Quitter la ville pour vivre à la campagne

Quitter la ville pour vivre à la campagne
Avant d’acheter une maison à la campagne, il faut prendre en compte certaines dépenses. - © RyanJLane

Chaque année, ils sont près de 100 000 citadins à prendre la clé des champs pour changer de vie. Des initiatives souvent réussies, car mûrement réfléchies. Le bonheur loin du stress, ça se prépare! 

Offrir un meilleur cadre de vie à ses enfants, avoir une maison et un jardin, respirer un air pur, vivre au calme… les raisons qui poussent un citadin à s’installer à la campagne ne manquent pas. Si les Français n’ont jamais été aussi nombreux à résider en ville (80 % de la population), la proportion de ceux qui veulent en partir ne cesse de croître. Selon un sondage Ifop pour la région Auvergne (octobre 2014), près de 70 % des citadins en activité se disent prêts à déménager à la campagne.

Parmi les facteurs déclenchants figure souvent l’arrivée du premier ou du deuxième enfant, surtout pour ceux qui ont été élevés à la campagne. La classe d’âge des 25-35 ans est d’ailleurs celle qui montre le plus d’engouement pour la vie rurale. Mais, pour passer du rêve à la réalité, il faut faire la différence entre bonnes et mauvaises raisons, bien peser les bénéfices et les contraintes. Le bonheur n’est pas forcément dans le pré, et un départ à la campagne ne doit pas être une échappatoire, mais un projet mûrement réfléchi.

Choisir le lieu

S’implanter dans un lieu plutôt que dans un autre dépend principalement de quatre critères. Premièrement, vos affinités avec la région et sa culture. S’installer là où l’on ne possède aucune attache familiale ou amicale est forcément plus compliqué. En fait, les citadins se tournent généralement vers un endroit qu’ils connaissent déjà un peu, ne serait-ce que parce qu’ils y ont passé des vacances. Mais n’oubliez pas qu’une vision objective de la question demande plus qu’une impression laissée par un week-end ou une détente estivale.

Ensuite, votre situation familiale et votre âge : proximité des écoles, accès aux loisirs et aux activités culturelles, aux commerces, aux soins médicaux, aux services bancaires… ces points sont à étudier avec soin.

Puis, clé de voûte du projet, le logement. Ce dernier doit correspondre à vos attentes. Avant d’acheter une maison à la campagne, il faut prendre en compte certaines dépenses, (travaux, entretien, montant des impôts locaux et, surtout, délai en cas de revente). Il est plus judicieux de commencer par louer, ou essayer de bénéficier d’un logement transitoire que certaines régions proposent aux nouveaux arrivants.

Enfin, le projet professionnel. Les travailleurs indépendants ou les salariés en télétravail peuvent cibler des départements comme la Creuse, l’Aveyron ou le Cantal, où le rapport entre qualité et coût de la vie défie toute concurrence. Salariés en entreprise et entrepreneurs devront choisir un lieu proche des infrastructures de transport (trains, réseaux routiers) et définir le temps maximal qu’ils souhaitent passer quotidiennement dans le train ou leur voiture, sachant qu’au delà de trois heures par jour se posent la question du confort de vie et celle des frais annexes (carburant, entretien du véhicule, forfait ferroviaire).

Construire son projet professionnel

Quitter la ville pour la campagne revient à changer de lieu, de mode de vie et, bien souvent aussi, de projet professionnel. Cette étape, comme toute reconversion, demande une solide préparation. Pourtant, elle est souvent bâclée. « Les personnes qui souhaitent exercer une activité professionnelle à la campagne sont moins d’une sur quatre à avoir un projet précis. Environ 30 % d’entre elles n’ont aucune idée de leur future activité », relève une étude réalisée en 2008 par le Centre national pour l’aménagement des structures des exploitations agricoles (Cnasea). Avec des risques réels à la clé. « La plupart des échecs ne sont dus ni au nouvel environnement ni à l’accueil sur place, mais à un projet mal ficelé », explique Christelle Capo-Chichi, auteur de Travailler autrement (éditions Studyrama-Vocatis, 2010).

