Télétravail : avantages et inconvénients

Les salariés en télétravail lui trouvent surtout des attraits, sans méconnaître pour autant ses risques psychologiques. Comme toute organisation du travail, cette formule doit être bien encadrée pour éviter les dérives.

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6mn de lecture
La suppression des temps de trajet, une aubaine pour emmener ou aller chercher son enfant à l’école.
© JenkoAtaman

Réduire le temps passé dans les transports, voilà la première motivation des salariés qui demandent à télétravailler. Elle vient en tête (54 % des réponses) dans l’enquête Télétravail 2019 menée par l’Ifop pour Malakoff Médéric Humanis. Dans le sondage interne qu’Orange a effectué en 2018 auprès de ses télétravailleurs (21 000 occasionnels sur 29 000 salariés en France), 76 % évoquent comme premier bénéfice le moindre temps perdu dans les transports, avec ses corollaires : moins de fatigue (54 %) et moins de stress (46 %). Le gain est particulièrement net pour les salariés d’Île-de-France, dont les durées de trajet domicile-travail explosent.

« Physiquement, je ne pourrais plus me passer de ma journée hebdomadaire de télétravail chez moi », déclare Marie Prunier, cadre marketing chez Orange, épuisée par quatre heures de voiture par jour.

Travailler et avoir plus de temps pour soi et ses proches

Sans surprise, une meilleure conciliation de la vie professionnelle et personnelle est un critère de choix important. Avec le télétravail, il est plus simple d’emmener ses enfants à l’école, de prendre un rendez-vous plus tôt chez le médecin, d’attendre une livraison à domicile. 85 % des télétravailleurs interrogés dans l’enquête Télétravail 2019 apprécient cet avantage.

Plus étonnant, télétravailler devient pour beaucoup une façon de mieux travailler, notamment grâce à un cadre de travail plus calme et confortable (66 % au total dans l’enquête précédemment citée). « Avec l’open space et le bureau flexible, les conditions se sont tellement dégradées dans mon entreprise qu’une journée de télétravail est nécessaire, tout simplement pour bien faire mon travail », résume Noëlle, juriste dans une grande entreprise de La Défense (92).

Vidéaste et graphiste au service communication d’une banque régionale, Cédric a besoin lui aussi de calme pour effectuer le montage des films d’entreprise. « C’est la seule activité qu’il m’est difficile de faire en open space. J’ai négocié une journée de télétravail pour réaliser cette tâche chez moi. »

Moins dérangés, plus concentrés, les salariés estiment d’ailleurs être plus productifs en télétravail (89 %). Les dirigeants et managers de télétravailleurs le constatent eux aussi, relevant, outre une meilleure productivité, un engagement accru de leurs salariés.

Perte du lien collectif et risque d’isolement

Même si les avantages l’emportent, les télétravailleurs sont les premiers à percevoir les inconvénients de la formule. En tête de la liste figurent l’empiétement de la vie professionnelle sur la vie personnelle et la difficulté de séparer ces deux temps. Ne pas disposer d’une pièce réservée (6 télétravailleurs sur 10), constitue un obstacle. Par ailleurs, et c’est le revers de la productivité, près de 50 % des salariés soulignent une charge globale de travail plus importante, et même un risque d’addiction au travail.

Autres écueils ressentis par 54 % des télétravailleurs, l’isolement, la perte du lien collectif, l’absence de connexion. Responsable de l’avant-vente dans une société de services informatiques, Nicolas peut choisir à sa guise son lieu de travail, dans l’entreprise ou à son domicile : « Au début, je suis tombé dans tous les pièges : travailler douze heures par jour sans sortir ni voir personne pour boucler un appel d’offres, céder à la facilité en travaillant de chez moi plutôt qu’au bureau pour ne pas affronter la pluie à vélo. À présent, je m’efforce de me rendre deux ou trois jours par semaine dans mon entreprise. »

Pratiqué à haute dose, le télétravail peut également présenter des risques pour la santé physique : sédentarité, prise de poids, voire insomnies, comme le signale une étude de l’Organisation internationale du travail parue en 2017. Des risques qui ne concernent pas les salariés qui alternent avec des jours de travail au bureau.

La nécessité de garde-fous

Les entreprises les plus expérimentées ont mis en place tout un processus pour éviter de telles dérives. « Le télétravail est assorti d’une période probatoire de trois mois qui permet au salarié et au manager de s’ajuster. Ensuite, nous sommes très vigilants à prévenir le sentiment d’isolement par des échanges réguliers. Enfin, personne ne peut télétravailler plus de trois jours par semaine. Les deux jours au bureau sont non négociables », détaille Martine Bordonné, responsable du télétravail chez Orange. Une formation sous forme de « serious game » est même proposée à tout futur télétravailleur pour lui permettre de se projeter dans cette nouvelle organisation.

« Cette formation passe en revue tous les risques du travail à domicile, y compris la tentation des allers-retours vers le réfrigérateur ! Le domicile devient le lieu de travail, et notre responsabilité d’employeur est donc engagée. »

Chez Renault, le dernier accord, signé en février, accorde une attention particulière au renforcement du lien entre le télétravailleur et ses collègues. « Le manager et son équipe déterminent jusqu’à deux jours par semaine où personne ne télétravaille. Cela permet de tenir des réunions d’équipe, de faire les activités qui nécessitent une présence physique, d’avoir aussi des moments de convivialité tous ensemble. C’est extrêmement important pour à la fois permettre le télétravail et garantir le collectif de travail essentiel à la vie professionnelle », indique Maximilien Fleury, responsable des relations sociales et réglementations de Renault.

Comme le résume Yves Lasfargue, « le télétravail doit être consommé sans hésitation, mais avec modération », c’est-à-dire qu’il doit être formalisé et encadré pour préserver aussi bien le télétravailleur que le reste de l’équipe.

Discrimination interdite

En télétravail, vous conservez les mêmes droits que ceux des salariés qui exécutent leur contrat de travail dans l’entreprise : entretiens d’évaluation, promotions, augmentations de salaire, formations, etc. Vous bénéficiez également d’un droit au retour au travail dans les locaux de l’entreprise.

Peut-on refuser de télétravailler ?

Le télétravail ne peut pas être imposé au salarié. Ce n’est pas un motif de rupture du contrat de travail. Seule exception, en cas de « circonstances exceptionnelles », telles qu’une menace d’épidémie, ou en cas de force majeure, le Code du travail précise que « la mise en œuvre du télétravail peut être considérée comme un aménagement du poste de travail rendu nécessaire pour permettre la continuité de l’activité de l’entreprise et garantir la protection des salariés ».

df
Violette Queuniet
Publié le

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