Comment réagir face au racket à l'école ?

Comment réagir face au racket à l'école ?

Des objets ou de l'argent disparaissent à la maison. Votre enfant est peut-être victime d'un racket. Une situation à ne pas laisser perdurer.

"Donne-moi ton billet de 10 euros et, demain, tu m'apporteras un téléphone portable. N'en parle surtout pas à tes parents sinon tu seras tabassé à la sortie du collège." Le racketteur exige de sa victime de l'argent ou bien un objet de valeur et de marque, et il la menace de représailles si elle ne s'exécute pas. Il peut aussi l'obliger à faire ses devoirs à sa place.

Les familles confondent souvent le vol avec le racket, souligne Christian Gassien, chargé de mission à la Direction générale de la police nationale (DGPN). Le racket est un acte d'extorsion. C'est le fait d'obtenir quelque chose par l'intimidation et la violence."

Les symptômes du racket

Ce sont les parents qui découvrent en général que leur enfant est racketté. Certains indices les mettent sur la piste. Ils remarquent à la maison la disparitions d'objets (téléphones portables, montres, vêtements de marque et de valeur, chaussures) ou d'argent. Parallèlement, ils observent des changements dans le comportement de leur adolescent qui devient soudain taciturne, replié sur lui-même. Il souffre d'insomnie ou de maux de ventre... Quant à ses résultats scolaires, c'est la chute libre.

Parler avec l'enfant au plus vite

Face à ces constats, une attitude s'impose : en parler au plus vite avec lui et le questionner en vue de recueillir le maximum d'informations : depuis quand te fais-tu racketter ? Et où ? Combien de fois as-tu été victime ? Connais-tu ton agresseur ? Opère-t-il en groupe ?

Porter plainte au commissariat

Ensuite, il faut porter plainte au commissariat de police ou à la brigade de gendarmerie. Le racket est un délit. La loi prévoit jusqu'à cinq ans de prison et 7 500 euros d'amende (pour les coupables mineurs de plus de 13 ans).

Trop peu de familles effectuent cette démarche, déplore Christian Gassien. Parfois, elles déposent une main courante. Cela signifie qu'elles déclarent les faits mais refusent que l'auteur du racket soit poursuivi. Plus que la peur des représailles, c'est le sentiment de honte qui les anime. Dans les mentalités, rapporter, dénoncer, bref être une 'balance', n'est pas bien perçu", explique-t-il.

La victime et ses parents sont interrrogés

Concrètement, la victime et ses parents sont reçus, écoutés et interrogés par un policier ou un gendarme. La déclaration de l'enfant est prise hors de la présence de son père et de sa mère, mais il n'y a pas de règle absolue. Ensuite, une enquête d'investigation est menée et l'agresseur le plus souvent interpellé. La justice est saisie.

Au final, un magistrat (un juge des enfants bien souvent) évalue la sanction : simple admonestation, réparation (présenter ses excuses et dédommager la victime si elle est d'accord), travail d'intérêt général, placement dans un centre spécialisé.

Prévenir le chef de l'établissement scolaire

Lorsque le racket s'est produit au sein ou aux abords du collège ou du lycée, les familles doivent en informer le principal ou le proviseur. Si l'agresseur est un élève de l'établissement, le conseil de discipline se réunira pour le sanctionner !

"Généralement, il vote son exclusion", précise Michel Richard, secrétaire général adjoint du syndicat national des personnels de direction de l'Education nationale (SNPDEN) et principal à Versailles.

Un suivi psychologique peut être nécessaire

L'enfant victime, quant à lui, aura peut-être besoin d'une prise en charge psychologique. Le racket est un acte très dévastateur, pouvant conduire au suicide dans des cas extrêmes. Tous les enfants ne vivent pas l'agression de la même façon.

Mais certains d'entre eux sont aussi honteux que s'ils étaient coupables. Ils se sentent humiliés d'être faibles, ils ont une mauvaise image d'eux-mêmes, comme s'ils ne valaient plus rien.

Changer d'établissement peut être bénéfique

Enfin, un changement d'établissement peut s'avérer bénéfique. Les jeunes rackettés éprouvent souvent le besoin de tourner la page.

Certaines familles vont même jusqu'à opter pour un nouveau cadre de vie, confie Michel Martinet, conseiller principal d'éducation (CPE) à Grenoble. Tout en gardant le même travail, les parents prennent la décision d'habiter dans leur résidence secondaire. Cette démarche est salutaire mais réservée seulement aux plus privilégiés."

Parmi les violences, le racket reste minoritaire

Selon une enquête de l'Unicef qui révèle qu'un enfant sur dix serait victime de violences physiques à l'école :

  • 17 % des élèves interrogés disent avoir été frappés souvent ou très souvent par d’autres élèves ;
  • 10 % se disent victimes de harcèlement physique à l’école, dont 5 % d’un harcèlement sévère.

Le nombre de victimes de harcèlement verbal ou symbolique est estimé à environ 14 % des élèves, dont 8 % victimes d’un harcèlement assez sévère à sévère.

Surtout des violences verbales

Durant l'année scolaire 2012-2013, les faits graves signalés par les établissements du second degré concernaient à 41 % les violences verbales, d'après une étude du ministère de l'Education nationale. Les violences physiques constituaient un tiers des incidents. Plus rares, les cas de racket représentaient 2 % des faits.

Le racket touche les quartiers huppés

Le racket n'existe pas que dans les banlieues défavorisées. Il touche également les centres-villes huppés, où les racketteurs agissent surtout aux abords des établissements scolaires. Originaires souvent d'un autre quartier, ils traînent devant l'entrée du collège ou du lycée, sans sac, ni cartable, à la recherche d'une "proie", puis agissent en groupe dans les rues adjacentes.

Les garçons ne sont pas les seuls à se livrer au racket.

Les filles aussi s'y adonnent. "Leur ton est plus agressif que leurs camarades masculins. De plus, elles mettent parfois à exécution leurs représailles", précise Christian Gassien.

Le rôle des parents

La réussite d'une lutte contre les violences et les incivilités dépend de l'investissement de l'équipe pédagogique. Et aussi de la coopération des parents.

Drogues, vol, racket, violence, incivilités, le traitement de ces questions, en prévention ou en sanction, ne peut être laissé de côté à la maison.

Certains établissements sont plus difficiles que d'autres, aucun n'ignore complètement les bagarres, vols de trousses, de calculettes, de portables.

Etre vigilant

La vigilance vis-à-vis du comportement de leurs enfants, qu'ils aient tendance à subir l'agressivité des autres ou à jouer les petits caïds, l'attention portée aux faits de tous les jours et les relations nouées avec les responsables d'établissement en vue de renforcer la cohésion éducative, voilà la part qui revient aux parents.

Quant aux éducateurs, aux associations de parents d'élèves et aux enfants eux-mêmes, ils doivent comprendre que le racket n'est pas un jeu mais qu'il s'agit d'un délit.