Devenir mamie au pair

Ce travail, en France ou à l'étranger, s’adresse aux femmes âgées de 55 à 70 ans, disponibles, en bonne forme physique et expérimentées, qui veulent se sentir utiles, rompre la solitude, et garder le contact avec d’autres générations.

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8mn de lecture
Une petite fille et sa mamie au pair font de la pâtisserie
© Istock / Ridofranz

Quel est le rôle d’une mamie au pair ?

Une mamie (ou « granny ») au pair est là pour s’occuper des enfants. « Elle n’est en aucun cas une aide-ménagère, insiste Françoise Longa, fondatrice de Mamieaupair.fr. Elle gère les repas, les sorties d’école, le bain et le coucher des enfants. Idéalement, ces tâches ne doivent pas dépasser 25 heures par semaine. N’oublions pas que les mamies, recherchées pour leur expérience, n’ont plus 20 ans ! »

Au-delà des soins quotidiens, la mamie au pair transmet parfois un savoir : « Certains couples, expatriés ou binationaux, vivant à l’étranger apprécient que la granny au pair parle dans la langue d’origine aux enfants pour maintenir un lien avec leurs racines, voire préparer leur retour en Europe », souligne Michaela Hansen, fondatrice de Granny-aupair.com.

Enfin, sa présence crée du lien entre les différentes générations, a fortiori quand les grands-parents vivent loin ou ne sont plus là. « Cet aspect intergénérationnel est précieux pour les enfants. Il l’est d’autant plus que les familles expatriées évoluent souvent en vase clos, sans contact avec les anciens. Pour les enfants, il manque un maillon, et ce maillon peut être une mamie au pair », explique Alix Carnot, directrice associée chez Expat Communication.

Où et quand peut-elle travailler ?

Les familles qui font appel aux mamies au pair ont des profils très variés : famille traditionnelle ou parent solo, vivant en France ou à l’étranger... Au grand dam des mamies rêvant d’horizons lointains, la plupart des missions ont lieu en France. Celles-ci représentent plus de 80 % des offres en ligne sur Mamieaupair.fr et durent généralement neuf mois (de septembre à juin). Certains couples de saisonniers cherchent une aide pour la période estivale, « essentiellement en Bretagne et dans la région d’Annecy », ajoute la fondatrice.

"M'occuper des autres me permet de rester jeune"

Lily, 80 ans, vit en Belgique.

"En 2001, lors du lancement du site Granny-aupair.com, j’ai été parmi les premières à m’inscrire. Ma petite retraite ne me permettait pas de voyager et je ne voulais pas tourner en rond chez moi. Le travail ne me fait pas peur, et s’occuper des autres permet de rester jeune ! Être mamie au pair offre la possibilité de voir du pays, de rencontrer des gens sans trop dépenser. J’ai d’abord trouvé une famille à Lausanne, en Suisse. Ce couple cherchait une personne de confiance pour s’occuper de leur petite fille sourde. Une expérience formidable ; nous sommes d’ailleurs toujours en contact. Ensuite, je suis partie trois mois dans le Tyrol, en Autriche, chez un couple d’agriculteurs avec cinq enfants, puis trois mois à Bruxelles pour aider une maman célibataire, avant de passer un an aux États-Unis. En dix ans, j’ai travaillé pour huit familles. Même si mon âge commence à être un frein pour les familles, je me sens en forme et j’aimerais repartir ! "

Quel est le profil requis pour être mamie au pair ?

Être en forme physiquement et mentalement, être ouverte, tolérante mais aussi ferme quand il le faut, avoir le permis de conduire… Trouver la perle des mamies au pair n’est pas une mince affaire : plus que l’âge, c’est une question de personnalité. « Il existe des super-mamies pleines d’énergie à 80 ans quand d’autres fatiguent à 65. Le point sensible, c’est le mental, la déprime qui s’installe. S’occuper d’enfants exige un moral d’acier », reconnaît Françoise Longa. Bonne nouvelle, la génération des baby-boomers est plutôt bien préparée : « Les seniors d’aujourd’hui ont connu les Trente Glorieuses. Ils ont voyagé, parfois sac au dos, et savent s’adapter. Leur point commun est de vouloir être actifs et se sentir utiles », déclare Jérôme Pigniez, fondateur du portail SilverEco*.

Les papys au pair, eux, sont rarement recherchés à cause des réticences de certaines familles. 

Quel est le statut d'une mamie au pair ?

En France, il existe un statut de salarié au pair sans condition d’âge, ni de nationalité. Il est formalisé par un contrat de travail relevant de la convention collective des salariés du particulier employeur, qui stipule que la personne au pair est embauchée « pour effectuer des tâches à caractère familial ou ménager en contrepartie d’une rémunération en nature » comme le logement et la nourriture. Le salarié au pair bénéficie de la Sécurité sociale, de l’Assurance chômage et cotise auprès d’une caisse de retraite complémentaire.

Quel est le salaire de la mamie au pair ?

Chez Mamieaupair.fr, la mamie est logée et nourrie, et perçoit un salaire à hauteur du Smic (10,15 euros brut de l’heure, soit 253,75 euros brut par semaine pour 25 heures de travail) duquel on soustrait les avantages en nature. Ces derniers s’élèvent à 4,70 euros par repas et à 71 euros par mois pour le logement, selon la convention collective.

