Jusqu’où accompagner les amours de nos ados ?

Jusqu’où accompagner les amours de nos ados ?

Un ado amoureux place souvent ses parents dans une position inconfortable. Loin d’être adulte, il a encore besoin d’être encadré, mais il lui faut tout de même une certaine liberté pour faire ses premières expériences. Le bon dosage est délicat à trouver.

L’idée d’une relation sexuelle adulte entre adolescents hante les parents, et beaucoup s’imaginent qu’ils sont plus précoces que ceux des générations précédentes. Depuis la fin des années 1970, l’âge moyen du premier rapport n’a pas évolué : il reste de 17 ans et demi pour les filles et de 17 ans pour les garçons.

Si les ados d’aujourd’hui ne sont pas plus précoces, ils sont mieux avertis : depuis trente ans, l’absence de contraception lors du premier rapport ne cesse de reculer. Les cours d’éducation sexuelle dispensés dans les collèges, les campagnes sur le sida, l’intervention des parents portent leurs fruits.

L’âge moyen n’est qu’une indication statistique, certains ados ont leurs premières relations sexuelles à 13 ans, d’autres à 20 ans, mais, d’une manière générale, ils se montrent plus prudents.

Anticiper sans être intrusif

En matière d’anticipation, chaque parent a sa façon de voir les choses, et chaque ado sa façon de réagir. Un adolescent dont on bourre les poches de préservatifs ou une adolescente qu’on embarque chez le gynécologue dès qu’elle a un petit copain risque de vivre cette précipitation comme une intrusion ou comme un encouragement à passer à l’acte.

"La question de la sexualité ne doit pas être éludée, c’est en cela qu’il est bon d’anticiper en abordant la question dès qu’ils ont 12 ou 13 ans. Un père peut acheter des préservatifs pour son fils pour le jour où il en aura besoin, mais sans être incitatif. Certains adolescents n’aiment pas parler de sexualité avec leurs parents, il ne faut pas les forcer, mais rester disponible afin qu’ils sachent que le sujet n’est pas tabou", conseille Jacques-Antoine Malarewicz, psychiatre et psychothérapeute.

Rencontrer les parents de l’autre

Jacques-Antoine Malarewicz préconise une mise en relation des parents concernés : "Il est légitime que les parents des deux bords entrent en relation pour vérifier qu’ils sont sur la même longueur d’onde. Quand l’ado est invité, par exemple, ses parents ont le droit de savoir si les parents de l’autre sont au courant, s’ils seront présents, si les jeunes ont accès à de l’alcool, par exemple."

Il ne s’agit pas de tout contrôler mais il faut pouvoir dire non si les options des autres ne concordent pas avec ce qu’on juge bon pour ses enfants. L’ado en conclura que la famille de l’autre est formidable et la sienne épouvantable, aux parents d’accepter cette rivalité et d’en profiter pour discuter de la différence.

Ne pas laisser l’ado prendre le pouvoir

Il arrive qu’un père et une mère n’aient pas les mêmes exigences. Le risque en cas de désaccord entre parents est que l’un autorise en douce ce que l’autre interdit. Il peut alors se nouer une complicité malsaine, poussant l’adolescent à prendre le pouvoir en grignotant des faveurs.

L’autorité parentale ne pourra plus s’exercer et l’adolescent y perdra en sécurité. "Les parents ont intérêt à discuter jusqu’à trouver une position commune", insiste Jacques-Antoine Malarewicz.

La tentation est grande chez certains parents de revivre leur adolescence à travers celle de leur enfant en lui accordant les libertés dont ils auraient aimé jouir ou en sollicitant ses confidences. S’il est important de fixer des limites, il l’est tout autant de rester discret.

"Paradoxalement, si la règle posée est que l’ado doit tout dire, il n’y a plus de confiance possible. C’est parce qu’il y a du non-dit qu’on peut accorder sa confiance", conclut-il.

L’avis de Xavier Pommereau, psychiatre

Les parents sont mal préparés à réagir aux premiers amours des adolescents. Les ardeurs de ces derniers les renvoient à leur vieillissement, ce qui est assez douloureux. Ils avancent de très bonnes raisons pour leur interdire de rentrer tard le soir, mais derrière il y a la nostalgie de leur jeunesse envolée. À moins qu’ils ne cherchent à garder leur enfant en adoptant le ou la "fiancé(e)". Cela s’observe surtout dans les familles monoparentales où la crainte de la solitude est très forte.

L’amour doit se vivre dans le secret ! Il est infiniment préférable pour des adolescents de se cacher pour leurs ébats plutôt que de s’y adonner sous le toit familial. La vraie vie comporte des parts d’ombre et de lumière, tout ce qui a trait à l’amour requiert de l’ombre. Aujourd’hui, il est trop admis que les adolescents fassent l’amour chez leurs parents. Il leur faut de l’intimité psychique et physique pour tirer parti des leçons… de leurs expériences et apprendre à se séparer.

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