Anorexie : trouver la bonne attitude

Anorexie : trouver la bonne attitude

Le diagnostic s'abat brutalement : votre ado est anorexique. Le plus souvent, les parents n'ont rien vu venir, alors qu'il est capital de réagir au plus vite.

"Tout s'est passé très rapidement, se souvient Christelle. J'avais acheté un short à Sarah. Un mois après, à l'arrivée des beaux jours, elle l'a mis. Je me suis dit : "Ce n'est pas possible ! Ce n'est pas le short qu'on a acheté ensemble ! Elle flotte dedans." Il y avait au moins deux tailles de différence."

Comme de nombreux parents d'anorexique, Christelle n'a pas vu sa fille maigrir. Travaillant en horaires décalés, elle n'était pas à la maison au moment des repas. Elle a interrogé son mari, très présent, mais le père n'avait rien remarqué non plus. "Par la suite, avoue la maman, en y réfléchissant un peu, c'est vrai qu'elle mettait des affaires assez larges. Depuis combien de temps, je ne saurais pas le dire."

Un diagnostic délicat

L'anorexie touche surtout les jeunes filles et s'installe au moment de la puberté. " Au début, je faisais juste un petit régime, confesse Vittoria une ancienne anorexique. Après, je n'ai pas pu m'arrêter." Très souvent, l'élément déclencheur est anodin. Pour Vittoria, c'est une visite médicale à l'école.

"On était en petite culotte et en maillot. J'ai tout de suite vu que j'avais 4 kg de plus que mes camarades de même taille. C'était dramatique, je me sentais comme le bibendum de Michelin."

Pour être comme les autres, l'adolescente mange alors de moins en moins. Au début, sa mère est fière de la voir réussir son régime. Comme Sarah, elle est très bonne élève, studieuse, pleine d'énergie.

Elle s'adonne au sport sans retenue (un excellent moyen de brûler les graisses !). La famille et les amis sont admiratifs. Bien que plutôt timide et introvertie, elle réussit tout ce qu'elle touche et a tellement de vitalité !

Des signes masqués

Les subterfuges utilisés pour cacher la maladie sont parfaitement rodés. L'anorexique prétend (au choix) : qu'il vient juste de grignoter - qu'il a trop mangé au précédent repas - qu'il n'a pas le temps car il doit finir ses devoirs.

Il sert les autres, fait des allers-retours à la cuisine, s'absorbe dans les conversations pour attirer l'attention ailleurs que sur son assiette. Il dissimule de petits morceaux de nourriture sous une feuille de salade, sur les bords du plat ou dans une serviette en papier.

Le chien de la maison bénéficie en cachette d'un surplus de nourriture. L'entourage se dit que l'enfant est serviable et bien élevé. Oh, bien sûr, il a un appétit d'oiseau, mais il a de la chance de ne pas être gourmand !

Attirer l'attention

Seul avec sa souffrance, l'anorexique attend qu'on s'intéresse à lui, à ce qu'il est réellement. "J'en voulais à ma mère de ne pas s'apercevoir que je ne contrôlais plus mon poids, ose aujourd'hui révéler Vittoria.

J'aurais aimé qu'elle me prenne entre quatre yeux et qu'elle me dise : " Qu'est-ce qui ne va pas ? Veux-tu que je t'aide ?" Je l'aurais envoyé balader mais je me serais dit :"Elle essaie de se mettre à ma portée"."

Après l'épisode du short, Christelle a surveillé l'alimentation de Sarah. "Le week-end, sa fille montait dans sa chambre avec un plateau-repas. Elle disait avoir à réviser.

Je me suis mise en colère en voyant qu'elle n'emportait que des yaourts et des pommes : "Maintenant, tu manges à table !". Mais, elle ne m'écoutait pas et me claquait la porte au nez."

Deux mois plus tard, Sarah a fait un malaise. Il a fallu que ses parents forcent la porte de la salle de bains pour réussir à la conduire aux urgences. Elle n'a pas voulu y rester. Le médecin lui a fait promettre de revenir le lendemain pour des examens.

Elle ne pesait plus que 28 kg pour 1,64 m, ses reins n'étaient plus hydratés (elle n'arrivait même plus à avaler d'eau !), elle risquait de mourir. Elle a été hospitalisée sous contrat : plus aucun contact avec la famille, jusqu'à ce qu'elle regagne un poids qui ne mettrait plus sa vie en danger.

Vittoria, elle, s'est soignée en faisant une longue thérapie qui lui a permis d'accepter son corps de femme.

Les contacts pour vous soutenir

Fil santé jeunes : www.filsantejeunes.com ou 0 800 235 236 (numéro gratuit).

SOS Anor : www.sosanor.org ou au 01 34 90  23 54 , des anorexiques vous répondent.

La Note bleue : http://association-lanotebleue.fr ou 0 892 70 12 36.

Régime ou anorexie, comment faire la différence

 

Régime ou anorexie, faites la différence !

 

Jeune fille au régime
 
Jeune fille anorexique

 

Le régime a une limite logique ("Je veux perdre 3 kg")

 

Les restrictions sont sans fin (la jeune fille de 50 kg en perd 8 en quelques semaines)

 

Ne mange pas à table
 
Refuse tout écart mais pille
le frigo de temps en temps

 

À ses règles malgré le régime
 
Fait une aménorrhée soit primaire (les règles ne viennent pas), soit secondaire (elles s’interrompent)

 

Le régime est une contrainte
 
Le régime est facile

 

Le plaisir de manger est intact Manger est une activité douloureuse

 

Manque un peu d’énergie Est hyperactive

 

Tableau dressé par Alain Meunier, psychiatre. Il a coécrit, avec Clothilde Van Lerberghe, "Anorexie, ados au régime, ados en danger ?", éd. Platypus Press
 

L'aider à en sortir

Face à l'anorexie, chacun est démuni. Il faut avant tout éviter les reproches ("Pourquoi tu nous fais ça ?") ou le chantage déguisé ("Tu prends 1 kg et je t'achète un MP3").

Les adultes ne doivent pas craindre de discuter d'égal à égal, de parler d'eux-mêmes, de confier leurs propres craintes d'enfant, leurs émotions négatives, de prendre le risque d'essuyer des rebuffades et de toujours revenir à la charge. C'est ce qu'attend inconsciemment l'adolescent.

Si la discussion s'avère impossible, on peut essayer d'écrire des lettres. Il faut montrer que l'on est sensible à sa douleur.

On ne sort pas des troubles du comportement tout seul. Mais, plutôt que d'envisager un entretien chez le psy, Michèle Lacoste-Dupont, psychologue-psychothérapeute, cofondatrice du Gefab (Groupe européen pour les anorexiques, les boulimiques et les familles), conseille aux parents de proposer à leur enfant une consultation chez une diététicienne ou un nutritionniste.

"Il faut que les personnes touchées parlent. Cela peut être aux amis, aux frères et sœurs, au Fil santé jeunes qui est anonyme et gratuit."

Aux côtés de l'anorexique, les parents s'engagent dans une course de fond non pas pour le faire grossir mais pour le garder en bonne santé, afin qu'il puisse atteindre ses objectifs d'adolescent : étudier et sortir pour ne pas se couper de ses amis. Ce soutien est capital dans la guérison.

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