Ces parents démunis face à leur bébé

Ces parents démunis face à leur bébé

Pleurs, insomnies, régurgitations, difficultés d’allaitements… Face aux réactions de leur bébé, certains parents se sentent perdus. Une aide extérieure peut alors apaiser les doutes et les craintes.

Des pleurs comme seul mode d'expression

"Lorsque l’enfant paraît, le cercle de famille applaudit à grands cris", écrivait Victor Hugo. Mais il arrive aussi souvent que les parents se trouvent déconcertés par un tel changement. Car un bébé ne "fonctionne" pas forcément comme on l’avait imaginé, et surtout, il ne peut guère s’exprimer autrement que par des pleurs. Dépassés, angoissés, fatigués, les parents les plus aimants et les plus attentifs passent alors vite de l’attendrissement à l’irritation et à l’abattement.

"Pendant dix-huit mois, notre fils n’a pas dormi plus de six heures par vingt-quatre heures, et jamais la nuit, raconte ainsi Michel. Nous le retournions dans tous les sens, nous nous posions mille questions : 'Est-ce le lait ? les fesses ? la digestion ? la couche ?' Nous l’avons conduit chez le pédiatre : il n’avait aucun problème de santé. Au bout d’un an et demi, nous étions complètement épuisés, mais aussi exaspérés par cette mise en échec." Patience et calme semblent ici pourtant bien les seuls remèdes.

Important : ne pas rester isolé

De même, combien de parents désespèrent parce que leur petit semble ne pas s’alimenter suffisamment ? Pourtant, un bébé ne se laisse jamais mourir de faim, et à partir du moment où sa courbe de croissance est régulière, il n’y a pas lieu de s’inquiéter. Néanmoins, une certaine angoisse reste compréhensible.

Alors, dans tous les cas, il est important de ne pas rester isolé, de partager, de pouvoir poser des questions à quelqu’un de neutre, sans lien affectif, et par qui on ne se sentira pas jugé : médecin généraliste, pédiatre, personnel de la PMI (protection maternelle et infantile) ou - pourquoi pas ? - un écoutant du centre d’appel anonyme et gratuit Allo Parents Bébé (0 800 00 34 56).

Françoise Rosenblatt, responsable de ce numéro créé par Enfance et Partage, confirme : "80 % des appels que nous recevons sont le fait de femmes, en majorité avec un premier bébé de moins de 3 mois, qui se posent des questions sur l’allaitement, l’alimentation, les pleurs, les troubles du sommeil, leur propre fatigue ou le baby-blues. 20 % sont de véritables appels à l’aide de parents totalement perturbés par l’arrivée d’un enfant dans leur vie de couple. Notre mission consiste à les écouter, à les soutenir, et à les amener à trouver 'leur' solution."

Faire appel aux professionnels de santé

Échanger permet donc de décompresser, et c’est aussi l’occasion de trouver des réponses efficaces à ses angoisses. "J’ai parfois l’impression que le bébé m’amène sa maman, explique en plaisantant à demi le pédiatre Maurice Titran, qu’il a le génie de présenter des signes très inquiétants pour elle, régurgitations, vomissements, pleurs, insomnies, qui l’obligent à venir me voir. Souvent une simple consultation suffit à apaiser l’enfant. À partir du moment où l’examen clinique est normal et que sa mère, rassurée, peut discuter avec un médecin clairvoyant, on peut tenter de déceler l’origine de sa détresse : solitude, angoisse, culpabilité, problèmes de couple…"

Enfin, les professionnels de santé ont toujours à l’esprit d’éventuels troubles psychologiques chez la maman, comme une déprime postnatale par exemple. Dans ces cas, un accompagnement psychologique est utile, ainsi que lors des situations de procréation médicalement assistée où des difficultés dans la construction du lien au bébé "réel" peuvent apparaître. L’arrivée du bébé est vécue comme la fin d’un processus, alors qu’il s’agit d’un commencement qui appelle une mobilisation psychique des parents.

Un bouleversement pour la vie conjugale

"Tout jeune, mon fils ne se sentait pas du tout en confiance avec son père : sa voix la plus douce le faisait pleurer, et il n’aimait pas être dans ses bras. Les premières semaines, il n’acceptait pas de prendre le biberon avec lui. Mon mari, qui avait été très papa poule avec notre fille aînée, a été vraiment décontenancé par ce manque de contact. Il s’est senti écarté d’une relation exclusive mère-fils que je n’encourageais pas spécialement", raconte Marine.

L’arrivée d’un enfant transforme en effet radicalement la vie conjugale, et, là où s’aimaient un homme et une femme, coexistent désormais un père et une mère. Si ce n’est pas le bébé lui-même qui les met en porte-à-faux, ils peuvent simplement ne pas être sur la même longueur d’onde dans leur rapport à l’enfant. Alors qu’on porte aux nues les papas modernes qui ne rechignent pas à changer une couche, il en reste beaucoup que les bébés indiffèrent.

Certains pères se sentent exclus


"Dès les visites prénatales, il faut investir les pères d’une mission de paternité, rebondit Maurice Titran. In utero, on peut déjà leur faire découvrir que l’enfant réagit à leur voix. Et à la naissance, on prouve aisément qu’il existe des liens de communication intersensoriels très puissants, que le bébé 'répond' à la voix, à l’odeur, au toucher, et différemment selon chaque parent."

Certains pères peuvent aussi se sentir exclus par le comportement de la mère et avoir l’impression d’être mis de côté. Et il est vrai que, pendant les toutes premières semaines, certaines femmes vivent de façon quasi fusionnelle avec leur enfant - on parle de préoccupation maternelle primaire.

"Nous recevons des appels de pères très déstabilisés par cette mise à l’écart, raconte Françoise Rosenblatt. Nous leur expliquons que c’est une période normale mais difficile à traverser pour eux, et qu’ils auront un rôle essentiel à jouer un peu plus tard." Alors, gardez à l’esprit qu’avoir un enfant, c’est, à des degrés divers, toujours un bouleversement…

L’avis de Anne-Noël Liberge, infirmière-puéricultrice en PMI

Nous accueillons beaucoup de parents décontenancés dont c’est le premier enfant. Si nécessaire, nous rappelons les besoins alimentaires et les cycles d’éveil et de sommeil du bébé, et nous les aidons à prendre du recul par rapport à ce qu’ils peuvent entendre ou lire dans les magazines. Nous expliquons aussi qu’il est normal qu’un bébé pleure, que c’est sa façon de s’exprimer et que cela va s’arrêter un jour.

Lorsque le père est présent, ce qui arrive souvent, et que nous le sentons coopératif, nous lui montrons comment il peut aider la maman. Enfin, en présence d’une mère exaspérée et épuisée, nous surveillons ces moments où elle perd patience et en vient à secouer son bébé, ou risque de le faire. Il peut en résulter de graves traumatismes cérébraux.