Vivre dans un écovillage

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© bruev - iStock

Faire son « retour à la terre » et adopter un mode de vie communautaire semble être une idée tout droit sortie des années 1960 et 1970. On avait alors vu ce type d’expérience fleurir dans le Larzac, l’Ariège ou les Pyrénées. Mais la plupart ont fait long feu, décourageant sans doute les suivantes. « Pendant vingt ans, quasiment aucun projet ne s’est créé en France. Mais depuis une dizaine d’années, cela change très vite et le nombre de projets a même explosé avec le confinement. Les gens ont envie de vivre autrement », observe Mathieu Labonne, président-directeur général de la coopérative Oasis, une organisation qui accompagne la création de ce type de lieu de vie (écovillage, éco-hameau, habitat participatif). Sur son site, Cooperative-oasis.org, plus de 250 projets aboutis et plus de 570 en cours de réflexion ou de réalisation sont recensés.

Une transition vers un modèle durable

Les écovillages d’aujourd’hui ne ressemblent plus tellement à leurs ancêtres soixantehuitards. Rassemblant de quelques foyers à plusieurs dizaines de familles, ils sont plus ou moins éloignés des centres urbains et prennent des formes très variées. Pour certains projets, il s’agira de rénover des bâtis anciens, quand d’autres s’incarneront dans la construction de bâtiments neufs. « Le terme écovillage recouvre des réalités très différentes, mais on y retrouve toujours deux aspects : l’écologie matérielle et humaine », décrit Ramïn Farhangi, cofondateur de l’écovillage de Pourgues (Ariège) et animateur d’une formation pour des personnes souhaitant intégrer ou créer un écovillage. « Le premier aspect suppose un certain rapport à la nature, à la consommation... une envie de faire une transition vers un modèle durable. Le second aspect, qui est moins connu, concerne le modèle d’organisation. Il y a une intention d’horizontalité dans les relations humaines », explique-t-il.

Recherche de la sobriété et vie collective font partie des grandes caractéristiques des écovillages. « Il y a aussi toujours des raisons d’être, ce qui fait que les gens se rassemblent. Il est important de bien clarifier pourquoi on vit ensemble, ce que l’on porte comme valeurs », ajoute Mathieu Labonne. Chaque écovillage s’organise autour d’un projet commun soutenu par ses habitants, souvent précisé dans sa charte. Là aussi, les exemples sont très variés, et le projet pourra être orienté vers la recherche d’autonomie énergétique ou alimentaire, la solidarité entre générations, un modèle pédagogique alternatif, la spiritualité, le végétarisme, l’art...

Un investissement personnel et collectif

La vie collective en écovillage n'implique pas forcément de tout partager, et beaucoup de ces lieux fonctionnent autour du principe « vivre-ensemble, chacun chez-soi ». En revanche, elle se caractérise par la prise de décisions en commun. Les écovillages ont souvent des outils de gouvernance partagée, tels que des commissions d’habitants et des réunions régulières. Les questions mises en débat vont des aspects financiers au choix des arbres à planter dans le jardin. Et cet exercice démocratique n’est pas toujours facile. « Les problèmes qui peuvent se poser et qui créent l’effondrement de ce type de projet sont essentiellement des problèmes de communication », observe Ramïn Farhangi. Il ne faut donc pas sous-estimer l’investissement en temps et parfois les petits renoncements personnels que demande cet aspect participatif.

« C’est un mode de vie très intense, dans le bon sens : très riche, plein de liens humains. Mais cela comporte une forme d’exigence. Il faut être disponible pour le projet, vouloir s’engager et être capable de se mettre en question, de travailler sur soi et de jouer collectif », explique Mathieu Labonne. Comment savoir alors si l’on est fait pour ce mode de vie ? « L’idéal, si l’on hésite, sera de faire une immersion pendant quelques semaines ou quelques mois dans un écovillage », conseille Ramïn Farhangi. Certains écovillages proposent en effet des possibilités de gîte ou de séjour. D’autres organisent des journées portes ouvertes, une occasion de découvrir les projets et de discuter avec les habitants.

Rejoindre un projet abouti ou concrétisé

La décision de vivre en écovillage une fois prise, une première option sera de rejoindre un projet déjà abouti ou en cours de réalisation. « C’est la solution la plus facile pour ceux qui sont seuls », estime Mathieu Labonne. Des annonces d’écovillages qui recherchent des habitants sont publiées sur différents sites internet. « Sur le papier, on pourra voir d’abord si le village correspond au centre d’intérêt auquel on est sensible, comme l’éducation ou le véganisme. Se demander quel est le projet commun est en effet le premier filtre. Mais il ne faut pas s’arrêter à ce qui est communiqué, c’est le vécu des habitants qui est parlant », conseille Ramïn Farhangi.

Conscients de la synergie nécessaire pour que le collectif réussisse, les écovillages mettent souvent en place des procédures d’intégration des nouveaux habitants pour vérifier que l’alchimie fonctionne. « Après un contact par courriel, j’ai d’abord rencontré un habitant. J’ai été invitée ensuite à un événement convivial. Puis j’ai assisté à une assemblée des habitants, pour comprendre l’envers du décor, c’est-à-dire que ce n’était pas seulement faire des apéros ensemble », décrit Fanny Monod, habitante du Mas Coop. D’autres écovillages ont des processus d’intégration qui peuvent durer plusieurs mois, avec une phase d’observation préalable, un système de parrainage, etc.

Créer un écovillage

Monter un projet d’écovillage à partir de zéro est une autre option. Pour cela, une première étape constituera à réunir le collectif des futurs habitants. « Souvent, les projets naissent parmi des groupes qui étaient déjà existants, dans un cadre associatif ou amical », décrit Mathieu Labonne. Commencera ensuite un travail visant à définir le projet commun et son fonctionnement : valeurs et raisons d’être, organisation et gouvernance, financement et modèle économique puis, une fois ces paramètres définis, structure juridique (coopérative, SCI, association).

En parallèle, les futurs habitants devront chercher le lieu d’implantation de leur écovillage. « Monter un projet requiert de six mois à cinq ans, la durée dépendant notamment du type de projet, rénovation ou construction neuve. Ce que nous constatons, entre les premières réunions des collectifs et leur aménagement, c’est qu’il se passe en moyenne entre deux et trois ans. Mais deux ans, c’est très rapide », expose Mathieu Labonne.

Selon le responsable de la coopérative Oasis, les projets de petite taille (trois ou quatre foyers), moins complexes qu’à plusieurs dizaines de familles, ont également plus de chance de réussir. Enfin, il avertit : « Se lancer seul dans ces projets sans avoir de compétences sur les différents sujets requis est quasi impossible. C’est pourquoi il est essentiel de se faire accompagner. »

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