Dépendance : comment accueillir un proche âgé chez soi ?

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© Alexander Raths

Mesurer tous les impacts de ce projet

Un tel changement se discute avec la personne âgée, la famille qui cohabitera avec elle et le reste de la fratrie. Pour aider le parent ou grand-parent à l’accepter, dites-lui que « cette solution est envisagée avant tout pour son bien, sa sécurité. Mais aussi, pour le valoriser, faites-lui sentir qu’on prendra en compte son avis et ses habitudes », suggère la psychologue clinicienne Gaëlle Guénan.

Un conseil de famille s’impose souvent pour clarifier les conséquences du projet et éviter plus tard d’éventuelles accusations concernant les questions d’argent. « On peut au besoin faire appel à des médiateurs extérieurs, comme le médecin de famille ou encore un médiateur familial. L’objectif est de passer en revue, avec la personne concernée, tous les impacts du choix de logement : budget, organisation, vie sociale, santé, disponibilité de ceux qui souhaitent l’accueillir, proche qui pourra prendre le relais en cas d’absence… », détaille Annie de Vivie, gérontologue membre du collectif Je T'Aide et fondatrice du média ÂgeVillage. Ce conseil de famille doit « se tenir régulièrement pour évaluer la situation en toute transparence, mettre les choses par écrit et anticiper en parlant d’autres solutions. »

Autre recommandation : projetez-vous ensemble dans cette future organisation qui bouleversera le quotidien de toute la famille. « Prenez en compte les conséquences sur la vie de chacun de ses membres. Ce changement doit être acceptable pour eux tandis que la personne accueillie, elle, ne doit pas avoir l’impression d’être une contrainte, prévient Dominique Villa, directeur général de l’association d’aide à domicile Aid’Aisne. La culture et les habitudes du proche âgé n’étant pas forcément les mêmes que celles de la famille, il faudra réfléchir à l’organisation du quotidien, comme l’heure des repas ou le choix des programmes télévisés, par exemple. »

 

« Tout est programmé en fonction de ma grand-mère »

Le témoignage de Vanessa, 35 ans, du Loiret (45).

J’ai hébergé ma grand-mère (elle a 85 ans) pour la première fois il y a quatre ans, pendant sept mois. J’ai quatre enfants, et elle se mêlait de tout, me contredisant même devant eux. Nous avions donc choisi de lui prendre un appartement près de chez moi. Une association d’aide à domicile venait régulièrement, mais cela ne s’est pas bien passé. Et comme elle faisait de plus en plus de chutes, j’ai décidé de la reprendre à la maison et de devenir sa salariée. J’ai déjà travaillé en maison de retraite et elle préfère que ce soit moi qui m’occupe de ses soins d’hygiène. Cette fois-ci, j’ai posé des règles et la situation n’est plus la même car elle ne peut plus se déplacer seule : elle a une sonnette et j’ai installé une caméra. Ayant du mal à supporter le bruit, elle ne prend pas ses repas avec nous. Tout est programmé en fonction d’elle : si nous allons au restaurant, je la fais manger et la couche avant ; et si je m’absente, il faut que je prévoie la venue d’une aide à domicile.

Adapter le logement

Une fois le projet discuté, le moment est venu de réfléchir aux équipements dont la personne âgée devra disposer chez vous pour préserver sa sécurité. Pour cela, vous pouvez faire appel à l’expertise du réseau d’associations Soliha (Solidaires pour l’habitat) si le senior accueilli y est éligible financièrement (les critères varient selon le département, mais sont souvent similaires aux barèmes de l’ANAH).

Une conseillère calculera les aides les plus avantageuses auxquelles vous avez droit, et un professionnel de Soliha se rendra à votre domicile pour évaluer les besoins. Douches et toilettes adaptées, monte-escalier, main courante… « Nous faisons un état des lieux du logement et des difficultés qui peuvent être rencontrées. On pense d’abord à la salle de bains, mais d’autres endroits comme les escaliers ou le chemin emprunté la nuit pour aller aux toilettes peuvent parfois être dangereux », constate Blandine Tulasne, ergothérapeute à Soliha Isère Savoie.

Ensuite, à vous de choisir un artisan pour la réalisation des travaux (il n’est pas possible de les faire soi-même). « L’équipe de Soliha vérifie le devis pour s’assurer que les aménagements correspondent à vos souhaits et que les prix sont corrects », précise l’experte. Attention, pour bénéficier d’éventuelles subventions, vos demandes doivent être déposées et acceptées par les financeurs avant le début du chantier. En résumé, anticipez-le de plusieurs mois !

Comment vous faire rémunérer ?

En tant qu’aidant, vous pouvez être payé par votre parent (ou grand-parent) dans le cadre des services à la personne, s’il dispose de ressources suffisantes ou bénéficie de l’allocation personnalisée d’autonomie (APA). Votre parent devient votre particulier-employeur. Pour simplifier toutes ses démarches, il a la possibilité de déclarer votre emploi et de vous verser un salaire, de 14,04 € brut de l’heure minimum, au moyen du chèque emploi service universel (Cesu).

