Alerte sur les produits de soins pour bébés

Alerte sur les produits de soins pour bébés

Les crèmes de soins et autres lingettes seraient néfastes pour la santé des tout-petits. Certains spécialistes se prononcent pour la mise en place d’un système de contrôle, à l’image de celui qui existe pour les médicaments.

Coup de tonnerre dans un ciel bleu layette. La valise distribuée gratuitement en maternité serait en réalité un cadeau empoisonné. Les produits de soins offerts (laits hydratants, crèmes pour le visage, lingettes…) renferment des ingrédients chimiques jugés, par certains spécialistes, toxiques pour les bébés.

Le Comité pour le développement durable en santé, composé de scientifiques, de toxicologues et de cancérologues, demande leur interdiction pure et simple. Il note ainsi la présence de substances soupçonnées d’être impliquées dans de nombreuses pathologies, notamment les stérilités, les allergies et les cancers du sein et de la prostate.

Les substances visées

  • Les parabènes. Ces conservateurs de synthèse sont couramment utilisés en cosmétologie. Controversés parce qu’ils passent dans le sang, ils sont accusés d’interférer avec les récepteurs hormonaux et de perturber l’équilibre endocrinien.
  • Le phénoxyéthanol. Cet éther de glycol est un solvant toxique pour la reproduction et dangereux pour les système nerveux et sanguin.
  • L’EDTA (éthylène diamine tétraacétique). Toxique pour le rein, il est également reprotoxique (toxique pour la reproduction).
  • Le BHA (terbutylhydroxyanisol) et le BHT (terbutylhydroxytoluène). Ces deux antioxydants puissants sont suspectés d’être cancérogènes chez les animaux.

Soupçons sur des cocktails chimiques

Toutes les substances incriminées sont pourtant autorisées en cosmétologie, dès lors que les doses utilisées ne dépassent pas les seuils admis. Contrairement aux médicaments, les cosmétiques ne sont pas soumis à une autorisation de mise sur le marché (AMM). Aucun test de toxicité sur le long terme, aucune mesure d’effet sur le système endocrinien n’est obligatoire. Leur sécurité relève de la seule responsabilité du fabricant. Ils peuvent certes être contrôlés par l’Afssaps (Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé), mais ces contrôles se font après leur commercialisation.

Selon le Comité de développement durable en santé (C2DS), la dangerosité n’est pas liée à une substance prise individuellement mais à l’association de divers ingrédients, qui en potentialise les risques : "C’est l’effet cocktail de ces produits qui est à prendre en compte. Même si les industriels assurent respecter les seuils autorisés, le problème vient de la répétition des doses et de la durée d’exposition, de la naissance à l’âge adulte, à des milliers de produits chimiques."

Selon le Pr Dominique Belpomme, cancérologue, membre de C2DS, "des doses très faibles de perturbateurs endocriniens, notamment pendant la grossesse, peuvent induire des cancers qui surviennent quarante ou cinquante ans plus tard. Il faut donc limiter au minimum l’utilisation des cosmétiques chez la femme enceinte et le bébé."

Appliquer le principe de précaution

Le 25 novembre 2008, le colloque "Environnement chimique, reproduction et développement de l’enfant" a invoqué le principe de précaution pour proposer un réexamen de notre environnement chimique. Selon l’OCDE, entre 1995 et 2020, la production mondiale de produits chimiques aura augmenté de 85 %, faisant peser un risque sur la santé.

Au banc des accusés, les substances présentes dans l’environnement (et notamment dans les cosmétiques des femmes enceintes et des bébés), qui agissent comme perturbateurs endocriniens : mimant l’effet des œstrogènes, hormones sexuelles féminines, elles pourraient mettre en danger le système reproducteur de l’homme.

Pour en savoir plus, la ministre de la Santé préconise "une expertise de l’Inserm sur la mutagenèse et la “reprotoxicité” de certains produits. Une réévaluation du risque des cosmétiques pendant la grossesse et chez le jeune enfant sera menée avec l’Afssaps." L’idée d’apposer sur les produits "reprotoxiques" un logo d’avertissement indiquant qu’ils doivent être évités par les femmes enceintes et les jeunes enfants - à l’image de celui figurant sur les bouteilles d’alcool - a été évoquée. Le carnet de maternité pourrait, à l’avenir, être modifié afin de contenir une information sur le risque potentiel de leur utilisation pendant la grossesse.

Redécouvrir l’eau et le savon

Depuis, les ministres de la Santé et de l’Écologie invoquent le principe de précaution, conseillant aux femmes enceintes de limiter au minimum l’usage de certains cosmétiques (shampooings et teintures), et d’éviter les bombes insecticides et les parfums d’intérieur. L’Académie nationale de médecine recommande toutefois de ne pas "adopter une attitude systématiquement alarmiste" sur la base de ce principe.

"Mais de développer une recherche appropriée et pertinente sur la résorption percutanée […], le métabolisme et la toxicité des ingrédients composant les cosmétiques pour jeunes enfants et de privilégier les produits les plus anciennement connus pour leur absence de toxicité. »

L’avis de Dr François-Marie Caron, président de l’Association française de pédiatrie ambulatoire

Nous sommes très surpris de découvrir que la cosmétique pour bébés n’est pas mieux contrôlée. Il faudrait instaurer une autorisation de mise sur le marché (AMM) spécifique, plus légère que celle des médicaments. Il faut déterminer s’il y a oui ou non danger, et si oui, retirer du marché les produits incriminés.

Pour la toilette du bébé, nous préconisons d’utiliser tout simplement de l’eau et un savon surgras pour le corps et une eau en bombe pour le visage, puis d’appliquer une fois par jour une crème hydratante. En choisissant les produits les plus neutres et hypoallergéniques possibles.