Emploi : les métiers qui recrutent malgré la crise

En dépit d’un contexte peu favorable à l’emploi, des opportunités sont à saisir dans les secteurs dits essentiels, comme le transport et logistique, la santé, l’agriculture, mais aussi le numérique et le BTP.

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8mn de lecture
© Kamonchai Mattakulphon

Préparateurs de commandes, manutentionnaires, chauffeurs

Porté par l’essor du e-commerce et des livraisons à domicile, le secteur transport-logistique recrute dans toute la France, avec quelques régions phares, comme les Hauts-de-France et la Bourgogne-France-Comté, qui concentrent à elles seules un quart des offres d’emploi (Baromètre Emploi Qapa « Quels secteurs recrutent le plus malgré le Covid-19 ? », 31 août 2020). Lyon, Marseille et Montpellier, qui accueillent de grands centres logistiques, sont également en quête de main-d’œuvre. D’après Stéphanie Delestre, fondatrice et présidente de la plateforme de recrutement par intérim Qapa, « les métiers qui embauchent le plus sont ceux de préparateur de commandes (accessible sans qualification), manutentionnaire, technicien de maintenance, etc. Le certificat d’aptitude à la conduite en sécurité (Caces) est demandé pour les postes de cariste ».

Des opportunités se trouvent également en Bretagne, où le conseil régional a lancé cet automne une formation rémunérée biqualifiante de « conducteur et aide à domicile » avec Pôle emploi et la Fédération nationale des transports de voyageurs (FNTV). Ce parcours débouche sur un CDI à temps plein partagé entre une entreprise de transport et une structure d’aide à domicile situées à proximité l’une de l’autre (quinze minutes maximum). 24 CDI sont à pourvoir, et la rentrée a lieu le 17 novembre. Une initiative originale qui pourrait faire des émules.

Renseignements auprès de Pôle emploi et de la FNTV.

« Nous allons recruter 4 000 CDI intérimaires »

L'avis de Florence Oumerretane, directrice nationale du CDI intérimaire du Groupe Adecco.

Créé il y a six ans, le CDI intérimaire (CDII) permet à une agence d’intérim de devenir l’employeur unique d’un intérimaire. Le salarié en CDII bénéficie de la sécurité d’un CDI et de l’accompagnement qui va avec, comme la formation, les entretiens annuels. À charge pour l’employeur de lui trouver des missions dans trois métiers identifiés avec lui, dans un rayon de 50 kilomètres autour de son domicile. En contrepartie, le salarié doit se montrer réactif lorsqu’une offre se présente. Le CDII est un excellent tremplin pour un premier emploi ou une reconversion, car il permet de côtoyer plusieurs univers professionnels et de gagner en expérience. D’ici à la fin décembre, nous avons prévu de recruter 4 000 CDII dans toute la France.

Aides-soignants, infirmiers, aides à domicile

Ce sont les premiers de cordée depuis le début de la crise sanitaire, et ils continuent à être très sollicités. Des « métiers stables, non délocalisables, qui ont du sens et qui recrutent, affirme Laurence Jacquon, directrice adjointe de l’Union nationale ADMR, réseau associatif de service à la personne. Par exemple, on recherche des aides à domicile dans toute la France, toute l’année, avec des pics pendant les périodes de fêtes et avant les vacances. Aucune qualification ni compétence ne sont requises, si ce n’est avoir envie de s’occuper des autres ». Le contrat type est un CDI à temps partiel (20 heures par semaine), avec une équipe du matin et une du soir. Environ 10 000 emplois non pourvus attendent les candidats sur Admr.org.

Le métier d’aide-soignant, qui nécessite une qualification, manque tout autant de main-d’œuvre. Chez Korian (400 maisons de retraite et cliniques spécialisées), ces professionnels représentent la moitié des embauches. « En 2020, nous aurons recruté 4 500 collaborateurs et, sauf imprévu, nous poursuivrons ce rythme en 2021, informe Nadège Plou, la DRH du groupe. Les principaux bassins d’emploi sont les régions Rhône-Alpes, Paca et Île-de-France. Pour les personnes expérimentées sans diplôme, nous organisons des parcours de formation par la validation des acquis par l’expérience (VAE) dans notre centre de formation interne, la Korian Academy. »

Bon à savoir : le groupe ouvre son centre de formation d’apprentis (CFA) spécialisés dans les métiers du soin en janvier 2021, avec un objectif de 200 apprentis la première année (informations sur Korian.com).

