Lycée : ce qui change à la rentrée

Lycée : ce qui change à la rentrée

Enseignement des langues renforcé, accompagnement personnalisé et possibilité de réorientation : la réforme des lycées entre en vigueur pour les classes de seconde dès la rentrée 2010.

Désaffection de l'école

Le constat est sévère : si, à 11 ans, 28,5 % des garçons déclarent "aimer beaucoup l’école", ils ne sont plus que 10,6 % à 15 ans. Les filles connaissent un désamour plus marqué : elles sont 40,6 % à avouer leur affection pour la classe à 11 ans et seulement 12,8 % à 15 ans.

Cette perte de goût qui se manifeste entre 11 et 15 ans est un des enseignements de la dernière étude menée par l’Organisation mondiale de la santé portant sur la santé des jeunes en Europe, (Enquête européenne HBSCH/OMS réalisée en 2006 auprès de 7 154 élèves français de 11, 13 et 15 ans).

Elle nous apprend aussi qu’à 15 ans 17,1 % des garçons et 14,4 % des filles disent "ne pas aimer du tout l’école". La France fait ainsi partie des dix pays européens dans lesquels la dégradation est la plus forte.

Accroître le nombre de jeunes diplômés

Pour noircir le tableau, chaque année, 50 000 jeunes quittent le lycée sans aucun diplôme. Pour tenter de renverser cette tendance, une réforme a été mise en chantier.

Inspirée du rapport de Richard Descoings, directeur de l’Institut d’études politiques de Paris qui a créé une filière spécifique de recrutement auprès des lycées défavorisés, elle prévoit l’accompagnement personnalisé des élèves, l’amélioration de l’orientation, le renforcement de l’apprentissage des langues vivantes et un meilleur accès à la culture.

Cette réforme concerne 1,5 million d’élèves de l’enseignement général. Elle débutera à la rentrée 2010 pour les classes de seconde et s’appliquera aux classes de première en 2011 et aux terminales en 2012.

Accompagner chaque élève

"Rien n’est plus insupportable pour nombre de lycéens que le sentiment qu’ils ont parfois d’être humiliés par un système qu’ils ne comprennent pas et d’être traités de façon anonyme sans être associés aux décisions.

Ils veulent être considérés comme des personnes. Ils veulent qu’on prenne le temps d’argumenter, d’expliquer, de débattre avec eux", constate Richard Descoings dans le rapport remis en juin 2009 au gouvernement. En réponse, dès la rentrée 2010, chaque élève bénéficiera de deux heures d’accompagnement personnalisé par semaine.

Des élèves plus autonomes

Proviseur du lycée Montaigne, à Paris, qui expérimente comme 122 autres établissements plusieurs pans de la réforme, Chantal Collet confirme que, de nos jours, bien que les élèves soient plus autonomes et plus responsables dans le domaine affectif que par le passé, ils s’avèrent infantiles et immatures au niveau scolaire.

"Ils sont très en demande d’une attention personnelle et particulière à leur égard, constate-t-elle. Quand on leur parle seul à seul et non en collectif, on peut obtenir beaucoup d’eux."

Ainsi, dans chaque classe de ce lycée qui enregistre de très bons résultats au bac, un tiers des élèves a besoin d’aide.

L’enseignant principal dispose chaque semaine d’une heure de cours supplémentaire et la classe de seconde est confiée à un professeur proche de ses élèves. Les deux enseignants rencontrent régulièrement les lycéens en tête-à-tête ou par groupes pour leur éviter de perdre pied et leur permettre d’acquérir de bonnes méthodes de travail.

Mieux choisir les options

Trop souvent, le choix des options est stéréotypé, car les jeunes ont du mal à se projeter ou à penser leur avenir professionnel. De plus, ils se perdent dans les nombreuses filières qui existent. Aussi, la grande majorité des lycéens choisit les mêmes options : une troisième langue vivante (97 %), puis, pour moitié, "sciences économiques et sociales" et "mesures physiques et informatique".

Désormais, la seconde langue est fondue dans le tronc commun (voir le tableau page 69). Les élèves doivent opter pour deux autres enseignements d’exploration (1 h 30 chacun par semaine), dont l’un obligatoirement en économie.

Pour la deuxième option, de nouvelles disciplines sont introduites : littérature et société, création et activités artistiques, biotechnologies, méthodes et pratiques scientifiques…

En principe, une grande liberté est laissée aux établissements, car il n’existe pas de programme national. Mais, en pratique, les proviseurs devront composer avec les professeurs en poste et assurer la continuité des options proposées au collège (par exemple, le latin ou le grec). Les lycéens ne pourront choisir que parmi la liste des options proposées par le lycée où ils sont inscrits.

