Le retour de l’internat

Le gouvernement entend dépoussiérer l'internat. Décliné par thèmes, plus flexible, il pourra offrir une solution intéressante aux collégiens et lycéens à la recherche d'un cadre ou d'un cursus spécifique.

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Le succès des sections européennes ou internationales pousse les familles vers l'internat.
© Deagreez/stock.adobe.com

Selon le plan de relance annoncé par le gouvernement l’été dernier, il est prévu de créer 240 internats permettant d’accueillir 13000 élèves. Mais fini la pension d’autrefois ! Selon Benoît Delaunay, recteur de l’académie de Toulouse, nommé délégué ministériel aux internats : «Ils seront davantage en adéquation avec les besoins et les aspirations des élèves et de leur famille.»

Des structures à thèmes et d'excellence

> Des établissements à thèmes devraient ainsi être implantés, de préférence en zones rurales, avec des déclinaisons culturelles et artistiques, sportives, numériques, scientifiques… Ils proposeront aux internes des espaces de vie plus individualisés et feront une large place aux activités extrascolaires. Ces nouveaux internats s’inspireront d’établissements déjà existants, comme le collège Aretha-Franklin, à Marciac (32), qui propose une option jazz, ou le collège des Corbières maritimes, à Sigean (11), et son option kitesurf.

> Le gouvernement envisage aussi de développer les internats d’excellence. Une centaine va s’implanter dans les unités urbaines au profit des jeunes des zones d’éducation prioritaires. Enfin, une quarantaine d’internats, adossés à des campus de métiers et de qualifications, accueillera les élèves de lycées professionnels.

> Le fonctionnement de l’internat évoluera lui aussi :«Son organisation offrira davantage de souplesse, précise Benoît Delaunay. Les élèves pourront y séjourner pour un trimestre ou un mois, afin, par exemple, de préparer un examen, ou à la suite d’un événement familial.»

>Un appel à projets a été lancé auprès des collectivités  territoriales, départements et régions, en charge du bâti scolaire dans l’enseignement secondaire. «Ce plan de relance est une bonne chose, note Stéphanie Anfray, présidente de la Fédération des conseils de parents d’élèves (FCPE) de la Gironde. Mais il ne doit pas être l’occasion de faire des économies en fermant des collèges ou en laissant des régions dépourvues d’établissements publics.»

Pour quels élèves ?

> Les motivations des jeunes et de leur famille pour intégrer un internat sont très diverses. «L’internat constitue une bonne solution pour les élèves ayant de longs trajets pour se rendre dans leur collège ou lycée, confirme Stéphanie Anfray, notamment pour ceux des filières professionnelles ou qui choisissent des spécialités sportives, artistiques... qui n’existent pas dans leur établissement de secteur.» Le succès de certaines filières du secondaire, notamment celles qui proposent des sections européennes ou internationales, pousse aussi les familles vers la solution de l’internat. Ainsi, le lycée international de l’Est parisien, ouvert en 2016 à Noisy-le-Grand (93), croule sous les demandes et ne retient que 20% des dossiers d’inscription reçus. Cathy Le Guen, qui habite le Val-de-Marne, en témoigne. «Notre fils de 14 ans était dans une école bilingue hors contrat depuis deux ans. Quand l’établissement a changé de méthode pédagogique à la rentrée, nous avons souhaité qu’il réintègre un collège public ou privé sous contrat avec l’Éducation nationale. Mais impossible d’avoir une place à cette période-là en région parisienne. Nous avons donc, en concertation avec notre fils, opté pour un établissement en province, ce qui impliquait bien sûr qu’il reste la semaine en internat. Comme il a un bon niveau en anglais et qu’il souhaitait continuer à le pratiquer le plus possible, le choix s’est naturellement porté sur un collège proposant une section internationale.»

