Faire face à la maladie de nos parents

Faire face à la maladie de nos parents

Lorsque la maladie est là, trouver la juste place entre conseils et décisions permet de préserver une relative sérénité dans les relations familiales.

Ne pas brusquer les choses, faire en sorte qu'ils gardent leur libre arbitre aussi longtemps que possible, voilà ce que chacun peut souhaiter pour ses parents âgés. Pourtant, leur perte progressive d'autonomie nous conduit presque inévitablement à intervenir dans leur vie : position difficile qui consiste à "prendre sous notre aile" nos protecteurs de toujours.

Faire face à un renversement

Sylvie confie qu'elle s'est sentie désarmée durant cette période : "Quand j'ai compris que les rôles commençaient à s'inverser, j'ai eu du mal à l'accepter. Une page était en train de se tourner." Fille unique, elle s'était promis de ne rien imposer à ses parents. La maladie de sa maman en a décidé autrement. "La charge était trop lourde pour mon père. J'ai dû le convaincre de placer ma mère dans une institution pour malades atteints d'alzheimer. Il ne voulait rien entendre. Pourtant, il était allé aussi loin que possible et je craignais pour sa santé."

Doigté et diplomatie

Avec le temps, Sylvie a compris que la fermeté dont elle avait fait preuve avait été salutaire : "Comme je portais une grosse part dans la responsabilité du départ de ma mère, je l'ai libéré d'une culpabilité certaine." Avoir à évaluer la situation de ses parents et être à l'origine d'un changement aussi radical dans leur vie est une lourde tâche. Sylvie avoue qu'elle aurait aimé partager ses doutes et ses scrupules avec des frères et sœurs.

Un terrain d'entente pour la fratrie

Le nombre de frères et sœurs n'est pas toujours gage d'harmonie.

À cette occasion, on constate souvent que la fratrie fonctionne sur un modèle qui perpétue celui de l'enfance et qu'il s'agit alors de ne pas céder à des sentiments hérités de cette période. L'enjeu est de trouver un terrain d'entente en remisant les rancœurs et la concurrence entre frères et sœurs pour que chacun puisse exprimer en confiance son point de vue. Ces échanges permettent souvent de trouver des solutions et de décider en commun.

Continuer à écouter les parents

Ces décisions supposent aussi d'avoir entendu ce que les parents ont à nous dire. Françoise a bien compris que pour sa mère l'essentiel était de sentir que ses enfants lui faisaient confiance : "Je ne mets jamais en doute sa capacité à s'assumer. Quand je vais la voir, c'est pour partager des moments agréables, échanger, lui faire plaisir, en évitant surtout d'évoquer le quotidien et ses contrariétés." Néanmoins, Françoise le reconnaît : sa mère ayant exprimé très clairement son aversion pour la maison de retraite, chaque membre de la fratrie, avec ses qualités et ses compétences, contribue largement à son maintien à domicile.

L'avis de Serge Clément, sociologue

Du fait de la généralisation du travail des femmes, on a pu craindre un désengagement de la famille dans la prise en charge des personnes âgées. La cohabitation entre les générations n'existe quasiment plus aujourd'hui, mais cette séparation n'empêche pas des relations très fortes entre parents et enfants. Davantage que le sens du devoir, ce sont les liens affectifs qui sont à l'origine du sentiment de responsabilité des plus jeunes envers leurs aînés. Les préoccupations restent les mêmes, mais la tendance est à déléguer la prise en charge et les tâches concrètes à des aides familiales. Toutefois, le soin familial reste encore une affaire de femmes

et, d'une manière générale, ce sont encore les filles qui se mobilisent pour leurs parents.

Serge Clément, auteur de "Prendre soin d'un parent âgé", éditions Erès.

Vous êtes éloignés, indisponibles ?

L'éloignement et le manque de disponibilité ne permettent pas toujours d'aménager la vie de nos parents âgés sur un mode idéal. Le mieux que nous puissions faire alors est de les soutenir dans leurs propres décisions. À nous de les aider, malgré la maladie et les épreuves, à garder la maîtrise de leur vie. Soutien qui sera d'autant plus précieux que l'un des conjoints se retrouve seul. Sylvie en a fait l'expérience auprès de son père : "Après tant d'années de vie commune, vivre sans ma mère n'avait pour lui aucun sens. Ma présence et mon affection l'ont aidé à ne pas s'enfoncer dans la dépression. Je crois même qu'il a mis un point d'honneur à me montrer que mes efforts pour le soutenir n'étaient pas vains." Parce que nous les connaissons mieux que quiconque, nos parents, en vieillissant, nous laissent le soin de veiller sur eux. À cette place, il nous appartient d'exercer notre vigilance : savoir intervenir si nécessaire ou, au contraire, favoriser leur autonomie. Mais cet accompagnement ne peut se faire que dans l'écoute de leurs besoins et le respect de leurs choix.