Enfants : comment les faire bien manger ?

Enfants : comment les faire bien manger ?

En France, près d’un enfant sur cinq est en surpoids. Pour enrayer ce phénomène, c’est dès le plus jeune âge que nous devons leur donner de bonnes habitudes alimentaires.

L'apprentissage de l'équilibre alimentaire passe par le plaisir de manger. Nous avons mis l’accent sur deux moments clés : la petite enfance et la période de l’adolescence.

Les plus jeunes aiment le sucre

Tout le monde aime le sucré. Bébé sourit quand on lui présente du sucré, car le lait maternel ou maternisé a une saveur douce. Ce penchant naturel s’amplifie au fur et à mesure que l’enfant grandit, car le sucre est un aliment valorisé. C’est la récompense (les bonbons) ou le dessert de la table familiale. Les événements importants de notre vie, naissance, anniversaire, mariage, sont marqués par la présence de gâteaux et de sucreries.

Enfin, le sucre est très présent dans les produits manufacturés comme les céréales et les goûters. "La flambée d’obésité que les États-Unis ont connue ces trente dernières années s’est déroulée dans un contexte où les très jeunes enfants (3-4 ans) consommaient davantage de glucides apportés par les sodas et les confiseries que par les fruits et légumes", s’alarme l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses), dans son rapport de 2004 sur les glucides.

Par ailleurs, l’étude montre qu’en France aussi, un quart des boissons quotidiennes absorbées par les enfants viennent de jus de fruits et de sodas.

Pour éviter le sucre, limiter les céréales industrielles

Oublier les petites phrases qui laissent des traces, comme "si tu n’es pas sage, tu seras privé de dessert" ou "si tu manges bien, tu auras un bonbon". Donner des fruits plutôt que des jus de fruit. Troquer la canette de soda (= 6 morceaux de sucre) contre une version light, mais toujours commencer par étancher la soif par un verre d’eau. Limiter les céréales industrielles du petit déjeuner, chocolatées, au miel ou fourrées, à une fois par semaine et, au quotidien, alterner pain et biscottes.

Nourriture : les enfants de 2 à 10 ans sont sélectifs

Nos enfants deviennent sélectifs et conservateurs. "Jusqu’à 2 ans, ils acceptent de goûter tout ce qu’on leur présente, observe Natalie Rigal, psychologue chercheur et spécialiste du goût chez l’enfant. Puis les trois quarts d’entre eux deviennent plus sélectifs.

Ils refusent les aliments inconnus. Par nature, l’enfant aime les produits gras et sucrés qui permettent d’être rassasié rapidement. Il faut le conduire à avoir du plaisir avec les aliments qu’il n’apprécie pas au départ mais qui sont nécessaires à son équilibre alimentaire."

Heureusement, pour donner envie de manger de tout aux plus jeunes, nous pouvons utiliser plusieurs recettes. Marier les couleurs, aussi attirantes sur les étals du marché que dans la présentation du plat, ou jouer sur l’échiquier sensoriel (le mou, le craquant, le doux…) en les laissant sentir et toucher.

"Pour certaines préparations, précise Natalie Rigal, il sera nécessaire d’insister en présentant toujours le plat de la même manière plutôt qu’avec une préparation différente. En effet, si on propose à un enfant des carottes Vichy, râpées ou en purée, il pense qu’il s’agit de trois produits différents."

Atelier cuisine, goûter en pleine nature…pour une alimentation équilibrée

Pour convertir les enfants qui n’aiment que les frites et le ketchup à une alimentation plus équilibrée, il est nécessaire de leur faire redécouvrir légumes et fruits dans leur contexte, en pleine nature. Certains fermiers du réseau Bienvenue à la ferme accueillent les enfants dans le cadre de goûters nature ou de visites.

Pour apprendre comment préparer les produits de terroir, les enfants peuvent également, dès leur plus jeune âge, participer à des ateliers cuisine. C’est ce qu’a tenté Cécilia, maman de deux enfants de 8 et 14 ans. Pour aguicher leurs papilles, elle les a emmenés au salon Kidexpo où ils ont pu participer à des ateliers culinaires.

"Henri, le plus jeune, n’a pas résisté à l’envie de se joindre aux enfants en toque et petit tablier pour préparer un rôti. Le plan de travail était à bonne hauteur et tous les ustensiles à portée de main. Il a ficelé le morceau de viande, épluché les carottes et les oignons, ajouté des herbes de Provence, du sel, du poivre et une pointe de beurre.

