Crise financière : comment en parler avec ses enfants ?

Crise financière : comment en parler avec ses enfants ?

Pour ne pas se faire de fausses idées, les enfants ont besoin qu’on leur dise quelques mots sur cette crise qui prend des accents terrifiants.

C’est la crise. Quel que soit leur âge, les enfants comprennent qu’il se passe quelque chose de grave, surtout s’il y a des répercussions sur la famille. Le danger est toujours plus angoissant quand il est tu. Ils seront rassurés si leurs parents mettent des mots sur la façon dont ils gèrent les événements.

Des mots inquiétants dans les médias

Tous les jours, la crise sous tous ses aspects est passée au crible dans les médias. "Ce martèlement est comparable à celui du 11 Septembre, il peut devenir traumatisant pour les enfants", avertit Geneviève Djenati, psychologue clinicienne. On croit souvent que les petits ne sont pas affectés par ce qu’ils ne comprennent pas. C’est une erreur. Le sens des mots leur échappe, mais ils perçoivent la tonalité inquiétante des discours.

"Si on ne leur explique pas ce qui se passe, avec des mots à eux, ils risquent d’être envahis par l’angoisse ou de s’imaginer des choses pires que ce qui se passe dans la réalité", poursuit-elle. C’est ce qui est arrivé à Jordi, 5 ans : "La crise, c’est un monstre qui veut nous dévorer." Dans son esprit, "nous" désigne son entourage immédiat. Car pour les petits, rien d’autre ne compte.

Expliquer la situation familiale

Si la famille n’est pas du tout ou peu affectée sur le plan matériel, il faut les avertir. Si la famille est touchée, il faut leur dire simplement : "Maman et moi, nous sommes inquiets parce que nous avons moins d’argent pour faire les courses, mais toi, tu n’as aucune raison de t’en faire." Ils dormiront tranquilles s’ils savent qu’ils seront toujours nourris, protégés et choyés. "Il est inutile de leur parler de ce qui n’est pas encore arrivé, les jeunes enfants ne peuvent pas anticiper, mieux vaut se cantonner à la situation présente", conseille-t-elle encore.

Dès qu’ils sont capables de raisonner, on peut les mettre devant la réalité, même si elle est délicate. Sans dramatiser, il n’y a pas de honte à leur expliquer pourquoi on renonce à un voyage, au remplacement d’un appareil ou à l’achat d’un meuble : "Papa est au chômage partiel, il fait moins d’heures et donc il gagne moins d’argent."

Leur faire savoir qu’ils devront arrêter une activité trop onéreuse, se passer de leur portable ou s’abstenir d’une sortie de classe peut s’avérer plus délicat s’ils se sentent décalés par rapport aux autres. "Il est très important de leur dire qu’ils ne sont pas les seuls à devoir se passer de certaines choses, que beaucoup de familles sont touchées. Comme de bien leur expliquer qu’il ne s’agit pas de punition et qu’ils ne sont pas responsables des événements", précise Ginette Lespine, psychologue.

Des solutions impliquant les enfants

Leurs inquiétudes et leurs frustrations seront moins vives s’ils voient que leurs parents ne restent pas abattus mais font tout leur possible pour trouver des solutions à leurs problèmes. "Les enfants ont besoin de penser que leurs parents sont les plus forts", rappelle Geneviève Djenati.

Pour surmonter les difficultés, rien de tel que de les associer à la dynamique familiale. Tous ensemble, on fait attention aux dépenses : troc de jouets, de vêtements, de CD, de livres, chasse aux bons de réduction, aux promotions, visites gratuites de musées, de monuments. Les enfants sont capables de donner le meilleur d’eux-mêmes quand on les mobilise pour une bonne cause, la solidarité familiale en est une. "Les situations de crise sont l’opportunité de se creuser la tête pour vivre autrement et de faire preuve de créativité", conclut Ginette Lespine.