Les devoirs de vacances, passage obligé ?

Les devoirs de vacances, passage obligé ?

De nombreux enfants font des devoirs de vacances, souvent à l’initiative de leurs parents. Mais cet effort ne porte ses fruits que si l’enfant est vraiment motivé.

Deux mois de vacances, c’est long ! Suffisamment pour oublier tables de multiplication et règles d’orthographe. Aussi, les parents sont de plus en plus nombreux à faire travailler leurs enfants pendant l’été. Mais est-ce bien utile ?

Christine, professeur des écoles, le pense : "Certains enfants ne tiennent pas un crayon pendant deux mois ! Les apprentissages ne doivent pas rester en jachère aussi longtemps, surtout si les enfants ont accumulé des difficultés. Je conseille aux parents de reprendre avec eux certaines notions, mais en lien avec le quotidien. Par exemple, écrire des cartes postales, tenir un journal de vacances, réaliser des opérations à l’occasion d’achats ou lire un roman. Une courte dictée de temps en temps entretient les connaissances."

Cependant, elle n’est pas convaincue du bien-fondé des cahiers de vacances, qui, estime-t-elle, "reprennent le programme mais balaient trop de choses, y compris ce qui n’est pas fondamental".

Succès des cahiers de vacances

Pourtant, avec des millions d’exemplaires vendus chaque année, les cahiers de vacances sont plébiscités par les parents, loin devant la révision des cahiers et livres de l’année précédente.

Pour les parents, les cahiers constituent un achat rassurant : ils contiennent tout le programme de l’année écoulée avec les exercices et les corrigés, et, pour l’enfant, le cahier de vacances présente l’attrait de la nouveauté. Relire ses cahiers de l’année précédente et refaire quelques exercices, est sans doute tout aussi efficace, mais moins attractif.

Les cahiers de vacances présentent un autre atout : leur prix. Un programme complet de révision d’une année d’école primaire coûte environ 5 €.

Comment choisir un cahier de vacances ?

Devant l’abondance de l’offre, quelques pistes pour choisir : il faut privilégier les maisons d’édition qui développent des produits parascolaires toute l’année et qui considèrent les cahiers de vacances comme un prolongement de leur activité. Ils sont rédigés par des enseignants et collent toujours au programme scolaire. Evitez les cahiers de vacances "gadgets" dont le contenu est moins rigoureux.

Les livrets conçus pour le primaire ciblent l’ensemble du programme, ceux prévus pour le collège proposent soit une formule "tout-en-un" (toutes les matières dans un seul cahier), soit une seule matière, généralement le français, les maths ou l’anglais.

La formule "tout-en-un" séduit de plus en plus de parents, surtout pour des raisons économiques. Réviser sept matières coûtera bien moins cher : entre 9 et 13 € au lieu de 6 € à 8 € par cahier, à multiplier par les trois ou quatre matières essentielles à revoir.

Des concepts de plus en plus ludiques

Depuis quelques années, les éditeurs élargissent leur gamme à des formules plus ludiques. La plupart des cahiers de vacances classiques sont découpés en "séquences", de deux à huit pages suivant le niveau. L’enfant est censé remplir une séquence par jour.

Les cahiers du primaire comportent généralement vingt séquences, soit vingt jours de travail. Il existe aussi des cahiers pour la maternelle. Mais ils ne présentent pas toujours une valeur ajoutée par rapport aux magazines pour enfants des éditeurs pour la jeunesse (Bayard, Fleurus, Milan).

Une efficacité discutable

Malgré tous ces efforts de présentation, les enfants achèvent rarement leur cahier de vacances. Pour les collégiens qui présentent quelques lacunes à la fin du troisième trimestre, il est parfois plus fructueux de cibler une matière.

Selon une étude menée en 2000 sur 2 500 élèves de CM1, seuls ceux qui ont fini leur cahier ont progressé. Ceux qui ne l’ont utilisé qu’en partie n’améliorent pas davantage leurs connaissances qu’un élève n’ayant pas travaillé ! Et qui sont les enfants qui vont jusqu’au bout ? Principalement les élèves en avance ou de bon niveau, c’est-à-dire ceux qui prennent le cahier de vacances comme un jeu…

L’avis de Dominique Glasman, professeur de sociologie à l’université de Savoie

Pour les parents, les devoirs de vacances ont pour objectif de maintenir leurs enfants dans le rythme scolaire : ils doivent s’entraîner pour démarrer la rentrée dans de bonnes conditions, sans perdre du temps à s’échauffer. Le système scolaire d’aujourd’hui est beaucoup plus compétitif que naguère, toutes les filières ne sont pas équivalentes et les parents le ressentent bien.

Mais les devoirs de vacances sont aussi un moyen de fixer les enfants dans l’espace domestique sur des préoccupations scolaires, de maintenir un contrôle des parents. Dans une période où les relations parents-enfants ont changé, il est plus facile de dire "fais ton cahier de vacances" que "ne sors pas, ne va pas jouer tout de suite".