Le plan pour revitaliser les centres-villes sera-t-il efficace ?

Pour lutter contre la crise des centres-villes, l'État a lancé le programme “Action cœur de ville” et soutient 222 communes moyennes. Le projet du gouvernement est d'inverser la tendance en ramenant activité, commerces et habitants.

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Le programme  “Action cœur de ville” a pour but la redynamisation des centres-villes, notamment par la création de commerces.
© Florence Piot/adobestock

Rollon MOUCHEL-BLAISOT : préfet et directeur du programme Action cœur de ville en charge du plan

Une dynamique est enclenchée !

Aux côtés de Paris, capitale-monde, et de métropoles de dimension européenne, la France possède un solide réseau de villes moyennes, véritable armature territoriale du pays. Trop longtemps négligées, beaucoup d’entre elles ont vu leur centre dévitalisé et vidé de leurs habitants et de leurs commerces. Si on continue l’étalement urbain, on éloignera toujours plus la population des emplois, des boutiques et services, occasionnant de graves difficultés économiques et sociales. Modèle insoutenable.

Pour redynamiser les centres-villes et y réimplanter des habitants, notamment des familles, le ministère de la Cohésion des territoires a souhaité traiter de manière globale, décentralisée et déconcentrée les problèmes de logement, d’activité commerciale, d’entreprises, d’accessibilité et de mobilité, de services à la population (écoles, santé, culture, etc.) et de cadre de vie, sans oublier la transition écologique. Chaque situation locale étant spécifique, le maire est entièrement responsable des actions mises en place. L’État, avec ses partenaires — Caisse des dépôts et consignations, Action Logement et l’Agence nationale de l’habitat —, a mobilisé 5 milliards d’euros, jusqu’en 2022, pour les soutenir, ce qui est considérable, et devrait favoriser l’investissement privé.

LA CONCLUSION de Rollon MOUCHEL-BLAISOT

Les municipalités parachèvent actuellement leurs propositions : création ou rénovation de logements ou commerces, solutions de transport et stationnement, retour en centre-ville de services publics, aide à l’ingénierie, etc. Une dynamique est enclenchée !

Olivier RAZEMON : journaliste et blogueur spécialiste des transports, auteur de Comment la France a tué ses villes, éditions Rue de l’Échiquier, 2016

Il manque un moratoire général limitant l’extension des zones commerciales

Le plan de revitalisation des villes moyennes a été mis en oeuvre dès le début de ce quinquennat. Outre son lancement rapide, il s’attaque à l’ensemble des enjeux, dont la question de l’habitat. Tant mieux, car la crise urbaine est bien plus complexe que de simples commerces fermés. Toutes les régions sont concernées de manière équilibrée, quelle que soit la couleur politique de la ville. Le plan inclut même des communes qui vont bien, comme Saint-Malo ou Vannes. Bémol, celles qui ne sont pas au niveau démographique requis, comme Semur-en Auxois sous la barre des 8000 habitants, sont privées de plan. Manque aussi un moratoire général concernant la limitation de l’extension des zones commerciales en périphérie.

Dans le même temps, des villes comme Laon ou Calais continuent à autoriser de nouvelles implantations. On ne peut pas jouer sur les deux tableaux. L’État dit ne pas vouloir empêcher la liberté de commercer, donc rien n’est formalisé pour empêcher le développement à outrance de ces zones. On nous annonce des garde-fous, mais pour l’instant, on ignore comment cela va se concrétiser. Si on continue à donner le feu vert à des projets commerciaux gigantesques, comme EuropaCity (projet définitivement abandonné par le gouvernement le 7 novembre 2019), on ne s’en sortira pas!

LA CONCLUSION d'Olivier RAZEMON

Des élus veulent sauver leur centre-ville sans associer la population. Il faut organiser réunions et débats publics, afin que tout le monde puisse en discuter. Autre écueil, l’absence, souvent, d’un état des lieux précis pour adapter les réponses aux besoins locaux.

Sébastien FAGNEN : maire adjoint de Cherbourg-en-Cotentin, chargé du logement, du développement commercial et du renouvellement urbain

On attend l’application concrète du plan

Des actions sont mises en place depuis longtemps à Cherbourg. Mais pour la première fois, l’État propose une politique coordonnée avec une vision globale de ce que doit être un centre-ville. Nous avons signé une convention avec les chambres consulaires pour recueillir des données autour du commerce et des commerçants du centre, afin d’identifier leurs besoins. Nous recensons beaucoup de commerces de bouche. Nombre d’entre eux fermeront à terme pour cause de retraite si nous n’anticipons pas. Il existe aussi un déséquilibre entre commerces et pas-de-porte de banques et d’assurances. Nous devons corriger le tir. Autre objectif, rénover la façade du théâtre à l’italienne, patrimoine de la ville. Nous avons pu rédiger notre projet en toute autonomie. Notre souhait est de reprendre en main le destin du centre.

Sans l’accompagnement financier de l’État, c’est difficile. Quant au budget, rien de nouveau, car les financements existaient déjà, en matière de logement par exemple. Il faut donc compter sur l’apport d’opérateurs privés. En tant que collectivité, nous souhaitons aussi que les crédits soient plus facilement mobilisables et que les procédures de traitement soient moins longues. Attendons de voir ce que donnera l’application concrète de ce plan.

LA CONCLUSION de Sébastien FAGNEN

Pour mettre un terme au laisser-faire concernant l’implantation de grandes surfaces, l’opération de revitalisation de territoire va donner la possibilité au préfet de suspendre des projets commerciaux périphériques. Un moyen d’action plus consistant que par le passé.

df
Yves Deloison
Publié le

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