> Mais quel que soit le motif qui conduit à envisager l’internat, il s’agit avant tout d’une décision familiale, prise par les  parents  avec leur enfant, sinon la démarche sera contre-productive. «L’une des conditions de base pour que l’expérience réussisse est que l’enfant soit demandeur, souligne Roxane Brissault, principale du collège Henri-Lefeuvre d’Arnage, dans la Sarthe, dont l’internat, flambant neuf, a ouvert en septembre dernier. C’est la raison pour laquelle nous attachons une grande importance à la lettre de motivation écrite par l’élève. L’internat est une expérience qui fait grandir et répond bien aux élèves ayant besoin d’être stimulés pour se mettre au travail. C’est aussi une ouverture culturelle vers d’autres élèves et d’autres centres d’intérêt.»

Comment sélectionner un internat ?

> Le site du ministère de l’Éducation nationale propose un annuaire en ligne des internats, par région et par spécialité. Pas toujours à jour, il devrait être refondu, selon le délégué ministériel. De plus, il ne permet pas de se faire une idée précise de l’établissement. «L’état des internats est très variable d’un établissement à l’autre, poursuit Stéphanie Anfray. Il peut y avoir parfois des problèmes de chauffage, d’entretien du bâti. Il est essentiel de s’y rendre, notamment lors des journées portes ouvertes (JPO), souvent organisées entre janvier et mars. Il est aussi conseillé de recueillir l’expérience des familles auprès des associations de parents d’élèves.» Il faut également se renseigner sur le projet d’établissement, les activités prévues hors du temps scolaire. Et privilégier les petites structures pour les plus jeunes élèves. «Notre internat comporte 20 places, avec des chambres pour deux élèves, équipées chacune d’un cabinet de toilette, et des lieux de vie communs, comme la salle d’études et d’activités, détaille Roxane Brissault. Une configuration idéale qui permet aux collégiens d’avoir du temps à soi ou à partager en petits groupes.»

Quand s'inscrire ?

> Si le taux d’occupation des internats publics varie de 64% pour les collèges à 84% pour les lycées, les familles sont parfois confrontées à un manque de places. «C’est surtout vrai pour certains baccalauréats ou BTS, note Stéphanie Anfray. Et dans certaines filières considérées comme masculines, il n’y a pas toujours suffisamment de places pour les filles.»
Mieux vaut donc s’y prendre tôt pour construire le projet, par exemple dans l’année précédant l’entrée en internat, en prenant conseil auprès de la direction de l’établissement où l’enfant est scolarisé.

Attention :dans les établissements privés, les inscriptions peuvent débuter dès les mois d’octobre ou de novembre. Dans le public, les dossiers transitent par l’inspection académique. «Les demandes d’internat sont ensuite étudiées en commission comprenant des représentants de la collectivité territoriale, de l’inspection d’académie et de l’établissement, explique Roxane Brissault. Elles doivent correspondre au profil défini par cette commission. Pour notre collège, ce sont soit des conditions d’éloignement pour les élèves désireux d’intégrer la section sportive du collège, soit qu’il n’existe pas de conditions favorables pour travailler à la maison.» Très souvent, les établissements demandent que les internes provenant d’autres départements aient un correspondant, une personne majeure habitant dans la ville ou à proximité, capable de les prendre en charge et de les accueillir en cas de nécessité (maladie, fermeture exceptionnelle de l’établissement…).

> Au moment de la rentrée, il faut que tout le monde, le jeune comme les parents, soit prêt, selon Stéphanie Anfray. «Le blues, conséquence de l’éloignement avec la famille et les amis, doit être anticipé et travaillé pendant les mois qui précèdent.»

QUEL COÛT ET QUELLES AIDES ?

Le coût moyen pour une année d’internat s’élève à 1000 euros dans le public, et de 5000 à plus de 100000 euros dans le privé, avec une moyenne à 10000 euros. Il existe une prime à l’internat, d’un montant forfaitaire annuel de 258 euros pour l’année scolaire 2019-2020. Elle est strictement liée au statut d’élève boursier. Elle est versée en trois fois, en même temps que la bourse. Les familles n’ont pas de dossier spécifique à remplir pour en bénéficier. Il est par ailleurs possible de percevoir le fonds social collégien ou lycéen. Attribuée sous conditions de ressources, cette aide permet de couvrir une partie des frais liés à la scolarité, dont les frais de pension.

df
Katia Vilarasau
Publié le

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