Pendant ce temps, son aînée, Emmanuelle, a participé à l’atelier mâche et a découvert qu’il existait mille et une façons d’accommoder une salade en dehors de la vinaigrette. En les voyant faire, je me suis aperçue que je ne sollicitais la participation de mes enfants que pour les desserts alors qu’ils prennent aussi plaisir à cuisiner le salé !"

Les ados aiment la nourriture fraîche, croquante et crue

On entend souvent dire que les adolescents mangent mal. Pizzas, sodas, chips ou barres chocolatées seraient leur quotidien. Faux, affirme l’enquête AlimAdos 2009 de l’Observatoire des habitudes alimentaires du Centre national interprofessionnel de l’économie laitière.

En interrogeant Mégane, Marie, Marek, Marco ou Antoine, les chercheurs se sont rendu compte de l’importance de la nutrition dans les propos et les comportements des 12-19 ans. "Ils aiment le frais, le croquant, le cru, constate Véronique Pardo, coordonnatrice AlimAdos, qu’il s’agisse de légumes ou de produits laitiers. Le cru serait synonyme de pureté alors que le cuit provoquerait le dégoût."

Oscillant entre enfance et âge adulte, les jeunes surprennent par leur amour des plats traditionnels comme la choucroute, la bouillabaisse, ou les bouchées à la reine. Des saveurs indissociables des repas en famille que, loin de fuir, les ados plébiscitent.

Une chance, car une enquête québécoise (enquête sociale et de santé auprès des enfants et des adolescents québécois, réalisée auprès de 3 700 enfants de 9, 13 et 16 ans, en 1999) a montré que les enfants qui mangent en famille au moins cinq fois par semaine (que le repas soit équilibré ou pas), qui regardent la télé moins de deux heures par jour et qui dorment suffisamment ont de meilleures notes à l’école, ne sont pas obèses et développent moins de comportements à risque (drogue, alcool).

Ados : halte aux idées reçues

Adeptes du sandwich vite avalé sur un coin de banc, les ados ? Pas davantage, affirme Jean-Pierre Corbeau, sociologue de l’alimentation, à la suite d’une étude effectuée en 2010 pour une grande chaîne de restauration rapide. "Le grand paradoxe de la "restauration hamburger", résume-t-il, est qu’à part le service, rien n’est rapide !" Seules 20 % des personnes interrogées déclarent choisir la vente à emporter.

Les autres optent en majorité pour un menu qu’elles consomment en vingt minutes, entourées de leur famille ou de leurs amis. 36 % des 15-25 ans fréquentent le Quick ou le McDonald’s une fois par semaine, 26 % deux fois par semaine, 24 % une fois par mois, 6 % seulement plus de trois fois par semaine, et 8 % déclarent ne jamais y aller.

"En France, conclut, rassurant, le sociologue, le rapport à l’aliment fait que des régulations se mettent naturellement en place et, s’il y a des excès, il faut les chercher dans l’alimentation "hors repas" et dans le manque d’exercice physique."

À l’adolescence, une alimentation hors norme serait la règle. Faux : l’anorexie et la boulimie ne touchent que 2 % des adolescents, essentiellement les filles. Quant au grignotage, il est certes plus présent chez les 12-25 ans, mais guère plus que dans les autres couches de la population (selon l’enquête santé nutrition INPES 2008, publiée cette année).

Leur goût peuvent changer

En revanche, à la puberté, les goûts changent. "Le dégoût pour les légumes diminue avec l’âge, constate Natalie Rigal. Un adolescent sur deux apprécie la salade verte, les tomates crues, le maïs, les radis, les carottes crues, les haricots verts, les petits pois, les champignons, les concombres, les avocats, la soupe de légumes, les artichauts et les asperges."

Mais les garçons ont tendance à préférer la viande et les pâtes tandis que les filles se tournent vers les légumes et les yaourts. Car le goût n’échappe pas aux modifications psychologiques importantes liées à cette période particulière. Les attirances deviennent plus sexuées, car manger, c’est ingérer des aliments qui véhiculent une valeur symbolique. Les denrées alliées à une image de force et de vigueur séduisent davantage les garçons. Celles qui sont synonymes d’esthétisme et de sveltesse ont la faveur des filles.

