Mes petits-enfants m’exaspèrent

Mes petits-enfants m’exaspèrent

Même s’ils l’avouent rarement, les grands-parents peuvent être agacés par la conduite de leurs petits-enfants. Ils doivent fixer leurs limites tout en restant à l'écoute.

"L’image des grands-parents, telle qu’elle est véhiculée par la société et les médias, est celle d’êtres patients, doux, tendres, facilitant les choses, médiateurs, bref, des êtres idéaux. Mais ce n’est pas le cas : ce sont des êtres humains comme les autres, avec leurs problèmes et leurs défauts", s’exclame Marie-Claire Chain, psychologue et animatrice de groupes de parole à l’École des grands-parents européens.

Ne pas culpabiliser

Ils n’ont pas à culpabiliser s’il leur arrive de piquer une colère et de gronder leurs petits-enfants. Encore faut-il faire la part des choses entre les sujets d’exaspération ponctuelle, liés souvent à l’âge de l’enfant, et l’exaspération chronique.

Fixer des règles de vie

Quand ils ont entre 3 ans et demi et 6 ans, les motifs d’énervement sont bien connus : il - ou elle - refuse de dire bonjour à la voisine, fait une colère au supermarché pour avoir un cadeau, ne veut pas manger ce qu’il y a dans son assiette, jette le ballon sur le massif de fleurs tout juste repiquées, etc. "Tout cela doit se régler directement entre grands-parents et petits-enfants, inutile d’y mêler les parents", conseille Marie-Claire Chain.

Fixer les règles de vie chez les grands-parents est nécessaire, et les petits-enfants comprennent très vite que ce que l’on peut faire chez papa et maman, on ne le fait pas chez papy ou mamie (et inversement), et ne leur en tiennent pas rigueur. Mais attention à ne pas être trop rigide.

"Certains grands-parents ont tendance à ne pas se rendre compte des différences de génération. Il faut admettre que certains principes de base sont un peu dépassés et il faut être capable de s’adapter", indique Hélène Lotthé-Covo, enseignante et auteur d’un ouvrage destiné aux grands-parents.

Ne pas éduquer ses petits-enfants

Il est préférable aussi de ne pas endosser un rôle d’éducateur. "Les repas et les devoirs sont source d’exaspération parce qu’ils font partie du rôle d’éducation et celui-ci est dévolu aux parents. Les grands-parents n’ont pas à s’en mêler", estime Marie-Claire Chain.

Ou alors, ils peuvent le faire à la demande des parents : "Les parents doivent dire à l’enfant : “Tu vas aller chez mamie en vacances, elle te fera faire une page de lecture tous les jours. C’est moi qui le demande à mamie.” Ainsi, l’enfant ne se braquera pas contre sa grand-mère."

Poser ses limites

À leur décharge, les grands-parents sont parfois contraints par leurs enfants d’endosser un rôle qui les dépasse. Selon une enquête du ministère de la Santé, 4 % des enfants de moins de 3 ans, en France, sont gardés à temps plein par leurs grands-parents, soit 96 000 enfants !

Il y a donc des grands-parents qui assurent… Mais ils doivent fixer leurs limites pour que cette implication ne se transforme pas en fardeau.

"Ils doivent poser clairement leurs conditions à leurs enfants : oui à la garde des petits-enfants, mais si l’on préserve sa santé et son bien-être. Le mieux est de les fixer à l’avance, par exemple en début d’année scolaire. Il faut être capable de dire sans détour la vérité sur ce que l’on souhaite. Comme me l’a dit un jour une grand-mère : “Je veux bien être une goutte d’huile dans le rouage, mais pas le rouage essentiel”", indique Hélène Lotthé-Covo.

L'adolescence source de conflit

En grandissant, les petits-enfants s’assagissent et les sujets d’énervement des dernières vacances s’évanouissent. Un répit parfois de courte durée, car voilà que pointe l’adolescence.

