Faites apprécier les livres à votre enfant

Faites apprécier les livres à votre enfant

Ils boudent les livres depuis qu’ils ont appris à lire, ils ont décroché au fil des années de primaire et de collège… Comment réveiller leur appétit de lecture ?

Avant de le laisser lire tout seul, comptez-lui ses histoires

Passé l’apprentissage, continuez à lui lire des histoires. Les livres-objets, en plastique pour le bain, "sensoriels" avec grelots ou morceaux de peluche, jeux avec des rabats de papier ouvragé : les tout premiers "livres" des enfants sont surtout des jouets. Puis viennent les albums illustrés des années de maternelle, leurs belles histoires invitent à tourner les pages. Mais là encore, plus que le livre et au-delà du récit, ce qui enchante le petit, c’est le tête-à-tête du soir avec papa ou maman.

L’apprentissage de la lecture n’est donc pas une bonne affaire pour le "grand" de 6 ou 7 ans. Il est désormais invité à feuilleter ses livres tout seul tandis que le rituel du coucher s’effiloche peu à peu. Et que gagne-­t-il au change ? Des histoires faciles à déchiffrer, donc bien moins riches et exaltantes que celles que lisaient ses parents. Pour l’enfant, la conclusion s’impose : ce n’est pas si drôle de savoir lire !

Notre conseil

L’enfant ne doit pas nourrir l’impression que la lecture le sépare de ses parents. Pendant les toutes premières années de primaire et jusqu’à ce qu’il prenne un authentique plaisir à découvrir les histoires tout seul, continuez à lui raconter les livres régulièrement.

"Entre 8 et 12 ans, demandez-lui de vous prêter ses livres pour pouvoir en parler avec lui, car il est frustrant pour l’enfant de ne pouvoir partager les histoires qui lui plaisent", conseille Marie Lallouet, rédactrice en chef du mensuel "J’aime lire", destiné aux 7-10 ans.

Ne pas abandonner trop vite les BD et les livres illustrés

Un enfant ne peut se passer d’illustrations qu’au moment où sa lecture silencieuse est devenue assez fluide pour évoquer des images dans sa tête.

"La réduction des illustrations doit donc suivre les acquisitions du jeune lecteur et ne pas les précéder, au risque de le rebuter, note Marie Lallouet, rédactrice en chef du mensuel "J’aime lire", destiné aux 7-10 ans. Vers 7-8 ans, il a encore besoin d’ouvrages avec beaucoup d’images pour peu de texte, puis cela s’inverse peu à peu.

Le passage par des livres illustrés en noir et blanc peut être une étape intermédiaire intéressante avant d’en arriver au texte seul ; c’est une première approche de l’abstraction qui laisse à l’imagination une partie du chemin à faire."

Notre conseil

La BD ou les mangas permettent aussi cette évolution vers le texte. À noter, de très nombreuses séries télévisées pour enfants et préados sont déclinées en livres, albums illustrés ou ouvrages de poche (Dora, les Winx, Grand Galop).

Ces produits dérivés sont de qualité inégale, mais cela peut être une astuce pour attirer les petits "téléphages" vers le livre, tout en évitant de placer ce dernier en concurrence avec l’écran.

Lecture : accompagnez votre enfant et valorisez son effort

"Avant de décrypter avec aisance, il y a une étape où cela va trop lentement. Si on nie la réalité de l’effort qu’il faut produire pour lire en ne valorisant que le plaisir comme s’il était immédiat, la lecture est battue d’avance, par la télé­vision notamment", souligne Danièle Sallenave, agrégée de lettres classiques et écrivain.

L’enfant qui peine sur des lignes qui s’embrouillent dans sa tête se sent incapable et se décourage, au risque de rejeter d’un même élan et le livre et la parole de l’adulte. Il vaut mieux montrer que l’effort apportera sa propre récompense, la fierté de réussir : "Regarde tout ce que tu obtiens quand tu lis, tu es capable de comprendre, de réfléchir, d’imaginer."

