Seniors : les entreprises vont-elles les employer plus longtemps ?

La réforme des retraites prévoit d'inciter les Français à travailler plus longtemps. Mais au-delà de 50 ans, il n'est pas toujours facile de garder son poste ou de trouver un emploi.

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Les Français vont devoir travailler plus longtemps, mais les seniors sont les premières victimes des plans sociaux.
© pressmaster/adobestock

Claude WARET : président de la Fédération interrégionale pour le développement de l’emploi des seniors (Fides)

“Il faudrait d’abord changer le regard des Français sur les seniors en entreprise”

Reculer l’âge de la retraite n’a de sens qu’à partir du moment où l’on fait un véritable effort pour l’emploi des seniors. Or, la France, en comparaison avec d’autres pays européens, a un problème culturel dans ce domaine. Quand on interroge les entreprises sur leur perception des profils seniors, elles citent d’abord leur coût plus élevé, leur manque de flexibilité et d’adaptation au monde du travail d’aujourd’hui. Une étude récente de France Stratégie a pourtant montré qu’on ne gagnait en fin de carrière que 110% à 130% du salaire moyen, ce qui est compensé par davantage d’expérience et de “soft skills” (compétences transversales).

Quant au manque de flexibilité, les entreprises ne peuvent s’en prendre qu’à elles-mêmes; elles forment insuffisamment leurs salariés plus âgés. Il faudrait renforcer la gestion prévisionnelle des emplois et des compétences (GPEC) en réfléchissant à la formation tout au long de la vie et à la pénibilité des postes. Nous demandons également un meilleur suivi de l’emploi des seniors, avec un observatoire qui permettrait de repérer les bonnes pratiques en entreprise et de les diffuser.

LA CONCLUSION de Claude WARET

L’emploi des seniors, c’est le problème de toute la nation. Il faut communiquer, en impliquant l’ensemble des parties prenantes, pour changer les regards. Ainsi, on développera l’attirance des entreprises pour ce type de profils, et leur emploi deviendra quelque chose de normal et de bien intégré.

Éric CHEVÉE : vice-président de la Confédération des petites et moyennes entreprises (CPME), en charge des affaires sociales et de la formation

“La solution passe par des mesures incitatives à l’embauche”

Depuis 1981, on a facilité, même favorisé la cessation anticipée d’activité des salariés seniors. La conséquence est que beaucoup de grandes entreprises et de grands groupes ont fini par considérer que l’on était trop vieux pour travailler à partir de 55 ans, voire 50 ans. Aujourd’hui, c’est encore dans la culture des grandes entreprises. Mais, manifestement, ce n’est pas le cas des TPE et PME, qui ne se séparent pas de leurs seniors. Au contraire, elles souhaitent conserver leur expérience. En matière d’embauche, en revanche, elles ne sont sans doute pas plus vertueuses que les grandes entreprises.C’est pourquoi il faut travailler à des mesures incitatives pour lever les freins au recrutement de ces “salariés d’expérience”. On pourrait, par exemple, expérimenter des charges restreintes sur les salaires versés aux personnes de 55 ans et plus.

En matière de santé au travail, la CPME propose également de mutualiser l’inaptitude. Cela favoriserait le recrutement des seniors dans les métiers à pénibilité, dans le bâtiment par exemple. Aujourd’hui, les entreprises sont freinées par le risque d’inaptitude, supporté uniquement par le dernier employeur.

LA CONCLUSION d'Éric CHEVÉE 

Les dispositifs contraignants et complexes, à base de bonus-malus, de normes, etc., ne fonctionnent pas. Ils créent seulement des stratégies de contournement. Il faut des politiques incitatives à l’embauche qui soient à la fois adaptées et simples pour les TPE et PME.

Anne-Marie GUILLEMARD : sociologue spécialiste de la question des âges, professeur émérite à l’université Paris-Descartes-Sorbonne

“Rien ne changera sans une politique active de l’emploi adaptée”

La France a porté son attention uniquement sur les retraites, sans mener de politiques actives de l’emploi. Résultat, aujourd’hui, plus de 40 % des personnes qui font valoir leurs droits à la retraite sont déjà sorties du marché du travail. On ne peut blâmer uniquement les entreprises. Il n’est pas forcément à leur portée, notamment pour les PME qui sont majoritaires en France, d’agir seules pour améliorer l’emploi des seniors. Sans compter que nous avons eu jusqu’ici sur ce sujet une stratégie punitive au lieu d’avoir une stratégie incitative. Cela a dégoûté les entreprises et renforcé les discriminations envers les seniors.

Le meilleur exemple de modèle dont il eut fallu s’inspirer est la Finlande. Là-bas, la réforme des retraites a eu lieu plusieurs années après qu’un plan sur l’emploi des plus de 45 ans a été mené avec le slogan « L’expérience est une richesse nationale ». En France, il y a toute une ingénierie nouvelle à mettre en place en agissant sur les questions de qualité et de santé au travail, de formation tout au long de la vie, et en permettant des fins de carrière plus choisies et plus attractives.

LA CONCLUSION d'Anne-Marie GUILLEMARD

Pour allonger la vie professionnelle, le travail doit être soutenable plus longtemps. Cela exige une politique active de l’emploi qui développe un nouveau management des âges. Et non des seuls seniors : pour avoir des résultats pour les plus de 50 ans, il faut agir auprès des plus de 40 ans, et même plus tôt encore.

df
Raphaëlle Pienne
Publié le

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