Le zéro déchet est-il forcément vertueux ?

Enfouir et incinérer les déchets, ça coûte et ça pollue. Recycler aussi, si l'on prend en compte l'eau et l'énergie nécessaires. L'évidence semble donc d'éviter les emballages et le gaspillage, et là, on est loin du compte. Attention néanmoins à ne pas tomber dans certains travers !

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La vente en vrac dans des sacs réutilisables, un premier pas vers le zéro déchet.
© Aleksei Potov/adobestock

Célia Rennesson, Manon Cuille et Bertrand Swiderski, font leur part, chacun dans leur domaine, comme le colibri de Pierre Rabhi, qui, selon une légende amérindienne, s’activait seul, allant chercher quelques gouttes avec son bec pour les jeter sur le feu qui avait pris dans la forêt. Les autres animaux terrifiés observaient le désastre, quand le tatou, agacé par cette agitation dérisoire dit : "Colibri ! Tu n’es pas fou? Ce n’est pas avec ces gouttes d’eau que tu vas éteindre le feu ! "Et le colibri de répondre: "Je le sais, mais je fais ma part."

Célia RENNESSON, directrice de Réseau Vrac, association des professionnels de la vente en vrac

“Oui, s’il va de pair avec une sobriété heureuse”

> Un mode de vie zéro déchet ne peut être envisagé sans adhérer à la philosophie de Pierre Rabhi, sur la sobriété heureuse. Il s’agit d’une option minimaliste. Quand on achète ses produits en vrac, l’idée, c’est de prendre uniquement les quantités dont on a besoin et de ne pas conserver ses habitudes de surconsommation.

> Il y a de plus en plus de produits labellisés zéro déchet qui, comme les gourdes ou les tote bags réutilisables (sac en tissu), visent à ne plus avoir recours à des contenants en plastique. Ce sont de bonnes solutions, mais nous ne sommes pas censés en avoir quinze de toutes les couleurs à la maison, car ce sont quand même des produits manufacturés, qui demandent de grandes quantités de ressources pour leur fabrication. Il faut aussi s’intéresser à la manière dont ils ont été conçus : tous ne sont pas en coton bio ou fabriqués de façon socialement responsable.

> De la même façon, il est préférable d’aller dans des magasins dont vous êtes sûr qu’ils cherchent à travailler avec des fournisseurs locaux et bio. Pour ne pas alourdir son bilan carbone, le quinoa a intérêt à provenir d’Anjou plutôt que du Pérou, par exemple. Et des produits discount, même vendus en vrac, ne peuvent être garants de bonnes conditions de production, tant les distributeurs tirent sur les prix. 

LA CONCLUSION de Célia RENNESSON

Le zéro déchet requiert de changer totalement ses habitudes et de s’organiser. Il faut toujours avoir un sac de course sur soi et penser à prendre ses contenants réutilisables avant d’aller en magasin, pour ne pas avoir à en acheter de nouveaux à chaque fois. 

Manon CUILLE, coordinatrice des groupes locaux de l’association Zero Waste France

“Oui, car même les bioplastiques consomment trop de ressources”

> La démarche zéro déchet est trop souvent associée au recyclage, or c’est loin d’être une solution idéale. Même si on parvenait à trier tous nos plastiques, les industriels avouent ne pas être capables d’en recycler plus de la moitié : il y a trop de résines différentes, qu’ils ne savent pas forcément traiter ou pour lesquelles cela reviendrait trop cher. Par ailleurs, le plastique ne peut jamais être valorisé à l’infini et il est impossible d’en faire du 100 % recyclé. Il faut toujours y introduire une part de matière brute.

> Les bioplastiques ne sont pas mieux : ils ne sont pas tous compostables et biodégradables. Surtout, leur fabrication pour quelques minutes d’utilisation représente un gaspillage de ressources souvent issues de l’agriculture intensive.

> Concernant les autres types de déchets, il ne faut pas oublier que derrière chaque objet, même insignifiant, il y a quantité de déchets invisibles. Il a fallu des ressources naturelles, y compris de l’eau et de l’énergie, pour le fabriquer et le transporter, puis, en fin de vie, le traiter. Sachant que 60 % de nos poubelles sont envoyées en incinération ou en décharge, le gâchis est énorme. 

> Avant chaque achat, il est donc important de réfléchir à son utilité et se tourner vers des systèmes de réutilisation : consigne, achats d’occasion, location, etc.

LA CONCLUSION de Manon CUILLE

C’est en évitant d’acheter, ou seulement d’occasion, qu’on a le plus d’impact. En témoigne le défi “Rien de neuf” que nous avons lancé début 2019 : en six mois, plus de 20000 participants ont déclaré avoir évité 5411 achats neufs, donc économisé, 1781 tonnes de matières premières.

Bertrand SWIDERSKI, directeur du développement durable du groupe Carrefour

“Développer la vente en vrac, ce n’est pas seulement supprimer les emballages”

> Le zéro déchet passe par l’accroissement de la vente en vrac. Mais cela implique de revoir tout notre système. L’idée n’est pas de remplacer les emballages par la mise à disposition de sacs en plastique recyclé ou biosourcé, à usage unique. Nous devons proposer des solutions pour que les clients puissent apporter leurs propres contenants réutilisables : adaptation des points de pesée pour régler la tare en fonction du poids des sacs ou bocaux, étiquettes de prix collables sur toutes sortes de matières (le tissu, notamment), etc.

> Il faut aussi résoudre une question de norme : si, aujourd’hui, les légumes bio sont souvent emballés, c’est pour pouvoir les distinguer de leurs homologues non bio et justifier leurs prix plus élevés. L’une des solutions a été de créer dans certains de nos hypermarchés un espace “Bio Expérience”, suffisamment distinct et éloigné des rayons classiques pour que nous puissions y vendre des aliments bio en vrac.

> Le zéro déchet, c’est aussi limiter le gaspillage alimentaire, en valorisant les invendus sous forme de pâtisseries, conserves ou dons aux associations, mais aussi en adaptant le stockage et la manutention au fait que les produits sans emballage sont plus sensibles à l’humidité et à la manipulation.

LA CONCLUSION de Bertrand SWIDERSKI,​​​​​​

C’est notre rôle d’enclencher la mécanique. C’est pourquoi nous communiquons beaucoup auprès de nos clients sur le zéro déchet. Et, pour ceux qui tiennent à voir le logo des marques, nous avons investi dans Loop, un système de livraison de produits de marques en emballages consignés. 

 

df
Émilie Tran Phong
Publié le

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