"Je suis irritée par le fait que, lorsqu’ils viennent chez nous, ils sont toujours sur Internet à jouer à des jeux violents. Ce qui est surtout déplaisant, c’est que ces jeux nous excluent de leur monde, qu’ils nous privent de contacts avec eux", regrette Françoise, grand-mère de cinq petits-enfants de 7 à 16 ans.

Une attitude qui ne diffère d’ailleurs pas de celle qu’ils ont chez leurs parents. "Les ados adorent aller chez leurs grands-parents, assure Marie-Claire Chain, à condition qu’on leur fiche la paix. Si les grands-parents ne sont pas “cools”, ils ne viendront plus."

Savoir lâcher prise

Aux grands-parents d’être dans le "lâcher-prise", ce qui n’est pas toujours facile… "On a tendance à se substituer aux parents. Finalement, je me dis parfois que ce n’est pas notre rôle", admet Françoise. Qu’elle se rassure : son désir, bien naturel, de transmission s’accomplira quand même. "Les grands-parents, sans toujours le savoir, enseignent ce qu’ils sont", observe Étienne Choppy, psychanalyste.

Les questions d’éducation cristallisent les conflits. "Je remarque que ce n’est pas tant les petits-enfants qui nous exaspèrent mais nos propres enfants qui ne respectent plus les principes d’éducation qui étaient les nôtres, avoue Marie-France, grand-mère de deux petits-en-fants de 8 ans et 2 ans. Les enfants-rois, c’est assez insupportable et on ne peut rien dire."

Et elle a bien raison… de ne rien dire. Ne pas s’en mêler, c’est accepter de passer le relais de l’éducation à ses enfants et les reconnaître en tant qu’adultes. Faute de quoi l’exaspération peut devenir systématique de part et d’autre.

Régler des conflits personnels

"Quand un petit-enfant est toujours odieux, il faut se poser la question : me réserve-t-il cette attitude ou est-il en permanence comme cela ? S’il vous réserve cette attitude, cela renvoie, dans neuf cas sur dix, à un conflit larvé avec les parents", estime Hélène Lotthé-Covo.

Jeanine vit ces moments avec sa petite-fille, fille de son deuxième fils, qui refuse systématiquement les cadeaux qu’elle lui offre. Or Jeanine a toujours dévalorisé son deuxième fils, lui préférant le frère aîné talentueux. "Ce que sa petite-fille veut lui dire, c’est : réglez vos problèmes, ne me mettez pas dans le coup", décrypte Marie-Claire Chain.

Et régler ses problèmes, c’est commencer par reconnaître ses propres responsabilités. Il n’est jamais trop tard pour emprunter cette voie. Comme le soulignent Étienne Choppy et Hélène Lotthé-Covo, "la place symbolique des grands-parents est au niveau de la continuité des générations, et non au niveau de la rupture".

L’avis de Étienne Choppy, psychanalyste et grand-père

"Les grands-parents doivent de la tolérance et du respect aux parents, sinon les relations avec les petits-enfants ne peuvent qu’être mauvaises. Certains grands-parents nostalgiques peuvent, dictateurs déchus, faire surgir des conflits d’autorité. Ils ont du mal à reconnaître à leurs enfants le statut d’adulte et à les respecter en tant que parents dignes de confiance. Si le petit-enfant prend conscience de ces tensions et perçoit la souffrance de ses parents, il prendra à tout coup leur parti contre l’aïeul(e) qu’il rend responsable."

Plus d'informations pour les grands-parents

  • "Petit manuel à l’usage des grands-parents qui prennent leur rôle à cœur", Étienne Choppy et Hélène Lotthé-Covo, éditions Albin Michel, 16 €.
  • "Questions de grands-parents", Marie-Françoise Fuchs, éditions de La Martinière, 14 €.
  • L’École des grands-parents européens, lieu de recherche, de réflexion, d’échanges et de rencontres, répond aux préoccupations des grands-parents à Paris, Lille et Lyon. Renseignements : 01 45 44 34 93 (Île-de-France) et www.egpe.org.