Comment élever seul(e) son enfant ?

Comment élever seul(e) son enfant ?

En France, 2,8 millions d’enfants - soit un quart d’entre eux - ne vivent qu’avec un seul parent, en général la mère. Pas facile d’éduquer en solo. Les conseils de spécialistes pour y parvenir.

Hélas, le conjoint a parfois disparu de la vie de l’enfant, parce qu’il est décédé (dans moins de 10 % des cas) ou qu’il a pris ses distances, comme un père divorcé sur cinq quatre ans après la séparation. Le secret pour s’en sortir ? Ne surtout pas s’isoler, et être conscient(e) de certains écueils.

Faire exister le parent absent

"La présence du père compte, mais l’image qui en est donnée tout autant, explique le psychiatre Patrice Huerre. Il est indispensable de le faire exister par la parole, surtout sans le dénigrer ! La pire situation pour un enfant consiste à être placé en position d’arbitre, sommé de choisir entre ses deux parents." Il faut savoir faire taire la rancœur après l’échec du couple, même si on a l’impression d’assumer toutes les charges, tandis que le papa a le beau rôle en ne voyant ses enfants que de temps en temps. À elles les punitions, le contrôle des devoirs, à eux les gâteries et les distractions. Ce n’est pas une raison pour ressasser sa rancune ou se lancer dans une compétition à qui sera le plus aimé.

Car l’autorité est l’un des exercices les plus ardus à pratiquer en solo. "Il est moins aisé d’instaurer la distance nécessaire pour passer du registre de la tendresse à celui de l’interdit, explique le psychiatre Stéphane Clerget. Face à un adulte seul, l’enfant a tendance à se placer sur un pied d’égalité."

Reportez la répartition des rôles, qui s’effectue habituellement au sein du couple, sur une scène plus large, avec d’autres figures adultes. "Un grand-père, oncle, parrain, ami très présent peut jouer le rôle de référent lorsque le père biologique est défaillant, approuve Yolande Gannac, psychologue. La mère ne doit pas avoir la prétention ou l’illusion de vouloir tenir à elle seule tous les rôles."

Ne pas sacrifier sa vie sentimentale et sociale

Une intervention extérieure est particulièrement nécessaire à l’adolescence, insiste le Dr Clerget : "La maman a besoin de prendre du recul pour souffler un peu et mettre son point de vue en perspective. C’est le moment d’en appeler aux membres la famille pour qu’ils accueillent les enfants le week-end ou durant les vacances. Un placement en internat peut également être envisagé, à condition qu’il n’intervienne pas dans un contexte de crise qui le ferait assimiler à une sanction ou à un rejet."

Établir un peu de distance entre la mère et l’adolescent facilite son émancipation. Un passage qui peut s’avérer délicat. Souvent, le parent solo se sent obligé d’"en rajouter" pour compenser le manque de l’autre parent. Il réduit sa vie sociale, sacrifie sa vie sentimentale. Une existence de "petit couple" peut ainsi s’installer, rendant plus déstabilisante l’arrivée d’un nouveau conjoint, puisqu’on est bien comme ça tous les deux. La puberté peut s’en trouver compliquée : l’enfant devient très conflictuel, pour pouvoir se décoller, ou il n’ose pas bâtir sa vie, culpabilisant de laisser maman seule.

"Pour s’épanouir, un enfant a besoin que sa mère vive aussi pour elle-même, de ne pas être “tout” pour elle, insiste Yolande Gannac, psychologue. En cas de difficulté, elle ne doit pas hésiter à solliciter groupes de soutien, associations ou thérapeutes. "Ce que confirme Patricia qui vient de marier son dernier fils : "Quand on est équilibrée et épanouie, nos enfants grandissent absolument comme les autres."

Pour les pères célibataires, même combat

"Leur nombre ne cesse d’augmenter : environ 300 000 pères

élèvent seuls leurs enfants. Ils ont souvent peur de ne pas être

à la hauteur, car, dans les représentations sociales, la tendresse d’une maman continue à passer pour indispensable au bien-être de l’enfant. Souvent, ces pères sollicitent l’aide d’autres femmes de la famille,

ce qui est beaucoup mieux que de s’obliger à "câliner" si ce n’est pas naturel. Néanmoins, tout entiers consacrés à leur enfant, eux aussi rencontrent énormément de difficultés à reconstituer un couple déclare Patrice Huerre, psychiatre.