La place du père dans la petite enfance

La place du père dans la petite enfance

La petite enfance apparaît traditionnellement comme le domaine réservé des femmes. Mais si la mère y occupe une place prépondérante, le rôle du père est indéniable.

Devenir père, cela suppose de faire sa place. Père de trois jeunes enfants, Thomas évoque volontiers le sujet : "Je m'imaginais bien en père de famille, mais avec des enfants d'âge scolaire ! Discuter avec eux, les aider pour leurs devoirs, les initier à mon sport favori ou au bricolage, c'était simple. Mais pour ce qui est de la petite enfance, je n'avais élaboré aucun scénario."

Il n'est en effet pas facile de se positionner, quand la mère répond si parfaitement aux besoins de l'enfant. En mettant au monde, la femme devient "naturellement " mère, et la rencontre est immédiate. "C'est une réalité physiologique, à la naissance la femme est imprégnée d'hormones qui la font se tourner presque naturellement vers son enfant. Et l'allaitement tisse encore davantage le lien."

S’impliquer d’emblée dans la relation

Le Dr Jean Girard, obstétricien, connaît bien les interrogations de ces jeunes pères pour lesquels il anime des groupes de parole, en maternité : "Pour eux, il s'agit d'un apprentissage plus volontaire, je leur recommande d'être présents très tôt auprès de leur enfant pour apprendre à le connaître, s'investir dans la relation et trouver leurs marques dans cette nouvelle constellation familiale." Aujourd’hui, le père est présent dès la naissance, sans que pour autant les rôles se confondent.

"Au sortir de la maternité, Claire était fragilisée par tous les bouleversements liés à la naissance de Jules. Elle avait besoin que je sois auprès d'elle. En partageant ces premiers moments à la maison, je me suis tout de suite impliqué dans les soins et dans la relation avec notre bébé", témoigne Fabrice. Comme deux tiers des nouveaux pères, Fabrice a bénéficié de ses onze jours de congé paternité, pour faire connaissance avec son bébé. "Moi qui avais peur de ne pas savoir m'y prendre avec un nouveau-né, j'ai été immédiatement en première ligne", confie-t-il.

Des apports différents

Selon Jean Le Camus, psychologue, le dialogue entre le bébé et son père s'instaure très précocement, avec un mode de communication spécifique : "La mère échange davantage sur un mode visuel, alors que le père développe une relation qui fait intervenir le toucher et le mouvement." Une diversité enrichissante pour l'enfant, sachant que dès la fin de la première année le jeu s'invite dans leurs tête-à-tête. "Par ses taquineries, le père incite l'enfant à s'adapter, à inventer des solutions. Il l'encourage aussi à l'exploration et à la persévérance", constate Jean Le Camus.

Cette façon d'échanger par le biais de jeux physiques, de chatouilles ou de bagarres simulées, renforcerait la confiance en soi, tout en favorisant la socialisation par l'apprentissage du respect des règles du jeu. Une ouverture au monde que la psychanalyse a depuis longtemps attribuée au père, le désignant comme celui qui vient "troubler" le face-à-face fusionnel entre la mère et le nourrisson.

Un père structurant mais aussi un père éducateur, proche de son enfant dès le premier âge, voilà l'image de la paternité aujourd'hui. "Pierre peut tout aussi bien donner le biberon ou le bain, pour autant il n'a rien d'un papa poule ou d'une maman bis. Nous assumons tous les deux notre part dans le foyer", précise Mathilde, qui souligne que ce partage des tâches est inévitable quand les femmes ont une activité professionnelle.

Protecteur et exigeant

Par sa présence protectrice, le père pousse l'enfant à l'autonomie. Selon les observations de psychologues spécialistes du développement, il utilise pour s'adresser à son enfant un vocabulaire plus large et plus précis et fait moins d'efforts que la maman pour décrypter son langage : quand l'enfant s'exprime mal, il l'incite à reformuler pour être compris de tous. Le père est aussi celui des deux parents qui encourage le plus l'enfant à affronter des situations nouvelles et à persévérer devant les obstacles.

"Avec leur père, je sens que Théo et Jeanne sont toujours avides d'expérimenter, il maintient leur curiosité en alerte", a observé Marie, mère de jumeaux de 3 ans, qui avoue être davantage réceptive à leurs bobos ou à leur fatigue. De cette expérience de la nouveauté, le jeune enfant tire la leçon des limites que lui impose la réalité et trace ainsi son chemin vers l'autonomie. Dans les premières années de la vie, le père stimule chez l'enfant l'envie de grandir, en lui apportant la sécurité. Une attention et une présence nécessaires, fondements de l'autorité paternelle.

L’avis d’Aldo Naouri, pédiatre, psychanalyste : "Le père représente une autre référence"

Dans un premier temps, le seul repère de l’enfant est sa mère, avec laquelle il entretient une relation étroite faite de la familiarité avec sa voix et son odeur. Mais l’enfant a besoin d’un autre repère : c’est là qu’intervient le père symbolique.

Essentielle pour la construction de la pensée de l’enfant et la perception qu’il a de lui-même, l’intervention du père introduit à l’intérieur de cette relation exclusive une part de la réalité extérieure, et lui offre une autre référence. À la condition que la mère accepte de faire exister ce père symbolique aux yeux de son enfant. C’est en lui donnant sa caution qu’elle permet au père de jouer son rôle de "séparateur". Cette fonction de père symbolique peut être assurée par un autre que le géniteur : un beau-père ou toute personne qui compte infiniment pour la mère.