Grandir au sein d’une famille homoparentale

Grandir au sein d’une famille homoparentale

Les enfants qui grandissent avec deux papas ou deux mamans nécessitent une attention particulière. Car ils sont souvent marqués par la différence.

Damien élève sa fille Louise depuis sa naissance avec son compagnon. Tous les deux sont conscients de la complexité, pour Louise, de lever le voile sur son environnement familial.

Dans un premier temps, les copains et leurs parents sont au minimum intrigués, parfois désapprobateurs. "Maintenant qu’elle a 14 ans, poursuit Damien, c’est à elle de juger si elle a envie de parler de sa famille ou si elle préfère se taire."

Un environnement familial "différent"

Cela dépend des circonstances. Enfants nés d’une union hétérosexuelle antérieure, du recours à une insémination artificielle avec donneur, enfants adoptés, ou vivant en coparentalité, ces différentes façons de fonder une famille homoparentale recouvrent une même réalité pour l’enfant : un environnement familial "différent" de celui que reconnaît la norme sociale.

Faciliter les rapports avec l'entourage

Mère d’une fillette de 9 ans conçue par insémination artificielle, Sophie, qui partage sa vie avec Hélène, a toujours choisi de clarifier la situation : "Quand Zoé était bébé, nous ne nous sommes jamais présentées à la crèche comme un couple homosexuel, mais nous n’avons rien dissimulé non plus. De fait, rapidement nos interlocuteurs comprenaient que nous l’élevions ensemble."

Depuis que Zoé réalise qu’elle vit dans une famille atypique, elles ont le souci de lui faciliter les rapports avec son entourage. "C’est une petite fille équilibrée et pleine de joie de vivre. J’ai peur qu’elle entende des propos homophobes qui la blessent", s’inquiète Sophie.

Une différence parmi d’autres

Des insultes homophobes, Lucas en a souvent entendu, remarque Éric : "Cela fait partie du vocabulaire des garçons dans les cours d’école ! D’autant plus que Lucas ne s’est jamais privé d’annoncer innocemment : “Moi, j’ai deux papas”, parce que vivre au sein de sa famille lui paraissait normal !"

C’est précisément au moment où ils découvrent la particularité de leur famille que les enfants ont besoin de réponses adaptées à leur âge, quant à leur histoire.

"Vers 5 ou 6 ans, il n’est pas nécessaire de leur faire un cours sur la procréation !" estime Martine Gross, psychologue, présidente de l’Association des parents et futurs parents gays et lesbiens (APGL), qui souligne qu’il existe toutes sortes de familles : monoparentales, adoptives, recomposées…, et qu’il faut montrer aux enfants qu’ils appartiennent à cette diversité dont se compose la société aujourd’hui.

Pouvoir se confier

Selon Martine Gross, le rôle du parent est d’aider l’enfant à choisir les personnes à qui parler de sa famille. Il faut faire en sorte que les camarades viennent à la maison et s’y trouvent bien. La banalité de la vie quotidienne affichée est le meilleur remède contre la peur de la différence et les fantasmes qui l’accompagnent.

Elsa dit avoir trouvé du réconfort auprès de sa meilleure amie qui était au courant : "J’ai eu aussi la chance de pouvoir parler très librement de mes difficultés avec ma mère et Valérie, sa compagne. J’ai sûrement été blessante, et elles toujours tolérantes. Maintenant, je suis consciente que l’essentiel est d’avoir grandi auprès d’adultes équilibrés, capables de supporter mon agressivité, dans une famille qui m’a donné de l’affection."

Des adultes équilibrés et tolérants

Vivre entouré d’adultes qui assument leur différence sans pour autant la souligner est sans doute l’environnement le plus favorable pour ces enfants souvent uniques.

Par ailleurs, oncles, tantes, grands-parents, famille élargie sont autant de relais et interlocuteurs privilégiés avec lesquels les jeunes peuvent partager leurs questionnements.

En grandissant, ces enfants se sentiront d’autant mieux dans leur vie qu’ils seront au clair avec leur histoire et connaîtront la vérité. Un accompagnement nécessaire pour leur permettre d’évoluer le plus sereinement possible dans la société.

Le statut de beau-parent

Le projet de loi sur l’autorité parentale et le droit des tiers a pour ambition de clarifier la situation juridique du beau-parent et d’assurer à l’enfant la meilleure solution possible en cas de décès du parent avec lequel il vivait.

Le statut de beau-parent hébergera-t-il un dispositif de droits applicables à l'homoparentalité ? Pour en savoir plus, lisez notre article.