Accepter les échecs de nos enfants

Accepter les échecs de nos enfants

Les parents se projettent souvent dans les échecs de leurs enfants et les acceptent difficilement. Pourtant, c’est en dédramatisant ces échecs que l’on aide son enfant à les surmonter.

Les échecs de nos enfants ne sont pas les nôtres et néanmoins nous nous en sentons responsables. Il se peut aussi que nous les rendions coupables de la déception qu’ils engendrent. Ils nous renvoient à une situation personnelle. La société accuse les parents des échecs de leurs enfants, ce qui n’aide pas à les accepter.

Réussir ce que les parents ont raté

Dès sa conception, nous projetons nos propres désirs sur notre enfant. "La mission de cet enfant idéal, explique Nathalie Isoré, psychologue de l’éducation et responsable du Café de l’École des parents, à Paris, c’est de réparer, compenser et réaliser ce que les parents ont 'raté'."

Pour Béatrice Copper-Royer, psychologue, "les parents sont plus inquiets qu’autrefois : ils ont des attentes plus fortes parce qu’ils sont fragilisés dans leur relation de couple ou dans leur travail. Ils ont tendance à tout miser sur leurs enfants. L’enfant est mis en demeure de devenir fort ou parfait."

Ne pas s’identifier à l’échec de son enfant

À l’heure où 80 % d’une tranche d’âge se doit d’avoir le bac, il est difficile d’accepter un échec. "Lorsque j’ai accompagné Armand, le jour des résultats du bac, confie Jacques, je refusais l’évidence. Je ne voulais pas croire qu’il puisse échouer là où tant d’autres avaient réussi. Je suis resté anéanti devant le tableau sur lequel je ne trouvais pas son nom. Je ne voulais pas le regarder. Je lui en voulais de me faire vivre ça."

Et pourtant, Jean-Marc Louis, inspecteur de l’Éducation nationale et conseiller technique à l’inspection académique de Moselle, souligne : "Les parents ne doivent surtout pas confondre enfant et élève, car, le jour où l’élève échoue, l’enfant peut craindre de ne plus être aimé."

Soutenir son enfant

"Ce sont les échecs bien supportés qui donnent le droit de réussir", affirmait l’aviateur Jean Mermoz. Dans ces situations, les parents doivent être apaisants et constructifs à la fois.

"Dialogue reste le maître mot. Parler pour dire que ce n’est pas dramatique. Que c’est normal et qu’on aura le temps de trouver ensemble des solutions pour rebondir", affirme Francis Curtet, psychiatre. Proposition reprise par le pédopsychiatre Marcel Rufo : "Il faut être le 'supporter' de son enfant, même quand c’est difficile. Quand on soutient une équipe, on ne la soutient pas que lorsqu’elle gagne !"

Tirer les leçons d’un échec

Admettre l’échec, c’est se préparer à le surmonter dans une nouvelle tentative. Et se sentir encouragé à le faire. Pour apprendre à marcher, il faut accepter de tomber. "L’échec, ce n’est pas de tomber mais de rester où l’on est tombé", disait Socrate. L’important est de tirer une leçon de chaque échec.

Ainsi, quand Jean choisit de devenir danseur, ses parents s’en réjouissent. Mais, loin de la maison familiale, Jean ment à ses parents sur son emploi du temps, rompt avec le milieu de la danse, change d’amis, se renferme sur une relation amoureuse. Ses parents ne s’opposent pas à cet abandon mais discutent de la procédure : "Finis au moins ton année et respecte tes engagements avec le conservatoire, après il sera toujours temps de voir."

Voyant qu’il trichait avec tous ceux qui l’entouraient, ses parents l’ont mis face à ses choix : "Nous ne paierons pas pour que tu arrêtes tout en cours de route, tu vas devoir travailler." Ils se sont efforcés de le rendre responsable de ses choix en le considérant, pour la première fois, comme un adulte. Lors des réinscriptions, Jean a, de son propre chef, repris la danse et rompu sa relation amoureuse. Il est en deuxième année et a retrouvé le chemin de la maison familiale.

En évitant de mettre la pression pour ne pas compliquer les situations et en restant disponible pour un dialogue affectueux, chaque parent donne l’occasion de sortir du marasme. Les échecs étant relativisés, on s’aperçoit que le seul véritable échec serait que l’enfant ne soit pas heureux.

L’avis de Francis Curtet, psychiatre des hôpitaux

Nous avons tous des hauts et des bas, personne n’y échappe. Mais, dans cette société de performance et d’apparence, nous supportons mal les passages à vide de nos enfants. Pourtant, cette acceptation est essentielle.

Un enfant qui, en cas de défaillance, ne rencontre que la réprobation de ses parents va craindre de ne plus être aimé et qu’on ne lui fasse plus confiance. Le risque est grand alors qu’il déprime ou qu’il emploie des stratégies d’évitement : mentir, tricher, faire comme si…

Ce n’est pas cultiver la médiocrité que de l’accompagner et l’encourager dans les moments difficiles, en osant se montrer imparfait et vulnérable et en se souvenant qu’on se construit plus sur les échecs que sur les réussites.