Se former quand on est sans emploi

Suivre une formation pour s’intégrer ou se réinsérer sur le marché du travail coûte cher. Voici comment et auprès de qui obtenir un financement.
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Deux aides spécifiques à la formation émanent de Pôle emploi.
Deux aides spécifiques à la formation émanent de Pôle emploi.

Frais pédagogiques, de déplacement ou d’hébergement… entreprendre une formation, comme le font près de deux demandeurs d’emploi sur dix, nécessite des moyens financiers. Fort heureusement, il est possible de conjuguer plusieurs dispositifs. Aujourd’hui, a fortiori en cas de formation de longue durée, « ce sont les logiques de cofinancement qui priment », avertit Émilie Crèche, conseillère en formation continue au Greta GPI2D. Voici les principales aides à connaître en vue de réaliser le programme choisi sans puiser dans ses économies.

Le financement des régions

Dans le cadre de leur programme régional de formation, les conseils régionaux préachètent des places dans différents organismes de formation, qu’ils réservent aux personnes à la recherche d’un emploi. Ainsi, chaque année, des milliers de possibilités de se former gratuitement sont ouvertes partout en France.


« L’objectif des régions est que les personnes obtiennent une qualification. Aussi, les places proposées concernent généralement des formations longues permettant d’accéder à un diplôme », précise Jean-Marc Bonnard, directeur du conseil en formation de l’Association professionnelle des adultes (AFPA) en région Bretagne. Les thèmes sélectionnés correspondent aux besoins des employeurs identifiés dans la région, depuis le métier de chaudronnier jusqu’à celui de développeur web.

Les bémols. Le nombre de places en formation étant limité, vous n’avez pas l’assurance d’en obtenir une pour la période où vous serez disponible. En outre, « certains secteurs dans lesquels les régions n’ont pas constaté de métiers en tension peuvent être totalement absents de l’offre. Et vous trouvez généralement peu de formations universitaires de haut niveau », ajoute Émilie Crèche.

Où s’adresser ? Rendez-vous sur le module « Trouver ma formation » du site pole-emploi.fr. Indiquez la formation et la localité géographique puis, dans « Financement possible », situé à gauche de l’écran, sélectionnez « Conseil régional ». Une fois la formation identifiée, adressez-vous à votre conseiller Pôle emploi ou directement à l’organisme de formation.

Le rôle de Pôle emploi

Deux aides spécifiques à la formation émanent de Pôle emploi.

L’action de formation conventionnée (AFC). Elle permet à Pôle emploi de préacheter un nombre de places en formation dans plusieurs centres, comme le font les conseils régionaux. Mais dans ce cadre, « l’offre porte généralement sur des cursus assez courts visant à compléter ses compétences pour retrouver vite un emploi : par exemple, une formation sanctionnée par le certificat d’aptitude à la conduite en sécurité (CACES) des chariots élévateurs, en cas de recherche d’un emploi dans la logistique », explique Jean-Marc Bonnard.

L’aide individuelle à la formation (AIF). Elle peut être attribuée pour financer tout type de formation. À condition que le programme visé ne soit pas déjà disponible parmi les formations préachetées par Pôle emploi ou le conseil régional.

Les bémols. L’AFC s’accompagne d’un choix restreint de formations et d’un nombre de places limité. Quant à l’AIF, « ses taux de prise en charge sont très variables d’une région à l’autre. Dans certaines d’entre elles, Pôle emploi applique des plafonds de financement », prévient Jean-Marc Bonnard. En conséquence, avec l’AIF, attendez-vous à n’obtenir qu’un financement partiel si vous visez une formation longue et onéreuse.

Où s’adresser ? Demandez l’AFC comme l’AIF à votre conseiller Pôle emploi. Il est possible de consulter les formations financées par l’AFC sur pole-emploi.fr (cliquer sur « Trouver ma formation »). Pour l’AIF, vous devrez fournir un devis de la formation que vous envisagez.


À noter : si vous ne percevez pas d’allocations au chômage ou que son montant est inférieur ou égal à 28,86 euros par jour, vous pouvez demander à Pôle emploi une « aide à la mobilité » pour financer vos frais de transport, de repas ou d’hébergement pendant la formation.

Le CIF-CDD, un dispositif trop méconnu


Si le congé individuel de formation (CIF) est aujourd’hui bien connu des salariés, beaucoup de chômeurs ignorent qu’ils y ont aussi accès dès lors qu’ils en remplissent les conditions : avoir été employés en CDD lors de leur dernier contrat et avoir suffisamment travaillé (24 mois au cours des 5 dernières années, dont 4 mois, consécutifs ou non, en CDD les 12 mois précédents).

« Le CIF-CDD est le dispositif le plus confortable pour se former lorsqu’on est au chômage, estime Jean-Marc Bonnard. Il permet une prise en charge totale des coûts de la formation, même longue, et l’on perçoit une rémunération équivalente à son dernier salaire. » Autre avantage : le temps passé en formation permet d’ouvrir de nouveaux droits au chômage.

