Déjouez les pièges de l’entretien d’embauche

Déjouez les pièges de l’entretien d’embauche

Lors d'un entretien d'embauche, que cherche à savoir l’employeur ? Comment répondre avec sincérité sans se discréditer ? Décryptage avec un recruteur et un psy.

Une entreprise vous propose enfin un entretien d'embauche après avoir envoyé une multitude de CV accompagnés d’une lettre de motivation  ! C’est l’heure de vous confronter à cet exercice périlleux.

Objectif : ne plus ­seulement mettre en avant vos diplômes ou votre expérience professionnelle, mais vous « vendre » en tant que personne, sans vantardise ni retenue excessive. Le recruteur va examiner votre personnalité à la loupe, souvent au travers de questions de nature à susciter votre embarras.

Pendant l'entretien d'embauche, adopter un ton calme et naturel

Quelle que soit la question, il importe de ne pas répondre avec précipitation. « Mieux vaut prendre un temps de réflexion en répétant la question par exemple, puis adopter une intonation rythmée et surtout pas monocorde tout en regardant l’interlocuteur », conseille Frédéric Fanget, psychiatre et psychothérapeute à Lyon. Pour lui, la respiration est importante. Lente, abdominale, elle ralentit le cœur et détend les muscles ; le calme de l’organisme se communique à l’esprit qui gagne en clarté.

Recruteurs : les questions interdites 

Les questions relatives à la race, à la religion ou à une éventuelle grossesse ne sont pas vraiment interdites, mais la discrimination à l’embauche sur
ces motifs, elle, l’est. Les recruteurs les évitent pour qu’elles ne soient pas brandies comme une preuve de discrimination par des candidats déboutés.

Certains s’y aventurent, de façon détournée. « Je conseille de recourir à un “joker” et de refuser de répondre. Ou de renoncer à entrer dans une société qui a de telles pratiques. Mais ce n’est pas facile quand on a besoin du travail proposé », admet Yves Maire du Poset, conseil en ressources humaines et pilotage de carrière, chargé de cours à Sciences-Po Paris.

Comment se présenter lors d'un entretien d'embauche

Concernant les questions « traditionnelles », il est interessant de savoir ce que cachent ces interrogations et comment y répondre. Yves Maire du Poset, conseil en ressources humaines, nous dévoile ce que les employeurs cherchent à apprendre de nous lors d’un entretien, tandis que ­Frédéric Fanget, ­psychiatre et psycho­thérapeute à Lyon, nous donne des pistes pour répondre sereinement.

Quand le recruteur demande : « Parlez-moi de vous »

Le conseil du recruteur, Yves Maire du Poset

C’est la seule question importante, car, en réalité, elle signifie : « Que pouvez-vous apporter à l’entreprise que je représente ? » Cette interrogation ouverte permet au candidat de se présenter librement. Sa réponse doit être directe et professionnelle : « Je suis un jeune boulanger et j’aime mon métier » ou « Je suis ingénieur en logistique et j’ai envie de travailler à l’international. » Le recruteur ignore tout de celui qui est face à lui. Sa crainte sous-jacente : se tromper sur le profil de la personne. Le candidat a tout intérêt à l’aider en mettant en évidence son savoir-faire, ses connaissances techniques, son esprit d’entreprise…

Le conseil du psy, Frédéric Fanget

Le postulant n’est pas là pour se confesser. L’authenticité paie, mais certaines personnes, plutôt anxieuses, appréhendent de se dévoiler et ont beaucoup de mal à aborder cette partie de l’entretien. Elles ont tout intérêt à travailler avec un thérapeute pour retrouver leur estime de soi. Et ce, pas uniquement dans le but de réussir l’entretien d’embauche, mais d’abord pour se sentir mieux en apprenant à s’apprécier elles-mêmes.