Notre conseil

Les jeunes peuvent passer des heures sur un jeu vidéo pour accéder à un niveau supérieur. Ils sont tout aussi capables de comprendre que s’entraîner à lire apporte des victoires.

Tous les choix de lecture sont permis

"Il ne faut pas croire trop vite qu’un enfant ne lit pas, sous prétexte qu’il ne s’intéresse pas aux romans de son âge", note Marie ­Lallouet.

Certains ne semblent jamais lire mais s’emparent spontanément de toutes sortes d’écrits : un article sur les animaux, une recette dans le livre de cuisine ouvert, les consignes d’un jeu sur ordinateur pour élaborer des modèles de robe ou construire une cité de chevaliers…

Certains jeunes lecteurs préfèrent la lecture "documentaire" et choisissent plus facilement les histoires vraies, les livres scientifiques ou les journaux pour enfants ; d’autres, les romans.

Sans rien imposer, il suffit de proposer - le choix est particulièrement vaste en termes d’édition et de presse pour jeunes ! -, sans oublier les bibliothèques publiques ouvertes aujourd’hui dans tous les villages et quartiers.

Enfin, "un enfant a parfaitement le droit de ne pas aimer la lecture", rappelle Marie Lallouet, . Il faut l’accepter, comme nous admettons que la musique ou le dessin n’attirent pas tout le monde. Non à une certaine dictature de la lecture ! L’essentiel est de bien maîtriser la capacité de lire… et d’écrire. L’amour du livre ne se dicte pas.

Notre conseil

Évitez de placer une télévision dans sa chambre. Ne mettez pas en concurrence le livre, l’ordinateur et la télévision, qui peuvent être complémentaires. Délimiter un espace géographique pour les diverses activités, c’est aussi une façon de dégager un temps pour tout, y compris la lecture, dans des semaines souvent bien chargées.

Livres : idées cadeaux pour les enfants

"Je veux un grufilossalin", de Yaël Delalandre : pour croiser le père Noël, une enfant demande un cadeau introuvable. "Mes premiers J’aime lire", n° décembre 2010, 5,90 €. À partir de 6 ans.

La collection "Au cœur de l’aventure" est destinée aux enfants de 8 à 12 ans qui savent mais n’aiment pas lire. Choisir un classique ("L’île au trésor", de Robert Louis Stevenson, par exemple) personnalisé à son prénom. La Fée des mots, 24 €.

"Pourquoi on écrit des romans…", de Danièle Sallenave : un écrivain explique à des enfants comment les personnages passent de son imagination au livre. Éditions Gallimard jeunesse, 10,50 €. À partir de 10 ans.

"Nils et la prophétie", de Kawthar Mhammedi : un conte fantastique écrit par une jeune fille de 14 ans pour les collégiens. Éditions Mouck, 14 €.

"Le plus grand footballeur de tous les temps", de Germano Zullo : un ado découvre les livres par amour. Éditions La Joie de lire, 13 €. À partir de 15 ans.

L’avis de l'expert Danièle Sallenave, agrégée de lettres classiques et écrivain

Nombre d’enfants qui ne lisent pas, ne savent en fait pas lire ! Ils n’ont pas fixé le mécanisme de la lecture lors des premières années de primaire et l’ont perdu peu à peu. La lecture, ce n’est pas comme le vélo,

ça s’oublie…

Quand l’enfant lit mal, un écart se creuse entre ses capacités et les lectures de l’école qui se compliquent au fil des ans. C’est ainsi que tant de jeunes ânonnent en 6e, puis décrochent en fin de 3e. Pour éviter cela, il faut aider l’apprenti lecteur à consolider ses acquis.

D’abord en lisant souvent avec lui des textes courts, puis en le faisant lire à voix haute. Ne pas le gronder quand on le reprend : l’enfant ne doit pas se sentir testé ou mis sur la sellette. Tant que sa lecture n’est pas fluide, expliquez-lui les mots et évitez de le renvoyer au dictionnaire, qui interrompt le récit et représente une embûche supplémentaire.

Danièle Sallenave est l'auteur de "Nous, on n’aime pas lire", éditions Gallimard, 2009, 11,50 €.

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