L'adolescent, l'amour, l'amitié et l'école

L'adolescent, l'amour, l'amitié et l'école

Amitié, amour, école... l'adolescence s'articule autour de ces trois points essentiels. Mais la peur de l'avenir pèse sur le moral des jeunes.

A l'adolescence, il n’y a qu’avec les copains que les émotions battent au même rythme. Qu’on s’adore ou se déteste, on est sur le même registre temporel. C’est pourquoi les relations avec eux prennent une telle importance.

Communiquer avec les copains

La communication avec les pairs devient la pierre angulaire de la construction de l’identité à l’adolescence, et les nouveaux médias démultiplient le processus.

Généralement critiques vis-à-vis de l’information et se méfiant des "chats" avec des inconnus, ils exposent leur personne et leur tribu sur les réseaux sociaux.

Les ados, des adeptes du téléphone portable

Leur réseau préféré reste sans conteste le téléphone portable. Les parents, eux, sont stupéfaits de voir leur progéniture mutique redevenir, par le miracle d’une sonnerie, une personne pleine de vie.

Le délicat problème de la facturation des forfaits provoque dans nombre de familles d’âpres négociations. Réintroduire un peu de réalisme financier est souvent utile et même sain.

L’autonomie a un prix, celui de devoir assurer sa propre vie économique. Tant qu’il n’en est pas là, l’adolescent doit entendre qu’il lui faut accepter certaines contraintes.

Un problème de concentration

La concentration et l’attention des adolescents (comme celles des enfants plus jeunes) semblent devenir de plus en plus restreintes. Et ce, pas seulement dans les classes difficiles, comme le constatent de plus en plus souvent les enseignants.

Plus qu’au manque de sommeil, ce désintérêt rapide pourrait être dû à la difficulté à supporter l’attente ou l’ennui, ou relever des habitudes de "zapping". La musique écoutée en permanence sert à combler un vide insupportable.

Des codes sociaux mal compris

Certains ados, habitués dès l’enfance à faire des bisous à tout va à chaque adulte rencontré, n’ont pas la clé des hiérarchies et de la distance à tenir dans différentes circonstances.

Ce flou dans les codes sociaux est manifeste et entraîne bien des tiraillements entre générations.

Ouvrir la porte à quelqu’un ou céder sa place ne sont pas des gestes toujours spontanés. Ils doivent être présentés comme des marques d’apaisement au quotidien de la violence potentielle engendrée par la vie en société.

Un avenir incertain

Le sentiment d’une rupture générationnelle se fait sentir davantage au niveau de la scolarité. Si les jeunes sont contents de retrouver leurs copains à l’école, beaucoup d’entre eux s’y ennuient.

Plusieurs causes à cela : le message scolaire tel qu’il est enseigné ne passe plus et peu de jeunes adhèrent à des modèles moraux de moins en moins en rapport avec la réalité d’une société en pleine crise.

L’avenir et l’engagement dans une formation suscitent plus d’inquiétude que d’enthousiasme, ce qui induit encore davantage des comportements de repli sur les copains.

La vie active inquiète

Pour les plus âgés, les modèles d’entrée dans la vie active semblent souvent "galère". Beaucoup de jeunes n’ont pas envie de quitter le cocon familial, par peur d’une vie trop difficile et sans avenir.

Cela s'accompagne de redoublements, voire de triplements de classe, de changements d’orientation, sans bien savoir quoi faire.

L’amour, la grande affaire de l'adolescence

La grande affaire de l’adolescence, c’est l’amour. Souvent rêvé bien que redouté, le passage à l’acte est une initiation. L’âge des premières relations sexuelles (17,5 ans) n’a pas baissé par rapport aux générations précédentes.

Si l’éducation sexuelle est entrée dans les mœurs, les cours ressemblent plus à de froides leçons d’anatomie, avec un message martelé ayant trait à la contraception et à la prévention des maladies sexuellement transmissibles.

Risques et dangers au premier plan, qu’en est-il du plaisir ? Internet abonde en sites pornographiques qui donnent des normes distordues sur les relations sexuelles.

L’adolescent devra faire seul son trajet intime quant à la question fondamentale de l’amour, de la rencontre avec l’Autre. Comme un bien précieux, il n’est pas sûr qu’il ait envie de partager avec ses parents cette première vraie preuve d’autonomie. Il importe cependant de laisser ouverte la possibilité d'un dialogue.

L’avis de Laure Riandey, psychanalyste

Les adultes se représentent l’adolescence comme une période explosive. Mais on rencontre aussi beaucoup d’inhibitions. Certains éprouvent des difficultés à se situer par rapport à leur groupe d’âge.

Si le jeune est fragile, il risque le repli sur soi, l’isolement, à un moment où se pose la question de l’altérité et du rapport aux autres. Il préférera rester collé à son ordinateur sans se confronter au réel. L’adolescent a besoin de son jardin secret dont ses parents sont exclus.

Il existe un malentendu entre eux : l’adolescent veut avoir toute la confiance des parents et revendique un statut d’adulte, alors que les parents posent la relation sur le thème "Prouve-moi d’abord que tu mérites ma confiance".

L’avis de Philippe Levallois, chercheur associé à l’université de Strasbourg

On constate les mêmes tendances générales que pour les adultes : désintérêt par rapport aux religions instituées et défiance pour les institutions. Ils ont des croyances souvent sans racines et sans ancrage, plutôt liées à l’après-mort.

Leur attrait pour des religiosités dites parallèles - satanisme, spiritisme, paranormal, extraterrestre - est réel et lié au processus identificatoire de cette période avec des rites de passage, la reconnaissance du groupe, le rejet de l’adulte et de la loi, l’affirmation de sa singularité, la quête de sens.

Cela étant, certaines croyances ou pratiques peuvent alimenter un mal-être d’adolescents en quête d’émotions fortes et de repères. L’écoute, le dialogue, l’attention des adultes proches sont alors essentiels, particulièrement lors de changements de comportements et de discours.