Les anomalies intimes des jeunes enfants

Les anomalies intimes des jeunes enfants

Certains enfants se retrouvent un jour chez le médecin pour une hernie de l’ovaire, un phimosis, un testicule non descendu. Des problèmes le plus souvent bénins mais toujours "dérangeants".

Pas facile pour un parent d’évoquer les parties génitales de son enfant, surtout lorsqu’il a le sentiment que quelque chose n’est pas normal. "Mon fils avait 6 mois lorsque, en changeant sa couche, je me suis aperçue qu’il avait une petite boule localisée près d’un testicule. Je ne savais pas comment en parler au médecin, j’étais gênée", se souvient Clarisse.

Le tabou du sexe

"Tout ce qui touche au sexe demeure tabou et source de malaise dans nombre de familles, reconnaît un médecin généraliste. Les parents redoutent de faire mal à leur enfant ou d’être trop intrusifs. C’est donc au médecin d’examiner systématiquement les parties génitales des enfants, pour s’assurer que tout va bien." À condition de le faire toujours en présence d’un parent et jamais en début de consultation.

Instaurer la confiance avec les parents

"Je commence par ausculter l’enfant, tout en discutant avec lui ou en commentant ce que je fais s’il est trop jeune pour parler", poursuit-il. Peu à peu, la confiance s’instaure entre enfant, parents et médecin. "Ensuite, j’explique à mon petit patient ce que je vais faire. Par exemple : 'Je vais écarter tes petites lèvres pour vérifier qu’elles s’ouvrent bien. J’ai le droit de le faire parce que je suis docteur et que ta maman (ou ton papa) est là. Tu veux bien retirer ta culotte ?'" Généralement, parents et enfant sont rassurés et l’examen se déroule dans le calme et sans appréhension.

Lorsqu’une anomalie est découverte, rapidement les questions se bousculent dans la tête des parents : "Pourquoi a-t-il 'ça' ? Puis-je le toucher sans lui faire mal ? Comment lui expliquer qu’il va être opéré ? Comment l’annoncer à ses frères et sœurs ? Cette intervention aura-t-elle une incidence sur sa sexualité ?"

Souvent de simples particularités

C’est au médecin d’expliquer et de rassurer avant de proposer le traitement adapté : crème à base de corticoïdes, intervention chirurgicale, ou simplement patience. "Souvent, ce ne sont pas des malformations, tout au plus des particularités qui s’estompent avec le temps", assure le Dr Élisabeth Thibaud, gynécologue à l’unité d’endocrinologie et de gynécologie pédiatrique à l’hôpital Necker (Paris).

Dans bon nombre de cas, en effet, quelques mois ou quelques années supplémentaires suffisent pour constater un retour à la normale. "Fréquent chez les jeunes enfants, un testicule oscillant, qui a tendance par moments à remonter haut dans l’aine du fait d’un réflexe musculaire, se stabilise généralement à la puberté, souligne le Dr Vincent Cardot, urologue. Inutile donc d’en parler sans cesse et de focaliser sur ce signe particulier."

Patience également en cas de coalescence des petites lèvres. "Cela n’entraîne aucun trouble. Elles finiront par se décoller spontanément au cours de l’enfance ou au plus tard au début de la puberté, grâce à l’imprégnation hormonale, assure le Dr Thibaud. Il n’y a donc aucun intérêt à intervenir, non seulement c’est inutile, mais cela peut être psychologiquement perturbant. Ces petites filles sont exactement comme les autres."

Quand l’intervention est nécessaire

Lorsque le décalottage du gland demeure impossible chez le petit garçon de 2 ans, c’est qu’il souffre d’un rétrécissement de l’anneau du prépuce, appelé phimosis. Si l’application d’une pommade aux corticoïdes pendant environ un mois se révèle inopérante, le chirurgien proposera, selon les cas, une intervention pour agrandir le prépuce (plastie dorsale) ou pour le retirer totalement (circoncision).

"Rien de dramatique, rassurez-vous, cela n’altérera en rien la vie sexuelle de votre fils. Aux États-Unis, plus de 60 % des hommes sont circoncis et ils n’en semblent pas moins heureux en amour", observe le Dr Yvan Barthélemy, urologue.

Bien préparer l’opération

Pour autant, n’hésitez pas à poser toutes les questions qui vous viennent à l’esprit et aidez votre enfant à exprimer lui aussi ses craintes et ses interrogations. Le chirurgien doit prendre le temps de vous expliquer en sa présence l’intérêt de l’intervention, son déroulement, ses éventuels risques, l’anesthésie, la durée d’hospitalisation, les soins postopératoires, etc.

Mieux informé, vous en ressortirez rassuré. De retour à la maison, vous pourrez à nouveau raconter à votre enfant pourquoi on va l’opérer, ce qu’on va lui faire, qui va s’occuper de lui… C’est important.

Plus vous aurez de détails à lui donner, plus vous pourrez anticiper ensemble cette intervention. Utilisez des mots simples et répondez franchement à ses questions, aussi naturellement que vous le feriez s’il devait être opéré des amygdales. Les médecins le savent bien : un enfant qui sent ses parents confiants et sereins accepte plus facilement l’intervention et les soins. Et dans quelques années il ne s’en souviendra sans doute même plus…

En parler ou pas ?

Même en famille, il n’est pas toujours facile d’évoquer "le problème de la petite". Zizi, zizounette, foufounette, zézette…, peu importe le vocabulaire, l’essentiel est d’employer vos mots à vous sans dramatiser et d’adapter votre discours à l’âge de l’enfant. En présence d’une hernie de l’ovaire, on peut dire : "Ta sœur a une petite boule qui ressort près de sa zézette. Le médecin va l’endormir pour rentrer cette petite boule à l’intérieur. Elle aura un pansement pendant quelques jours, puis ce sera fini", suggère le Dr Thibaud.

Inutile d’en informer tout le quartier, mais il est préférable d’en avertir son enseignant, sa baby-sitter et, bien sûr, ses grands-parents, qui se feront une joie de lui téléphoner ou de venir la voir. Votre enfant ne souffre pas d’une maladie honteuse, alors surtout évitez messes basses et sous-entendus !