Adolescent, parents : maintenir le dialogue

Adolescent, parents : maintenir le dialogue

Désarmés face à la violence le plus souvent verbale et aux comportements à risques de leurs enfants, les parents peinent souvent à trouver le ton juste. Il leur faut avant tout rester "adultes".

Provocation, imitation des copains pour se faire admettre de ses pairs, fascination pour les plus émancipés d’entre eux : au seuil de l’adolescence, l’enfant se détache de la famille et flirte avec les dangers, autant pour faire réagir les parents que pour épater les copains.

Ces excès, tout comme la prise de risques ou les affrontements, vont de pair avec les grands bouleversements psychiques et les transformations du corps.

Des conduites à risque

Caractérisée par la nécessaire séparation entre les parents et les enfants, l’adolescence, autrefois bornée par des rites qui marquaient radicalement le passage à l’âge adulte, s’apparente aujourd’hui à un long processus. Sur la durée, les conduites violentes ou dangereuses occupent la place de ces rituels initiatiques et apparaissent incontournables.

Quand l’adolescence est difficile à vivre, certains jeunes gens choisissent la stratégie du repli silencieux sur soi. Plus inquiétant, d’autres sont confrontés aux violences, aux drogues ou à l’alcool, pourvoyeurs de sensations fortes. D’autres encore se débattent avec les désordres alimentaires. Pour certains, le suicide devient tentation.

Face à l'adolescent, affirmer son rôle d'adulte

Pour traverser cette période à risques, mieux vaut pour l’adolescent trouver des repères stables et fiables chez les adultes. Pourtant, ces derniers éprouvent un certain désarroi quand il s’agit d’exercer leur rôle avec clarté dans un environnement hésitant entre autorité et liberté individuelle.

Laisser à l’adolescent le temps et l’espace pour qu’il puisse se trouver, tout en lui rappelant les limites et les interdits, ce n’est pas simple. Mais c’est la meilleure façon pour les parents de répondre à sa demande implicite.

"Quand les adolescents cherchent la limite, mieux vaut suivre le fil et ne pas le lâcher, en leur signifiant que nous ne les laisserons pas faire n’importe quoi", affirme Laure Riandey, psychanalyste. Il appartient à chaque parent de trouver une limite et de la marquer.

Trouver le juste milieu

Entre laxisme et alarmisme, il est parfois difficile de faire la part des choses. Nombreux sont les parents qui imaginent perdre l’affection de leur enfant en le contrariant.

Au contraire. Philippe Jeammet, psychiatre et psychanalyste, l’affirme : "Poser un interdit, c’est aller à la rencontre d’un adolescent en quête de sens. C’est lui exprimer l’intérêt que l’on porte à son avenir."

Décrire et avertir des dangers

"L’adolescence pousse les parents à être inquiets. C’est une réalité : les jeunes sont souvent sur la corde raide et se mettent volontiers en danger", souligne Laure Riandey.

Les premières cigarettes, la consommation d’alcool pour imiter les copains ou se donner une contenance ne signifient pas d’emblée les débuts d’une conduite addictive.

Alors mieux vaut prendre les devants et choisir, lorsque l’occasion se présente, de dialoguer avec son enfant. Inutile de le prendre à partie, mais on peut simplement évoquer ensemble les dangers que l’alcool, le tabac et les risques de dépendance font peser sur sa santé et sa liberté psychique.

Protéger l'adolescent et le rassurer

Pour Jean-Pascal Assailly, psychologue, "une bonne relation affective entre les parents et le jeune est un puissant facteur protecteur qui permet des consommations de produits plus modérées et des transgressions moins importantes".

"C’est essentiel pour le jeune, appuie Laure Riandey, qu’il sente notre détermination à ne pas le lâcher. Quand les parents sont à bout de ressources, ils peuvent faire appel à un tiers familial ou en parler à des amis."

Infirmière scolaire à Paris, Sylvie Bridonneau reçoit des parents "débordés" par leur enfant qui viennent lui parler de leurs inquiétudes. Elle prête aussi une oreille attentive à des adolescentes en souffrance scolaire qui lui confient : "Les cours me gavent, je ne veux plus y aller."

Ou qui, pour être aimées, courent après une image idéale de leur corps, en se plaignant d’être trop grosses. "Le rôle des adultes est de rassurer, d’expliquer et d’éloigner le miroir", confie-t-elle.