Quand le recruteur dit : « Donnez-moi trois de vos défauts et trois de vos qualités »

Le conseil du recruteur, Yves Maire du Poset

C’est une vieille ficelle de certains recruteurs qui a plus pour objet d’étudier la réaction des postulants que la réponse elle-même. Pour répondre sans avoir l’air prétentieux, ni se nuire en avouant des défauts par excès de franchise, il faut se cantonner aux considérations professionnelles, illustrées d’exemples précis. Par exemple, dire « j’aime le travail bien fait et réussir mon pain, quitte à être parfois perfectionniste », ce qui permet d’avancer en même temps une qualité et un défaut en restant dans la simplicité et surtout dans l’équilibre.

Le conseil du psy, Frédéric Fanget

De l’authenticité ! L’objectif final n’est pas seulement d’être sélectionné, mais de garder l’emploi après la période d’essai. Citez un trait de votre personnalité que l’on vous a parfois reproché : « Un peu lent, j’accomplis mon travail à un rythme qui peut sembler peu soutenu. » Et compléter : « J’en suis conscient et je m’organise de façon à ce que mes collègues et mon travail n’en pâtissent pas. » Éviter de préparer des réponses toutes faites qui ne sonneront pas juste. Si vous prenez le parti d’être vous-même, votre parole se libérera et vous vous montrerez spontanément sous un jour positif.

Justifier ses prétentions salariales face au recruteur

Quand le recruteur demande : « Quel est votre rapport à l’argent ? »

Le conseil du recruteur, Yves Maire du Poset

Le recruteur ne cherche pas à savoir si vous êtes « gourmand » ou s’il a une chance de vous embaucher au rabais, mais plutôt si vous évaluez bien votre valeur professionnelle. Demander moins que ce que vous valez sur le marché peut aussi laisser entrevoir que vous sous-estimez l’importance du poste. Demander plus, c’est risquer de passer pour un arriviste… La question des prétentions salariales est typiquement une question à prévoir (en fonction du marché, de son expérience) et ce serait une erreur de ne pas la préparer.

Le conseil du psy, Frédéric Fanget

Il faut se garder des scrupules qui entachent parfois le rapport à l’argent. Le fait de recevoir la rétribution d’un travail est légitime. Ce n’est pas votre valeur qui est fixée par le salaire, mais celle du travail effectué. Vous pouvez demander un salaire en proportion de ce que vaut ce travail.

Quand le recruteur dit : « Savez-vous dire non ? »

Le conseil du recruteur, Yves Maire du Poset

 Si le candidat répond : « Oui, je sais dire “non” », sans s’expliquer, il peut passer pour peu collaboratif. De la même façon, s’il avoue une difficulté à dire non, il peut craindre d’être pris pour un faible sans personnalité. Comment s’en sortir ? D’abord en se souvenant qu’il n’est jamais indispensable de répondre du tac au tac et que l’on peut s’en tirer par un trait d’humour : « Oui, je sais dire “non” et non, je ne dis pas toujours “oui”… » Ensuite, le candidat peut, par exemple, expliquer que c’est une question difficile, car la réponse variera selon les circonstances.

Le conseil du psy, Frédéric Fanget

 Esquivez ce « oui » et ce « non » trop abrupts et répondez sur le plan professionnel. Vous n’ignorez pas que la réalité du travail et des relations entre collègues est complexe. Expliquez que vous êtes conscient autant de la nécessité du dialogue que de la notion de hiérarchie.

Quand le recruteur demande : « Pourquoi voulez-vous quitter votre travail actuel ? »

Le conseil du recruteur, Yves Maire du Poset

 Face à cette question, les candidats craignent fréquemment de donner une image de traître ou de papillon. Ils n’osent donc pas exprimer des attentes, pourtant légitimes : l’envie de progresser, de faire de nouvelles découvertes professionnelles, de gagner davantage ou de prendre des responsabilités. Il ne faut pas craindre la franchise.

Le conseil du psy, Frédéric Fanget

Surtout ne pas se demander avec inquiétude : « Que va-t-on penser de moi si je dis telle ou telle chose ? » Restez concentré pour exprimer clairement ce qui vous motive : un meilleur salaire, des responsabilités hiérarchiques… Au bout du compte, cette sincérité empêchera que l’on se trompe sur vous.