Des groupes de langue

Malgré sept années d’apprentissage, les bacheliers maîtrisent mal les langues, notamment à l’oral. De la seconde à la terminale, les langues seront étudiées par groupes de compétences (voir l’encadré page 68), sans tenir compte de la série (S, ES ou L), ni du statut de la langue choisie (LV1 ou LV2).

Il ne s’agit pas de réunir les élèves par niveau mais de mesurer leurs capacités de compréhension et d’expression orale ou écrite, afin de s’aligner sur le Cadre européen commun de référence des langues (CECRL) du Conseil de l’Europe, qui évalue cinq compétences : compréhension de l’oral, compréhension de l’écrit, expression orale en continu, expression écrite et interaction orale.

Chaque lycée devra également créer un partenariat avec un établissement étranger afin de réaliser des échanges (correspondance par courrier électronique, voyage…).

Aider à l'orientation

En fin de seconde, le taux de redoublement s’élève à plus de 13 %. Et, le plus souvent, la mesure s’avère inefficace. La réforme prévoit de lui préférer la possibilité d’effectuer un stage de remise à niveau en mathématiques et/ou en français pendant les vacances scolaires.

Par ailleurs, les élèves devraient bénéficier d’un tutorat qui les aidera dans leurs choix d’orientation. Il est assuré par les enseignants, les documentalistes et les conseillers principaux d’orientation sur la base du volontariat.

Dans le même esprit, des stages "passerelles" pourront être proposés, dès les vacances de la Toussaint, aux élèves de première qui souhaitent changer de série ou de voie en cours d’année, mais il faudra l’accord du conseil de classe.

16 000 postes supprimés dans l’Éducation nationale en 2010

Pour en finir avec la domination de la série S (scientifique) - la voie qu’empruntent la plupart des bons élèves même s’ils n’aiment pas les mathématiques -, la filière L (littéraire) est valorisée.

Les langues y seront davantage étudiées (littérature en langue étrangère) et un cours de "droit et enjeux du monde contemporain" peut être choisi en option.

Les proviseurs ne croient guère dans cette valorisation, arguant que tant que l’on ne réintroduira pas de mathématiques, la filière L n’ouvrira pas la porte des classes préparatoires. Par ailleurs, l’histoire-géographie devient un enseignement optionnel en terminale S (voir l’encadré ci-contre).

Sachant qu’il est prévu de supprimer 16 000 postes dans l’Éducation nationale en 2010 et que ces dispositions reposent entièrement sur le volontariat des enseignants (payés en heures supplémentaires et travaillant pendant les vacances), la réforme risque de ne pas pouvoir être mise en place de façon uniforme et efficace dans l’ensemble des 2 630 établissements concernés.

Programme de la classe de seconde générale pour la rentrée 2010

L’enseignement de l’économie (principes fondamentaux de l’économie et de la gestion ou SES) redevient obligatoire (comme dans les années 1980). L’enseignement de la LV1 et de la LV2 est fondu, les élèves étant répartis par groupes de niveau.

Les élèves bénéficient de deux heures d’accompagnement personnalisé. Afin d’éviter le redoublement, les élèves présentant des difficultés pourront suivre des stages de remise à niveau (vacances scolaires, mercredi, samedi) sur la base du volontariat des élèves et avec accord du conseil de classe.

Nouvelles appellations

Nb d'heures
par semaine

Anciennes appellations Anciens horaires
Français 4h 4h30
LV1 + LV2 5h30 LV1 + LV2

3h + 2h30

Mathématiques 4h 4h
Histoire-géographie 3h 3h30
Physique-Chimie 3h 3h30
SVT 1h30 2h
ECJS 0h30 0h30
EPS 2h 2h
Accompagnement personnalisé 2h Aide individualisée 2h
Informatique 18h/an
Vie de classe 10h/an 10h/an

1er enseignement d'exploitation :

Economie et gestion ou SES

1h30

Deux enseignements de détermination au choix
(le plus souvent en classe dédoublée)

2ème enseignement d'exploitation :

Création et act.artistique

Biotechnologies

Création et innovation techno.

