Dépendance : comment accueillir une personne âgée chez soi ?

De plus en plus de ménages ouvrent les portes de leur domicile à une ou plusieurs personnes âgées afin de partager leur quotidien 24 heures sur 24. Explications.

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Les qualités d'empathie comptent énormément lorsqu'on accueille une personne âgée.
© Alexander Raths/adobestock

Une alternative à l'Ehpad 

> L’accueil familial permet à une personne âgée en perte d’autonomie de vivre au sein d’une famille de façon permanente ou temporaire, contre rémunération. L’accueillant, obligatoirement agréé par le département, est habilité à accompagner la personne dans tous les gestes du quotidien (lever, coucher, toilette, habillage…) à l’exception des soins dispensés par des infirmières et des kinés à domicile.

> Près de 10000 personnes en France accueillent majoritairement des personnes souffrant d’un handicap, de tout âge, selon l’Institut de formation, de recherche et d’évaluation des pratiques médico-sociales (IFREP). Depuis quelques années, l’accueil familial se développe en faveur des personnes âgées. Aujourd’hui, environ 5000 d’entre elles ont choisi cette formule, une alternative à la maison de retraite médicalisée.

Quelles sont les conditions pour être accueillant ?

> Un référentiel national (décret n° 2016-1785 du 19 décembre 2016, J.O. du 21) établit les critères d’obtention de l’agrément d’accueillant familial, valable pour l’accueil de personnes aussi bien âgées que handicapées : un logement doté d’une chambre de 9 m2 minimum par accueilli (16 m2 pour un couple), avec salle de bains et toilettes à proximité et accès libre au salon/salle à manger. Dans certains départements (en Dordogne,  par exemple), les communautés de communes rénovent ou construisent de grandes maisons qu’elles louent aux accueillants.

> L’accueil est limité à trois personnes, quatre s’il y a un couple. L’accueillant ne doit avoir aucun lien de parenté avec l’accueilli et son casier judiciaire doit être vierge. Enfin, il est tenu de désigner une ou deux personnes pouvant le remplacer en cas d’absence ou d’imprévu afin d’assurer la continuité de l’accueil.

Les qualités requises 

> Le même référentiel détaille les capacités à posséder afin d’assurer le bien-être des accueillis. Si aucun diplôme ou expérience professionnelle préalable ne sont requis, le département vérifie que le candidat a bien mesuré à quoi il s’engage. «Cette activité implique toute la famille, conjoint et enfants, car la personne accueillie partage votre quotidien 24 h sur 24, avertit Étienne Frommelt, secrétaire général de Famidac. On devient accueillant familial parce qu’on a du bonheur et de l’enthousiasme à partager. Si on a des soucis personnels, des problèmes de santé, mieux vaut s’abstenir.» Les qualités d’empathie comptent énormément. «Nous testons la capacité du candidat à prendre en compte la personne accueillie, à être à l’écoute. Un travers fréquent consiste à penser à la place de la personne», souligne Rita Voile, responsable de l’accueil familial au département de Loire-Atlantique.

Les démarches 

> Après avoir renvoyé votre formulaire de demande d’agrément (à se procurer au département ou téléchargeable sur son site), le département a quatre mois pour l’instruire. Vous recevrez la visite de travailleurs sociaux (assistante sociale, éducateur…) qui vérifieront votre aptitude à vous lancer dans cette activité. La décision finale est prise par un comité d’agrément. L’agrément est valable cinq ans et renouvelable selon la même procédure.

> Une formation initiale est obligatoire. Détaillée par décret (n° 2017-552 du 14 avril 2017, J.O. du 16), elle est gratuite et organisée par le département ou un prestataire. Sa durée s’établit à 54 heures au minimum : 12 heures à effectuer avant le premier accueil, ainsi qu’une formation aux gestes de premiers secours, puis le solde (42 heures) à suivre dans les 24 mois suivant l’obtention de l’agrément. En outre, 12 heures de formation continue sont à suivre dans les 5 ans.