Si votre parent perçoit la PCH (prestation de compensation du handicap) et que son état de santé ne nécessite pas une aide totale pour les actes de la vie quotidienne ni une présence quasi constante ou constante pour des soins, vous ne pouvez pas devenir son salarié. Mais, sous certaines conditions, vous pouvez être dédommagé à hauteur de 3,94 € net par heure ou de 5,91 € net par heure si vous réduisez ou arrêtez votre activité professionnelle, dans la limite de 1 015,86 € par mois (montants 2020). Depuis 2019, ces sommes ne sont plus imposables.

Préserver l’autonomie du proche

Au-delà des travaux, il faudra essayer de recréer un chez-soi pour la personne âgée. « On peut reprendre quelques éléments de son ancien environnement (table de chevet, commode, décoration…) pour qu’elle s’approprie mieux le nouveau et garde des repères », explique Gaëlle Guénan. Délimiter un espace propre à la personne est primordial pour qu’elle préserve son intimité et se ressource.

Pour continuer à « ce qu’elle garde une estime de soi, il est aussi important de considérer les potentialités de la personne, voir ce qu’elle est capable et/ou a envie de faire », ajoute Dominique Villa. Les projets peuvent être simples : aller au marché, acheter le journal, choisir un bouquet de fleurs, revoir ses amis, mettre en marche la cafetière…, « l’objectif étant qu’elle ne se sente pas en échec », souligne Gaëlle Guénan. « Le logement ne doit pas se transformer en huis clos », résume Annie de Vivie, autrice du livre J’aide mon parent à vieillir debout.

« J’essaie d’organiser une activité sociale par semaine pour ma mère »

Le témoignage d'Émilie, 34 ans, de la Sarthe (72).

Cela fait six ans que j’héberge ans ma mère qui a désormais 67 ans. Nous avons déménagé dans un logement plus grand pour qu’elle puisse avoir sa chambre et une salle de bains adaptée. Comme ce changement s’est opéré dans l’urgence, on n’a pas pu formuler de demandes de financement des travaux. Ma mère souffre de handicaps, physique et psychique. Quand elle fait de grosses crises, elle est hospitalisée. Une infirmière vient tous les jours, pour vérifier notamment qu’elle prend bien ses médicaments. J’essaie aussi qu’elle ait une activité par semaine pour qu’elle se sociabilise. Par exemple, elle prend des cours de mémoire avec une association, participe aux repas dans la famille de mon mari ou m’accompagne pour aller chercher mes enfants à l’école. Je remplace, en tant que salariée, l’auxiliaire de vie qui venait ; c’est plus simple depuis la crise sanitaire. La logistique est compliquée car j’ai un emploi à temps partiel, trois enfants en bas âge et mon mari est en déplacement toute la semaine.

S’entourer de professionnels

Ce n’est pas parce que vous avez décidé de vous occuper de votre parent ou grand-parent que vous devez tout mener de front. Aide à domicile, infirmière, psychologue, femme de ménage, kinésithérapeute, orthophoniste, auxiliaire de vie… Faites appel à des professionnels les plus adaptés au profil de la personne âgée et de votre famille pour éviter que l’accueil de votre proche ne constitue une charge trop lourde à porter. C’est essentiel « pour garder les bons moments, se préserver », explique Gaëlle Guénan. Par exemple, n’hésitez pas, le cas échéant, à solliciter une aide à domicile pour faire la toilette de votre parent. « Certains aidants préfèrent déléguer cette tâche quand le parent se sent mal à l’aise », rapporte l’ergothérapeute Blandine Tulasne.

Si vous en avez les compétences, ou l’envie de vous former, rien ne vous empêche, bien sûr, de prendre à votre charge votre proche âgé, y compris de vous occuper de sa toilette. Mais comme les besoins de ce dernier évoluent, le risque est de vous sentir dépassé. « D’où l’idée d’évaluer très régulièrement la situation, dès les six premiers mois, et de tricoter un réseau d’aides autour de votre proche pour anticiper et bénéficier de regards extérieurs », préconise Annie de Vivie.

Sachez que « le rôle de l’aide à domicile est très large : toilette, habillage, prises de repas, courses, entretien… Il ou elle peut donner des conseils sur l’alimentation ou encore l’aménagement du domicile », explique Dominique Villa. Les services d’aide à domicile proposent de prendre le relais lors de vos absences ou vacances. Pensez aussi aux associations de soutien entre personnes aidantes. Présentes au niveau national ou local, elles organisent notamment des groupes de parole. Y participer est un bon moyen de ne pas s’isoler et de profiter des conseils de gens qui vivent la même situation.

Pensez à la déduction fiscale lors de votre déclaration de revenus !

En cas d’hébergement d’un ascendant chez vous, vous avez droit de déduire de vos revenus et sans justification une somme forfaitaire (3 542 € en 2020) à condition que votre parent ou grand-parent n’ait pas ou peu de revenus. S’il a plus de 75 ans, ses ressources ne doivent pas excéder 10 838,40 € (plafond 2020). Si cette déduction vous paraît insuffisante, vous pouvez soustraire le montant réel de vos dépenses à condition de pouvoir le justifier.

 

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Auteur : 
Avec Blandine Tulasne, ergothérapeute à Soliha Isère Savoie, Dominique Villa, directeur général de l’association Aid’Aisne, Gaëlle Guénan, psychologue clinicienne, intervenante dans un Ehpad et pour les associations France Alzheimer Hérault et ADMR et Annie de Vivie, gérontologue membre du collectif Je t’Aide et fondatrice d’AgeVillage.
Article mis à jour