L’adolescence, une épreuve pour les parents

L’adolescence peut se vivre comme une épreuve pour les parents, une période au cours de laquelle leur vigilance doit s’exercer avec mesure et bienveillance. Un jour pourtant, le jeune se prend en main et donne des gages de sérieux.

Souligner que l’adolescent est paradoxal constitue une évidence. La façon plus ou moins violente de rejeter les valeurs familiales cache bien souvent un ancrage dans le clan plus profond qu’il n’y paraît.

On le remarque souvent incidemment, surtout vis-à-vis des personnes extérieures et pour des choses qui paraissent marginales : une recette transmise, la fierté de ressembler à un membre plus éloigné de la famille, l’amour de la région dont on est issu, des références à des habitudes spécifiques.

Appartenir à une lignée

Les ados qui se détachent du cocon papa-maman manifestent ainsi un besoin accru d’appartenance à une lignée. C’est le moment où les grands-parents et le cousinage deviennent un appui essentiel qui permet un recul "dynamisant" par rapport aux parents.

Ces derniers sont resitués dans la perspective de leur vie par d’autres adultes qui les aiment, ce qui légitime les critiques ou l’analyse des situations les concernant.

Ce travail de "détrônage" permettra à l’enfant de voir ses parents tels qu’ils sont : des êtres humains comme les autres, avec leur lot de qualités et de faiblesses. Position qui installe des relations souvent apaisées et pacifiées.

Donner des clés à l'adolescent

Favoriser l’expression des grandes interrogations de l’adolescent sur le monde, la société et les questions existentielles est important. Cela peut se faire au détour d’une information ou d’une phrase lancée au hasard. Et, loin d’imposer nos propres certitudes, il est plus fructueux de donner les limites de notre savoir et de nous poser avec lui des questions qui restent en suspens.

L’enjeu consiste à donner au jeune des stratégies de recherche, des envies d’aller plus loin dans sa réflexion, de débattre et de frotter ses arguments à ceux des autres.

La polémique avec un adolescent n’est pas de tout repos, mais savoir reconnaître la portée philosophique d’une question, parfois mal posée ou trop péremptoire, c’est reconnaître au jeune une place d’adulte, lui faire entendre que ses interrogations rejoignent souvent celles de philosophes et font partie du "patrimoine de l’humanité"… Même si la forme laisse parfois à désirer !

L’avis de Pierre Coslin, professeur de psychologie de l’adolescent

Comme la sécurité, le risque fait partie de la dynamique du développement. Il est indissociable de l’univers des jeunes et contribue à la construction de leur personnalité. Il est lié à la quête d’autonomie et d’indépendance.

Ces conduites peuvent aussi, bien sûr, traduire le stress et l’angoisse de jeunes face à des difficultés, sociales, scolaires ou familiales. L’adolescence est un mouvement en quête de limites, limites du corps ou limites sociales et morales, et, pour progresser, il faut rompre avec des images parentales qui ne sont plus des figures apaisantes, car la quête d’autonomie exige une séparation psychique.

À cette période, le rôle des parents doit s’appuyer sur deux dimensions essentielles. D’une part, l’attachement, qui se manifeste par des liens d’affection chaleureux, la capacité de saisir les demandes et les besoins et d’y répondre ou de les supporter émotionnellement.

Et, d’autre part, le contrôle, qui correspond au rôle actif exercé par les parents auprès de leurs enfants et qui se manifeste à travers leur autorité.

L’avis de Sébastien Rémy, docteur en psychologie

Certains comportements à risques, comme les accidents de la route chez les jeunes gens, ne sont pas sans lien avec la question du suicide. Plutôt qu’un réel désir d’en finir, ces tentatives signifient souvent une "fuite de soi momentanée", avec l’espoir au réveil d’un changement d’état, pour une vie meilleure.

L’entourage ne doit jamais prendre à la légère les menaces voilées comme "j’aimerais que tout s’arrête…". Chez les jeunes filles, les abus sexuels peuvent être en cause. S’y ajoutent des ruptures familiales ou sentimentales.

Mais l’explication est davantage dans un parcours de vie que dans une raison unique. La consommation de substances psychoactives, l’isolement social doivent alerter l’entourage. Le suicide reste tabou, alors qu’il serait important de faire intervenir des spécialistes pour alerter sur les signes avant-coureurs.