Le top 10 des aliments des enfants

Ils aiments Ils détestent
les fruits rouges la peau de lait
le chocolat la cervelle
les frites les olives
la glace le fromage fort
le poulet le céleri
les yaourts la tomate cuite
les pâtes le poivron
le raisin les épinards
les biscuits le chou-fleur
la purée le foie

Tableau élaboré à partir de "la naissance du goût. Comment donner aux enfants le plaisir de manger?", Nathalie Rigal, éditions Noesis.

Les communes font attention à leur alimentation

Ces quinze dernières années, le taux d’obésité et de surpoids chez les enfants a doublé, passant de 9 % à plus de 18 %. En 1992, Fleurbaix et Laventie, deux villages du Pas-de-Calais, ont réussi à ralentir le phénomène en mettant en place un certain nombre d’actions directement auprès des enfants.

À ce jour, 230 villes ont eu une démarche similaire et ont enregistré le même succès, puisqu’on y enregistre, depuis 2004, une baisse de plus de 9 % de la prévalence de l’obésité et du surpoids des enfants entre 5 et 12 ans.

Leur secret ? Apprendre aux écoliers, dès le plus jeune âge, d’où viennent les aliments, comment ils transitent dans notre corps et comment prendre plaisir à déguster une grande variété de fruits et de légumes tout en pratiquant du sport régulièrement.

Chaque ville met en place ses propres activités. À Épernay et à Narbonne, les récrés fruitées ont remplacé les goûters gras et sucrés ; à Beauvais, les élèves participent à des ateliers de nutrition où ils découvrent les bienfaits du poisson ou de la pomme de terre ; et à Saint-Quentin, c’est au cœur même des jardins ouvriers de la ville que les enfants découvrent comment poussent les légumes du potager.

Éduquer les enfants pour toucher les adultes, telle est la base du programme Epode (Ensemble prévenons l’obésité des enfants). À la maison aussi, nous pouvons appliquer ces méthodes qui ont fait leurs preuves.

Nourriture : les sites Internet

www.epode.fr, pour retrouver les actions de toutes les villes participant au programme de lutte contre le surpoids des enfants.

www.afssa.fr, le site de l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses).

www.bienvenue-a-la-ferme.com, un réseau de 5 800 agriculteurs qui font découvrir les produits du terroir.

www.cercleculinaire.com, le site des cercles culinaires de France, propose des cours de cuisine bon marché pour petits et grands marmitons. Avec le relais des écoles hôtelières partenaires, les cercles culinaires sont présents dans plus de 50 villes en France.

Des livres à déguster pour ados

Aya, conseillère culinaire, Ishikawa Saburo, Bamboo, 6,95 €. Un manga culinaire bien documenté dans lequel on découvre les secrets du poulet à la sauce aigre-douce.

Cuisinez avec Jamie Oliver, pour Nintendo DS, 30 €. Livre de recettes interactif pour préparer burger d’agneau ou soupe de courge en suivant les conseils d’un génie anglais de la cuisine.

Leçons de cuisine, pour Nintendo DS, 30 €. Livre de cuisine ludique qui détaille 250 recettes choisies en fonction d’un pays ou de ce que l’on a dans le frigo.

La santé vient en mangeant et en bougeant, le guide nutrition des enfants et ados pour tous les parents, téléchargeable gratuitement sur www.inpes.sante.fr.

Bon et pas cher : 150 recettes à moins de 3 € et Le Guide de la nutrition de l’étudiante. Le b.a.-ba du bien-manger des ados gourmands mais fauchés. L’Étudiant, 8,90 € chacun.

Des livres à croquer pour les petits

Tout se mange avant 6 ans, Laura Annaert, Minerva, 15,90 €. 56 recettes en couleur, pour que les enfants se régalent de tout, concoctées par une spécialiste des ateliers pour enfants.

Crocolou aime cuisiner, Ophélie Texier, Actes Sud Junior, 7,50 €. Dès 2 ans, on peut avoir envie d’enfiler son tablier pour faire un gâteau au chocolat avec maman !

Le Croque-chansons, Corinne Albaut et Nadine Rouvière, Belin, 19,50 €. 20 jeux gourmands et un CD d’airs familiers pour fredonner de bon appétit.

Contes gourmands pour ouvrir les petits appétits, Béatrice Guthart, Sophie Lanciot et Émilie Chollat, Belin, 13,50 €. 10 histoires à croquer et des recettes pour inviter les petits à goûter fruits et légumes présentées avec humour.

Comment goûtons-nous ? Françoise Léon, Le Pommier, 4,60 €. Les dessous du goût et des saveurs par une spécialiste du comportement alimentaire des enfants.

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