Le portail Granny-aupair.com, hébergé en Allemagne, applique d’autres règles : « Les personnes sont logées et nourries, mais ne sont pas salariées. Le montant de l’argent de poche repose sur un accord entre la granny et la famille d’accueil », informe Michaela Hansen.

"J'ai découvert Boston et suis revenue à New-York"

Gabrielle, 67 ans, Suisse.

"À 20 ans, j’ai passé deux ans à New York comme jeune fille au pair. À 65 ans, une fois retraitée, j’ai voulu refaire ce voyage, revoir des lieux qui m’avaient tant marquée. Être « granny » au pair aux États-Unis était une transition entre deux périodes de ma vie, le travail et la retraite. Je souhaitais aussi retrouver mon niveau d’anglais, un peu perdu faute de pratique. Avant de partir, il a fallu convaincre mon mari. Nous sommes tombés d’accord sur un séjour de trois mois. J’ai trouvé une famille domiciliée entre New York et Boston, avec deux enfants de 11 et 13 ans. La vie sociale m’a un peu manqué car c’était un couple plutôt solitaire, mais j’avais la chance d’avoir une voiture à disposition les week-ends. J’ai découvert Boston et une région magnifique. Et puis je suis bien sûr retournée à New York. Si je dois repartir, ce sera plutôt en Europe, afin que mon mari puisse me rejoindre certains week-ends".

Où trouver des offres d'emploi ?

Il existe différents sites de mise en relation : Mamieaupair.fr, Granny-aupair.com, Mamieadom.com, Aupair.com, spécialisé dans les jeunes filles au pair mais qui possède une offre senior, etc. Selon les cas, il faut payer pour être référencé et/ou avoir accès aux annonces.

Par exemple, un référencement de trois ans sur Mamieaupair.fr vous coûtera 15 euros. Les familles, quant à elles, devront débourser 49 euros pour un accès à la CVthèque, et 299 euros pour un suivi personnalisé (recherche, préparation du dossier, mise en relation).

Sur Granny-aupair.com, familles et mamies peuvent créer un profil puis consulter les annonces gratuitement. En revanche, il faut prendre un abonnement pour être mis en contact (179,70 euros pour 3 mois, 239,40 euros pour 6 mois ou 358,80 euros pour 1 an).

Comment se comporter avec une mamie au pair ?

Trois générations sous un même toit peuvent engendrer des conflits : horaires, éducation des enfants, repas. « Les mamies s’attachent aux enfants, souvent bien plus qu’une jeune fille au pair qui a la vie devant elle, souligne Françoise Longa. La règle d’or est que la mamie n’interfère pas dans l’éducation des enfants. Chacun reste à sa place. »

Quant aux familles, elles doivent se montrer respectueuses : « Avec une mamie au pair, on est dans une vraie relation. On ne l’engage pas : on l’adopte », déclare Alix Carnot. Pour que cela se passe bien, il faut choisir une famille d’accueil « avec son cœur, mais aussi avec bon sens : clarifiez les missions, les horaires… Soyez transparent », insiste Michaela Hansen.

Quels sont les avantages d'une mamie au pair ?

Rompre la solitude, découvrir une autre culture, pratiquer ou apprendre une langue étrangère… Les motivations pour devenir mamie au pair sont multiples. « En échange de son aide et de son expérience, la granny découvre un pays autrement que comme simple touriste, s’ouvre à de nouveaux horizons… C’est un accord gagnant-gagnant », précise Michaela Hansen.

Le fait d’être reconnue et de se sentir utile est souvent évoqué. De nombreuses mamies au pair ont été enseignantes, infirmières, aides-soignantes… Une fois retraitées, elles ressentent un vide. « Avec le travail que demandent les enfants, plus le temps de déprimer !, conclut Françoise Longa. Une mamie m’a dit un jour que les missions au pair devraient être remboursées par la Sécurité sociale. »

* Jérôme Pigniez édite le guide gratuit Ma vie en silver, téléchargeable sur le site Mavieensilver.fr

"Il faut pouvoir s'adapter aux familles"

Nicole, 69 ans, habite en Dordogne.

"C’est un encart publicitaire annonçant la création du site Mamieaupair.fr, en 2011, qui m’a donné envie de me lancer. Je venais juste de prendre ma retraite et souhaitais découvrir du pays. Mais je n’en avais pas les moyens financiers. Étant ancienne auxiliaire de vie, m’occuper des autres ne me faisait pas peur, et l’idée d’être en contact avec des enfants me plaisait. Après une nuit de réflexion, je me suis inscrite. Depuis, je suis partie tous les ans : une fois en Suisse, deux fois à La Réunion, puis à Lyon, Paris, Marseille… Durant un an, on fait partie d’une famille qu’on ne connaît pas. Il faut donc être capable de s’adapter, être souple sans se laisser marcher sur les pieds. Il y a un équilibre à trouver. Les enfants sont très attachants, mais les choses sont claires : on n’est pas leur vraie mamie, et d’ailleurs je me fais appeler Nicole. De la sortie de classe jusqu’au coucher, c’est assez sportif. Tout s’enchaîne. Après, on dispose des soirées, des week-ends et de la moitié des vacances scolaires pour nous. C’est important car nous avons aussi nos propres enfants et petits-enfants à aller voir."

 

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