Développeurs web ou d’applications mobiles

Le point commun entre un étudiant en ostéopathie, un joueur de poker professionnel et un moniteur de planche à voile ? Tous peuvent suivent actuellement une formation à l’École 42 dans l’objectif de devenir développeur web. Ce métier porteur a connu un nouvel élan pendant la crise grâce au succès du e-commerce. « Durant le confinement, nous avons reçu 27 % d’offres de stage en plus. Sept stages sur dix débouchent sur un CDI, constate Virginie Novais, directrice des relations entreprises de l’École 42, et 60 % des étudiants n’avaient jamais développé avant de débuter leur formation (gratuite et à distance). Le e-commerce, mais aussi les entreprises de cybersécurité – domaine qui a explosé avec le télétravail et les risques informatiques associés – sont en quête de talents. Parmi les groupes qui recrutent : Veepee (Vente-privée), Thales, Natixis, le ministère des Armées… »

La demande s’étend au-delà des acteurs traditionnels : « La culture, les loisirs et l’enseignement accélèrent leur mutation numérique depuis la crise, détaille Virginie Novais. Leurs besoins portent sur des développeurs d’applications mobiles et des développeurs “back-end”, c’est-à-dire les techniciens qui interviennent en bout de processus pour vérifier que tout fonctionne. » Des sites spécialisés dans l’informatique comme Lesjeudis.com ou Welcometothejungle.com proposent de telles offres.

Agents agricoles, ouvriers dans l’industrie agroalimentaire

Avec la crise sanitaire, manger mieux et local devient une aspiration de plus en plus partagée, qu’il va falloir satisfaire en relocalisant la production et en recrutant. Or, l’agriculture peine à attirer, et la précarité des emplois saisonniers, caractéristiques de ce secteur, refroidit certaines bonnes volontés. Pour autant, ils sont souvent le sésame vers le CDI (voir témoignage). Autre point d’achoppement, la saisonnalité.

Cependant, « même si l’activité est tributaire des saisons, elle connaît des besoins toute l’année, pour les semis, la production, l’entretien, la transformation (industrie agro-alimentaire), le tourisme à la ferme, etc., signale Mickaël Jacquemin, président de l’Association nationale pour l’emploi et la formation en agriculture (Anefa). Pour les récoltes, aucune qualification n’est requise. En revanche, dès que l’on est en contact avec les animaux d’élevage, une formation s’impose. Il existe des cursus en alternance rémunérés, ouverts à tous les profils, y compris en reconversion », assure-t-il. L’antenne Anefa (Anefa.org/anefa-en-region) est là pour informer les candidats. Le site Lagriculture-recrute.org, lui, propose de nombreux postes d’agents agricoles.

« 80 % des offres d'emploi passent par le bouche-à-oreille »

L'avis de Mickaël Jacquemin, président de l'ANEFA (Association nationale pour l'emploi et la formation en agriculture.

Les métiers de l’agriculture connaissent un regain d’intérêt depuis la crise. Lancée pendant le confinement, notre opération « Des bras pour ton assiette », qui met en relation des agriculteurs ayant besoin de main-d’œuvre et des personnes n’ayant plus d’activité ou en chômage partiel, a rencontré un immense succès avec plus de 200 000 candidatures. Parmi ces bonnes volontés, certaines ont débouché sur de vraies vocations. La bonne surprise est venue du secteur de la restauration. Ces personnes, venues prêter main-forte durant leur chômage partiel, se sont bien adaptées. Nous nous sommes compris. Le travail agricole est certes physique – comme la restauration – mais on y gagne de la qualité de vie, nos métiers ont du sens et les salaires sont corrects, contrairement aux idées reçues. L’agriculture recrute en statut salarié avec ou sans qualification. 80 % des offres d’emploi passent par le bouche-à-oreille. Il ne faut pas hésiter à aller frapper aux portes des exploitations et accepter un contrat court au début, c’est ainsi que les employeurs identifient leurs futurs CDI.

Maçons, électriciens, conducteurs d’engin

Si l’immobilier peine encore à se relever de la crise, ce n’est pas le cas du BTP qui, après une période de mise à l’arrêt, retrouve des couleurs. « Contrairement aux pays voisins, la France a stoppé ses chantiers durant le confinement. Une catastrophe pour le secteur », regrette Stéphanie Delestre. Mais depuis la rentrée, l’activité repart. « Les deux grands chantiers gouvernementaux, le Grand Paris et les J.O. de 2024, boostent la demande. Bouygues, Lafarge ou Pichet recrutent des maçons, des ouvriers des travaux publics, des électriciens, des menuisiers, des conducteurs d’engins… » Ces métiers ouverts aux reconversions professionnelles exigent toutefois des qualifications, qu’on peut acquérir en apprentissage (voir Ccca-btp.fr).

« J'ai déjà des contacts avec deux entreprises »

Le témoignage de Lester P., 30 ans, futur développeur informatique.

Comme beaucoup de jeunes, j’ai grandi avec l’informatique et les jeux vidéo. Après un échec au bac, je me suis orienté vers le métier d’animateur social puis d’éducateur spécialisé. Il y a deux ans, j’ai débuté une formation à distance à l’École 42, afin de devenir développeur. Sans être un crac en maths ni un as de la programmation, j’avais une attirance pour la technologie. Pour développer, il faut avoir une certaine logique algorithmique, aimer résoudre des problèmes… La formation à distance me plaît beaucoup. Chacun peut avancer à son rythme, selon ses possibilités et ses capacités. Je vais atteindre le niveau 16 qui permet de décrocher une formation en alternance (niveau master bac + 5). J’ai déjà des contacts avec deux entreprises et je suis confiant pour la suite car le secteur offre de nombreux débouchés.

df
Marie Zeyer
Publié le

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