La construction de votre projet doit donc commencer en amont, plusieurs mois avant votre départ. Elle passe, dans un premier temps, par une phase de recherche d’informations : quelles sont les caractéristiques du tissu économique local ? Quels sont les métiers qui recrutent ? Existe-t-il des dispositifs d’accueil destinés aux nouveaux arrivants ? Cette phase prospective exige beaucoup d’énergie, car, au-delà des dispositifs d’accueil et d’accompagnement, c’est au porteur de projet d’être l’acteur de son installation.

Bénéficier d’aides régionales

L’accompagnement à l’installation est plus ou moins développé selon les régions. En pointe, l’Auvergne et le Limousin disposent de plateformes (auvergnelife.tv et regionlimousin.fr) conçues pour attirer le citadin avide de grand air. Le Limousin propose aux nouveaux arrivants une avance de frais remboursable pour leurs démarches d’installation (8 000 € au maximum), ainsi qu’un accès à des logements passerelles pour qu’ils puissent tester leur acclimatation, durant quelques mois. Les personnes qui envisagent de travailler en Auvergne peuvent télécharger un « Welcome Pack » contenant toutes les informations nécessaires à leur installation. Le site vistalifeauvergne.fr publie des offres d’emploi « New deal » (avec remboursement du loyer pendant la période d’essai), des propositions de reprise d’entreprise, des aides à la création de start-up..., et il met un « coach de vie » à disposition !

« Notre région accueille essentiellement des couples de 29 à 55 ans avec enfants, explique Pascal Guittard, directeur de l’Agence régionale de développement des territoires d’Auvergne (Ardta). Le déclencheur est souvent l’arrivée du deuxième enfant. » Ces nouveaux venus viennent du nord, mais pas seulement : « Nous acueillons de plus en plus d’habitants de Paca, qui cherchent une qualité de vie à un prix plus abordable. »

Dernier point relevé par Pascal Guittard : afin d’attirer et de fidéliser ces actifs, l’Auvergne a investi 900 millions d’euros dans l’Internet haut débit : « Il est possible de travailler de partout. Notre consultant en marketing, par exemple, vit dans un hameau de 11 habitants. » Même des régions qui ne sont pas confrontées au problème du dépeuplement se sont lancées dans la course. C’est le cas du Calvados, qui souhaite séduire davantage de jeunes et de familles. Mis en ligne en octobre dernier, le site calvadosetvous.fr a pour objectif de faire venir les savoir-faire franciliens. « À moins de deux heures de Paris, nous avons une vraie carte à jouer vis-à-vis des travailleurs indépendants, qui doivent pouvoir se rendre facilement dans la capitale sans devoir y aller tous les jours, précise Marie-Claire Prestavoine, directrice de Calvados Stratégie, agence de développement économique locale à l’origine du site. Pour leur faciliter la vie, la région, déjà équipée de la fibre optique, multiplie la création d’espaces de coworking. »

Éviter les erreurs classiques

La plupart des régions accueillant des citadins ont développé un accompagnement personnalisé. Marie-Claire Prestavoine approuve : « Parce qu’une installation réussie est une installation dans laquelle chaque membre de la famille trouve son compte. » Les enfants et le conjoint doivent être en effet partie prenante dès le départ, car leur manque d’adhésion est la deuxième cause d’échec des transferts ville-campagne. Selon l’âge des enfants, cette transition se fera avec plus ou moins de facilité. Autant un jeune enfant prendra plaisir à gambader dans les prés, autant l’ado citadin risque de ne pas réagir avec le même enthousiasme... surtout s’il n’y a pas le haut débit. « La mer ? La plage ? Ils ne les voient même plus. Et ne parlons pas des balades dans la campagne... », se désole Hélène, mère de deux adolescents de 13 et 16 ans, établie dans le Sud-Ouest depuis trois ans.