Economie-gestion

Grec

Latin

Littérature et société

LV3 (ou langue régionale)

Méthodes scientifiques

Santé et social

Sciences et laboratoire

Sciences de l'ingénieur

SES

1h30

1h30

1h30

1h30

3h

3h

1h30

3h

1h30

1h30

1h30

1h30

1h30

Arts

Biologie

Création design

culture design

Grec

Latin

Informatique de gestion et de communication

Informatique et système de production

LV3

Mesures physiques et informatique

Physique et chimie de laboratoire

Sciences médico-sociales

Sciences de l'ingénieur

SES

EPS

3h (6h pour cirque)

3h

5h

3h

3h

3h

3h

3h

2h30

3h

3h

3h

3h

2h30

5h

Un enseignement facultatif au choix :

-Arts

-EPS

-Latin

-Grec

-LV3 (ou langue régionale)

- Atelier artistique

3h

3h

3h

3h

3h

3h

Total des cours obligatoires

de 28 à 30 h
par semaine

de 28 à 30 h
par semaine

Lexique :

ECJS : éducation civique, juridique et sociale

EPS : éducation physique et sportive

LV : Langue vivante

SES : sciences économiques et sociales

Programme de la classe de première générale à partir de 2011

Le programme d’histoire-géographie est modifié. Les 1re L bénéficient d’un nouvel enseignement obligatoire "littérature en langue étrangère". Des stages "passerelles" devraient permettre de changer de filière (avec l’accord du conseil de classe).

Disciplines heures de travail par semaine
1re S 1ere ES 1re L
Enseignements communs
Français 4h 4h 4h
Histoire-géographie 4h 4h 4h
LV1 + LV2 4h30 4h30 4h30
EPS 2h 2h 2h
ECJS 0h30 0h30 0h30
Accompagnement personnalisé 2h 2h 2h
Vie de classe 10h/an 10h/an 10h/an
TPE 1h 1h 1h
Enseignements spécifiques obligatoires

- Sciences

- SVT

- Sciences de l'ingénieur

3h

3h ou

7h

1h30

1h30

Littérature 2h
Littérature en langue étrangère 2h
Mathématiques 4h 3h
Physique-chimie 3h
SES 5h
Un enseignement obligatoire au choix (série L)

Mathématiques

LV3 ou langue régionale

LV1 approfondie

ou LV2 approfondie

Latin

Grec

Arts

Arts du cirque

3h

3h

3h

3h

3h

3h

3h

Deux enseignements facultatifs au choix (6heures maximum)

Arts

EPS

Latin

Grec

LV3 ou langue régionale

Atelier artistique

3h

3h

3h

3h

3h

72h/an

3h

3h

3h

3h

3h

72h/an

3h

3h

3h

3h

3h

72h/an

Total cours obligatoires 28h à 32h 27h30 26h30 à 31h30

Lexique :

ECJS : éducation civique, juridique et sociale

EPS : éducation physique et sportive

LV : Langue vivante

SES : sciences économiques et sociales

Des coupes dans le programme d’histoire-géographie

L’histoire-géographie devenant un enseignement optionnel pour les classes de terminale S, ces élèves passeront cette matière comme épreuve anticipée au bac dès la fin de la classe de première en 2012.

Le contenu du nouveau programme commun à toutes les classes de seconde et de première scandalise Hubert Tison, secrétaire général de l’Association des professeurs d’histoire et de géographie.

"La suppression de l’histoire-géographie en terminale S va priver de nombreux élèves d’un enseignement formateur. Ce nouveau programme est morcelé, il manque d’unité. Le fait religieux est amoindri, on a supprimé la Méditerranée au XIIe siècle qui permettait de confronter trois sociétés : l’Occident chrétien, Byzance et l’Islam.

En géographie, le monde est étudié sous le prisme du développement durable. On quitte l’étude du monde tel qu’il est pour celle du monde tel qu’il devrait être."

Apprentissage des langues

Proviseur du lycée Montaigne, à Paris, Chantal Collet expérimente déjà l’étude des langues par groupes de compétences. "L’évaluation du niveau en langues est fondée sur l’écrit.

Il y a quatre ans, nous avons décidé de préparer les élèves à obtenir des certifications sur le modèle européen en tenant compte de la compréhension et de l’expression à l’oral comme à l’écrit.

Nous avons dû revoir l’organisation des cours. Tous les élèves sont en classe en même temps par groupes de 22 (au lieu de 36 habituellement). Ils sont testés en début d’année. Ceux qui sont fragiles à l’oral travaillent essentiellement l’oral.

Ceux qui parlent bien se concentrent sur l’écrit. Toutes les six semaines, ils changent de module. En fin d’année, les lycéens ont quatre notes par langue, ce qui, pour la plupart, augmente leur moyenne."