À noter : il existe également un CIF-intérimaire, accessible si vous avez effectué au moins 1 600 heures de mission au cours des 18 derniers mois, dont 600 heures dans l’entreprise qui signe votre autorisation d’absence.

Les bémols. Le financement d’une formation dans le cadre du CIF nécessite de convaincre la commission chargée de l’examen de votre dossier. Mais la démarche est souvent couronnée de succès pour le CIF-CDD : en 2014, 70 % des demandes ont été acceptées, contre 50 % environ pour le CIF des salariés en CDI.

Où s’adresser ? Déposez votre demande dans les 12 mois suivant la fin de votre CDD auprès du Fongecif ou de l’Opacif (le Fafsea pour le secteur agricole, l’Afdas dans le domaine de la culture, etc.) de votre dernier employeur.

Le CPF pour des formations courtes

Depuis 2015, les salariés alimentent leur compte de personnel de formation (CPF) en travaillant. Ils peuvent utiliser leurs heures de formation à tout moment, y compris lorsqu’ils sont au chômage.

« Le compte est généralement limité à 150 heures, ce qui se révèle insuffisant pour financer une formation longue. Mais utiliser son CPF permet d’obtenir plus facilement des cofinancements avec l’AIF ou le CIF-CDD, par exemple », explique Émilie Crèche. Il existe aussi beaucoup d’abondements, c’est-à-dire un financement d’heures supplémentaires accordé pour certains types de formation ou de public (personnes handicapées, jeunes sans qualification...). « Il faut garder à l’esprit qu’utiliser son CPF peut ouvrir droit à plus d’heures que celles inscrites sur son compte », ajoute-t-elle. Jusqu’à fin 2017, les demandeurs d’emploi peuvent ainsi bénéficier d’un abondement à hauteur de 100 heures, lorsqu’ils utilisent leur CPF.

Les bémols. Seules les formations éligibles au CPF peuvent être financées dans ce cadre (pour les demandeurs d’emploi, il en existe plus de 9 000 au niveau national). En outre, la conversion en financement des heures de CPF s’avère assez faible quand on est au chômage : 1 heure de CPF permet d’obtenir 9 euros de financement. Ainsi, par exemple, avec 100 heures inscrites à votre compte, vous disposerez d’un budget de 900 euros.


Où s’adresser ? Après vous être enregistré sur moncompteformation.gouv.fr et avoir sélectionné la formation, vous devrez vous adresser à votre conseiller Pôle emploi pour qu’il valide votre demande. Ce dernier ne peut s’y opposer dès lors que votre compte affiche un nombre d’heures suffisant.

Les autres aides possibles

Certaines régions proposent des chèques formation en cas de projet de formation individuel ou financent des études conduisant aux métiers dans le secteur sanitaire et social (aide-soignant, par exemple).
Des départements accordent des fonds aux bénéficiaires du RSA pour qu’ils puissent se former. Tout comme les caisses d’allocations familiales (CAF), ils peuvent aussi financer des formations au brevet d’aptitude aux fonctions d’animateur (BAFA). Une autre piste pour obtenir un financement : solliciter un microcrédit auprès de l’ADIE ou du Crédit municipal de Paris, par exemple.

Préparer son projet de formation

Inutile de « se former pour se former » simplement parce que l’on dispose de temps quand on est au chômage. « La formation doit s’inscrire dans un projet pensé et réfléchi et offrir des débouchés, avertit Émilie Crèche. Ces arguments permettront ensuite d’appuyer votre demande de financement. » L’organisme de formation, si votre projet est sérieux, pourra vous aider à le valider. Et indiquer les financements les plus appropriés dans votre situation. Renseignez-vous également auprès d’une maison de l’emploi et de la formation ou d’une cité des métiers. Enfin, vous pouvez solliciter votre conseiller Pôle emploi pour bénéficier gratuitement d’un conseil en évolution professionnelle (CEP).

Quelle rémunération pendant la formation ?

Les demandeurs d’emploi indemnisés bénéficient pendant leur formation de l’ARE- formation (AREF) d’un montant équivalent à leur indemnisation (et fixé au minimum à 20,67 euros par jour), versée dans la limite de la durée de leurs droits au chômage. En cas de fin de droits arrivant en cours de formation, il est possible de demander la rémunération de fin de formation (RFF) ou l’allocation de solidarité spécifique formation (ASS-F). Les demandeurs d’emploi non indemnisés peuvent bénéficier de la rémunération formation de Pôle emploi (RFPE) ou de la rémunération publique de stage (RPS) versées par les conseils régionaux. Mis à part l’AREF, ces aides sont accordées sous conditions liées au type de formation suivie et à la situation personnelle du demandeur d’emploi.

df
Raphaëlle Pienne
Publié le