L’autre écueil est de croire que l’on va vous accueillir à bras ouverts. Les « locaux » possèdent, et c’est normal, un cercle amical construit depuis l’enfance. C’est donc au nouvel arrivant d’établir le contact sans attendre d’être parfaitement installé, une erreur que beaucoup commettent. Conséquence : ce sont les ex-citadins comme vous qui seront souvent vos premiers interlocuteurs. Et si, malgré vos efforts, cela ne « prenait » pas et que vous décidiez de repartir, relativisez ! La mobilité est une expérience de vie, non une fin.

Contacts utiles

  • apce.com : proposé par l’Agence pour la création d’entreprise (APCE), un questionnaire en ligne gratuit pour tester son projet de création d’entreprise à la campagne.
  • demain.fr: de nombreux renseignements pour s’installer en région et une chaîne télé sur le câble et par ADSL.
  • zevillage.net : toutes les infos sur le télétravail et les lieux de coworking en France.

« Nous vivons au rythme des saisons »

Caroline Capodanno, 41 ans, illustratrice, auteur de l’album Quitter Paris

« Nous vivons dans le village de Manigod (Haute-Savoie). Auparavant, mon mari et moi habitions Paris, avec tout ce qu’implique le mode de vie urbain : deux professions prenantes dans la publicité, de longues heures dans les transports, un appartement minuscule. Nous avons décidé de partir pour gagner en qualité de vie, pour nous et nos futurs enfants. Pourquoi la Haute-Savoie ? Parce que nous adorons la montagne. Quinze ans plus tard, nous n’avons aucun regret. Nos trois enfants grandissent dans un cadre unique et vivent au rythme des saisons. Nous connaissons toute la vallée, même si cela a pris du temps. Mon mari a trouvé un travail à Annecy, et j’exerce comme illustratrice indépendante. Seul bémol, le temps de trajet passé en voiture. »

« La transition professionnelle a été difficile »

Chrystelle Lacouara, 34 ans, rédactrice web, blog lavisdemaman.wordpress.com

« Après la naissance de notre fille, nous avons décidé de quitter Bordeaux pour Soustons, dans les Landes. Professionnellement, la transition a été bien plus difficile pour moi que pour mon mari, entrepreneur. J’ai dû renoncer à mon CDI pour me mettre à mon compte, ce qui n’est pas toujours simple. En revanche, on a gagné en qualité de vie : plaisir d’aller à la plage après le travail, grand air et, surtout, j’ai noué plus d’amitiés en quatre ans qu’en onze ans à Bordeaux ! Depuis, un petit garçon a rejoint notre famille. Je ne regrette pas ma vie de citadine, à part mes amis et les sorties culturelles. Ici, on vit autrement, loin de l’hyperconsommation. Quitter la ville a fait de moi une autre personne. »

« S’investir dans une association est une bonne manière de sintégrer »

Aurore Thibaud, directrice de bienvenue.fr, site d’échange entre particuliers sur la mobilité régionale

« J’entends souvent dire qu’il est difficile de s’acclimater à la campagne. Or, il existe des villages où l’intégration se déroule bien, d’autres où c’est plus compliqué, et cela, indépendamment de la situation géographique. Par exemple, le très isolé plateau de Millevaches, dans le Limousin, est réputé pour la qualité de son accueil. Une bonne manière de vous intégrer consiste à rejoindre une association, à vous s’investir dans la vie culturelle et politique. Si cet engagement peut paraître un peu intéressé au début, il est positif à long terme, car il montre votre volonté de contribuer à la vie du village. Autre vecteur d’intégration : vos pairs, ceux qui sont arrivés avant vous et qui ont passé les mêmes étapes. Ils vous accueillent généralement à bras ouverts et vous ouvriront d’autres cercles. »