Un contrat de gré à gré 

> En principe, le département vous met en rapport avec une personne à accueillir. Mais dans les endroits où l’accueil familial de personnes âgées est peu développé, il est recommandé de laisser des annonces chez les commerçants, médecins, infirmiers… ou à en poster sur le site Famidac.fr. Vous n’êtes pas obligé de faire affaire avec la première personne qui se présentera. «Chacun se choisit. Un accueil repose sur du relationnel. Pour que cela fonctionne, il faut qu’il y ait un feeling au premier contact», estime Laurent Provôt, président de l’association France accueil familial et lui-même accueillant. 

> Le contrat de gré à gré que vous signez avec la personne (ou sa tutelle) récapitule les conditions d’accueil, les obligations de chaque partie, les éléments de rémunération. Il est conseillé de se mettre d’accord avec la personne âgée sur ses attentes (recevoir sa famille tous les 15 jours, garder son chien, etc.) et sur vos possibilités d’y répondre ou pas. Le tout sera formalisé dans un “projet d’accueil personnalisé” à joindre au contrat. «Ce projet apporte de l’humain à la partie administrative du contrat. C’est "le pouvoir de dire" de la personne âgée et, pour l’accueillant, cela évite d’avoir à gérer quelques mois plus tard des demandes imprévues», indique Rita Voile, responsable de l'unité Accueil familial au département de Loire-Atlantique.

Quelle rémunération ? 

> La rémunération se divise en 4 postes :

  • la rémunération pour service rendu (minimum 2,5 Smic horaires/jour/personne, soit 25,08 € brut, congés payés non compris) ;
  • l’indemnité pour sujétion particulière (par exemple, faire manger la personne), comprise entre 0,37 et 1,46 Smic/jour ;
  • l’indemnité représentative des frais d’entretien (repas, chauffage, lessives… ) comprise entre 2 à 5 fois le minimum garanti;
  • l’indemnité représentative de mise à disposition de la pièce réservée à la personne.

> Il n’y a pas de plafond pour les 1er et 4e postes qui se négocient. Cependant, le département veille aux abus, surtout si la personne âgée perçoit des aides. Vous pouvez simuler votre rémunération sur Franceaf.fr, rubrique “Services en ligne”. Attention, l’accueillant familial ne relève pas du droit du travail (pas d’indemnités chômage en cas de départ d’un accueilli). Mais il cotise à la Sécurité sociale (maladie, retraite). «La personne âgée ou son représentant légal établit un bulletin de rémunération au nom de l’accueillant qu’il déclare sur le site du Cesu.urssaf.fr consacré à l’accueil familial», explique Étienne Frommelt.

À qui s'adresser en cas de problème ?

> La personne âgée bénéficie d’une certaine protection. Le département peut effectuer un contrôle aléatoire (ou sur signalement) des conditions d’accueil. Par ailleurs, il met en place un service de suivi pour l’aspect social et médical.

> Côté accueillant, le département joue un rôle de médiation en cas de difficultés : «Suite au comportement violent d’un monsieur que j’accueillais – il perdait la tête – le département lui a trouvé un placement dans la journée», illustre Claudie Benbrahim, accueillante en Loire-Atlantique. Pour parer au risque plus insidieux de plaintes non fondées de la part de la personne âgée – le phénomène “Tatie Danielle” –, Laurent Provôt conseille de miser sur le partenariat et la transparence tant avec le département qu’avec l’entourage de la personne : «Plus on dialogue avec les services de suivi, plus on évite les incompréhensions. J’encourage aussi les accueillants familiaux, qui travaillent souvent en vase clos, à s’ouvrir à l’extérieur. Profiter par exemple du passage des infirmiers pour avoir leur point de vue.» L’adhésion à une association locale d’accueillants familiaux favorise aussi cette ouverture et permet de partager ensemble des activités pour le profit de tous. 

df
Violette Queuniet
Publié le

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