Êtes-vous un télétravailleur qui s'ignore ?

Pour le meilleur ou pour le pire, nombre de salariés ont découvert le télétravail avec le confinement. Ce mode de collaboration a de l’avenir, mais ne convient pas à tout le monde. État des lieux et ressenti.

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4mn de lecture
© Drazen Zigic

Mode d’organisation entré dans le Code du travail en 2012 et renforcé par une ordonnance en 2017 qui en a simplifié le recours, le télétravail s’est imposé comme seul moyen de limiter la propagation du Covid-19, tout en maintenant l’activité. L’épisode sanitaire a prouvé qu’il est assez simple à organiser pour les entreprises, et a décomplexé les salariés qui en rêvaient.

Avant la crise, seuls 3 % d’entre eux le vivaient au moins une fois par semaine (Dares, 2017), alors que 39 % des employés des structures de plus de 10 salariés télétravaillaient en avril dernier d’après une enquête CSA pour Malakoff Humanis. Cette même étude indiquait que près des trois-quarts des salariés y aspirent à présent.

Retours d'expérience

« Le vendredi précédant le confinement, on a eu ordre de ne pas venir au bureau, se souvient Jean-Michel, 48 ans, directeur conseil et études à Paris. Jusque-là, je pratiquais peu. Seules deux assistantes de notre agence culturelle étaient concernées. Tout s’est mis en place très vite. Heureusement, car la charge de travail était importante. Les deux mois ont été très occupés. » Son fils en garde alternée le rejoint deux semaines par mois. Il prépare son bac via des cours en ligne de sa chambre pendant que son père travaille sur la table de la salle à manger.

« Avec le confinement, beaucoup ont changé d’attitude vis-à-vis du télétravail même s’il a été vécu négativement par certains parce que subi », lance Jean-François Stich, professeur en ressources humaines à ICN Business School. « Mais ceux qui y ont pris goût rechignent à retourner à l’agence, selon Jean-Michel. Moi je continuerai partiellement à télétravailler, car j’ai beaucoup de déplacements et je ne veux pas me couper du monde. »

 

Le chiffre : 35 minutes

C’est le temps travaillé en plus par les salariés à distance au moins 2 jours par semaine, au regard des non-télétravailleurs. Ils affirment (2 fois plus souvent) dépasser les 50 heures de travail par semaine.

Un nouveau mode de travail à apprivoiser

Tous les salariés ne sont pas faits pour cette forme de collaboration. Certains ne parviennent pas à séparer vie privée et vie professionnelle.  « Au moment du confinement, j’ai demandé à rester chez moi à temps plein, raconte Audrey, cheffe de projet informatique dans un groupe financier à Nantes, 42 ans. Mais je devais tout gérer en même temps. Avec mon mari, nous avons instauré un planning pour nous occuper des enfants chacun notre tour, car j’étais fatiguée. » D’autres vivent mal l’isolement ou peinent à se discipliner. « Il faut se mettre des limites et savoir s’arrêter ou se forcer à sortir », insiste Jean-Michel.

« Il y a par ailleurs ceux qui stressent d’une utilisation excessive des technologies, reprend Jean-François Stich. Ordinateur, messageries et applications, visioconférence à profusion, le tout sans aucun recours. Tout cela peut paniquer. Un professeur qui enseigne en visio ne fait pas le même métier qu’en salle de cours. Même chose pour un manager à distance. » Des évolutions qui font appel à de nouvelles compétences.

Ces métiers propices au travail à distance

À temps plein ou en alternance, de chez eux ou d’un espace de coworking, 8 millions de salariés (soit 4 emplois sur 10) peuvent télétravailler, selon le ministère du Travail. Pour eux, tout ou partie est réalisable via la technologie en dehors de l’entreprise : comptable, coach carrière, agent immobilier voire un chef de rayon de supermarché qui gère ses stocks de chez lui. Et l’on s’y met dans les administrations. Le décret n° 2020-524 du 5 mai dernier offre un cadre précis à la fonction publique.

Des télétravailleurs heureux

Des salariés moins technophobes apprécient l’autonomie que procure le télétravail, gagnent du temps sans trajets ou se concentrent mieux. « Je retiens de cette expérience que j’ai beaucoup produit », s’amuse Jean-Michel. Ils sont nombreux à évoquer un gain de productivité. « Même si on n’a pas encore réussi à en attester ! En revanche, une certitude : le travail à domicile stimule la performance », constate Jean-François Stich.

« Je travaille mieux chez moi, renchérit Audrey.Et l’expérience du confinement a fait tomber les freins de managers, ils ont dû lâcher prise. En revanche, les entreprises doivent allouer des moyens pour de meilleures conditions de travail : ordinateur puissant, écran, chaise ergonomique et prise en charge de frais liés à l’activité, des aspects en cours de négociation avec les partenaires sociaux. »

df
Yves Deloison
Publié le

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