les petits-enfants", explique Carnita Sabater, psychologue spécialiste des relations familiales.