Résidence alternée : savoir s'organiser

Résidence alternée : savoir s'organiser

Après un divorce, les parents et le juge peuvent s'accorder sur le principe d'une résidence alternée. Pour que les enfants et les parents ne soient pas lésés, certaines règles sont à respecter.

La garde alternée témoigne d’un profond changement de société. Pratiquée de façon marginale, mais sans reconnaissance légale, depuis la loi de 1975 autorisant le divorce par consentement mutuel, elle est entrée dans le Code civil (article 373-2, alinéa 2) en 2002 : "Chacun des père et mère doit maintenir des relations personnelles avec l’enfant et respecter les liens de celui-ci avec l’autre parent."

La garde alternée se passe généralement bien

Elle concerne aujourd’hui quelque 20 % des enfants de parents séparés. Elle se passe généralement bien et commence à montrer des effets positifs : moins d’enfants perdent le lien avec l’un des deux parents après une séparation.

Divers aléas d’ordre juridique, pratique, financier ou psychologique sont toutefois susceptibles de compromettre cette pratique.

Les juges appliquent la loi

"Après avoir été hostiles à la résidence alternée, les juges appliquent la loi et ne fixent la résidence habituelle de l’enfant chez l’un des parents exclusivement que si la résidence alternée s’avère impraticable", explique Gérard Neyrand, sociologue.

Leurs décisions ne font pas toujours l’unanimité. Isabelle voulait attendre que Benjamin entre au collège pour lui imposer deux domiciles : "Son père n’a pas cédé, le juge lui a donné raison. J’ai été obligée de me soumettre, mes parents me l’ont reproché, ils auraient voulu que je me batte pour avoir la garde de mon fils."

Il arrive que l’entourage, persuadé que la mère est seule capable de prendre soin d’un enfant, ne soit pas favorable au partage. "Il faut laisser passer du temps pour que l’opinion des proches évolue", observe Gérard Neyrand.

En attendant, c’est à Isabelle de faire un travail sur elle-même pour surmonter la difficulté de voir partir son fils et ne pas se penser comme une mauvaise mère.

La résidence alternée peut être imposée

La résidence alternée est automatiquement accordée quand les deux parents la souhaitent, mais elle peut être imposée sur demande d’un seul et contre la volonté de l’autre, pour que l’enfant conserve un lien avec ses deux parents.

Le partage équitable des frais n’est pas une obligation. C’est au juge de décider si l’un compensera les revenus plus faibles de l’autre, mais souvent surchargé il manque de temps pour approfondir ses investigations. "Un juge m’a confié qu’il avait douze auditions trois fois par semaine, cela peut nuire à la capacité de juger", rapporte Gérard Neyrand.

Les questions financières sont déterminantes. La résidence alternée peut être refusée si l’un des parents n’est pas en mesure de loger correctement les enfants.

Depuis mai 2007, les allocations familiales peuvent être partagées entre le père et la mère, mais seul l’un des deux peut faire entrer les enfants dans le calcul de son aide au logement.

Les domiciles des deux parents doivent être proches

La résidence alternée n’est accordée que si les deux domiciles sont proches ou rapidement accessibles par les transports en commun. Il faut que l’enfant ne soit pas trop fatigué par les déplacements et puisse se rendre facilement à l’école.

Quand la séparation n’est pas bien digérée, cette proximité est parfois source de problèmes. "Nous avons tous deux choisi cette solution, le juge l’a entérinée. Deux ans après le divorce, mon ex m’épie sans cesse. Je ne veux pas séparer les enfants de leur père, mais je n’en peux plus d’habiter à deux pas de chez lui", soupire Véronique, 27 ans.

Prendre du recul par rapport à son ex-conjoint

On peut désirer le bien de ses enfants et peiner à surmonter une séparation. Là encore, il y a un travail sur soi à entreprendre pour dissocier le conflit avec l’ex-conjoint et l’investissement dans la relation avec les enfants.

On prétend souvent qu’une bonne entente entre les parents est indispensable en cas de résidence alternée. "Une entente minimale permettant d’échanger les informations nécessaires suffit", corrige Gérard Neyrand.

Alberto, 44 ans, confirme que des relations trop proches après une séparation sont susceptibles de perturber les enfants : "Au début, mon ex et moi nous voyions tous les jours, les enfants ne savaient plus si nous étions réellement séparés. Nous ne nous rencontrons plus qu’une fois par semaine et les choses sont plus claires pour eux."

S’entendre ni trop bien, ni trop mal représente une gageure. Misant sur la résolution des conflits à la faveur du temps, les juges statuent de plus en plus pour une résidence alternée à l’essai, sur une période de quelques mois. Dans la plupart des cas, le résultat s’avère positif.

Jouer la souplesse vis-à-vis des enfants

Contrairement aux idées reçues, rien n’oblige à opter pour une semaine chez papa et l’autre chez maman. "Plus l’enfant est jeune et plus la séparation d’avec l’un ou l’autre devrait être courte, mais il n’y a pas de généralité, c’est toujours au cas par cas qu’il faut décider", recommande Sylvia Tabet.

Les enfants de Patricia avaient respectivement 6 ans et 3 ans et demi à la mise en place de la garde alternée. "Au début, le petit a trouvé dur de changer chaque semaine, il voulait rester là où il était. Nous lui avons proposé une alternance de quinzaine, il a trouvé que c’était trop long. Après un moment, il s’est habitué à l’alternance hebdomadaire", confie-t-elle.

Pendant plusieurs années, le système a donné satisfaction à tous. Chacun des deux parents a pu jouer pleinement son rôle et les contraintes matérielles ont été bien supportées.

À chaque changement, il faut transporter les affaires de classe, les vêtements, les jouets préférés, mais ce n’est pas grand-chose au regard des avantages : ces enfants sont plus écoutés et les différences entre les options éducatives de l’un et de l’autre, quand elles ne donnent pas lieu à des antagonismes, contribuent à leur élargir l’esprit.

Partager l'éducation en bonne intelligence

Après cinq ans de séparation, Patricia s’est installée avec un compagnon, sa fille s’est trouvée plus loin du collège, elle a fait une allergie à la garde alternée et a demandé à résider chez sa mère. "Son père n’a rien voulu entendre, il a eu peur de perdre le contact, elle s’est fâchée avec lui. Les choses se remettent doucement en place", poursuit Patricia.

"Pour que tout se passe bien, il faut se montrer très responsable et pareillement engagé dans la décision de partager l’éducation. Cela étant, il faut être capable d’arrêter une garde alternée quand cela s’impose et sans instaurer de rapports de force", conclut Sylvia Tabet.

L’avis de Marie-France Padrixe, médiatrice familiale à l’Udaf (Union départementale des associations familiales) de Paris

Les parents viennent nous voir d’eux-mêmes ou bien sont envoyés par un juge. Certains magistrats proposent systématiquement l’intervention d’un médiateur et des permanences sont organisées dans de nombreux tribunaux.

La médiation consiste à apaiser les conflits afin de rétablir la communication. Si chacun accepte de faire un pas vers l’autre et si les deux admettent que leurs différences leur permettent d’apporter des choses positives, nous allons progressivement vers l’instauration d’une garde alternée.

Nous pouvons prendre le temps de balayer les problèmes, de lever les non-dits, d’expliquer et réexpliquer à chacun ce qu’il a mal compris chez l’autre avec des chances de renouer le dialogue. Toutefois, certains parents ne parviennent à rien, et dans ce cas ils doivent se soumettre à la décision du juge.