Se former pour changer de vie

Se former pour changer de vie
S’inscrire à la formation de son choix et prendre un congé rémunéré pour la suivre : c’est le principe du congé individuel de formation (CIF). - © Todor Tsvetkov

Le congé individuel de formation permet chaque année à plus de 40 000 personnes d’améliorer leur situation professionnelle, de changer de métier ou de créer leur propre entreprise. Conseils et témoignages.

Sinscrire à la formation de son choix et prendre un congé rémunéré pour la suivre : c’est le principe du congé individuel de formation (CIF), un droit reconnu à tout salarié au cours de sa vie professionnelle (article L. 6322-1 du Code du travail). En 2013, quelque 41 440 personnes ont bénéficié du CIF. Leur but ? Évoluer dans leur vie professionnelle en obtenant une qualification. Ainsi, plus de 90 % des formations aboutissent à un diplôme. Un an après avoir achevé leur CIF, plus de la moitié des bénéficiaires ont changé de société et de secteur d’activité, 7 % ont créé leur entreprise, selon une enquête réalisée par Opinion Way*. Et ceux qui sont restés chez leur employeur sont 70 % à avoir changé de poste. Le CIF joue aussi un rôle majeur d’ascenseur social : 82 % des bénéficiaires sont des ouvriers et employés.

Comment bénéficier du CIF ?

Une condition d’ancienneté est nécessaire : il faut être salarié depuis au moins 24 mois (consécutifs ou non), dont au moins 12 mois dans la même entreprise (36 mois dans les entreprises artisanales de moins de 10 salariés). Pour obtenir un CIF, il convient d’adresser à l’employeur une demande d’autorisation d’absence 60 jours avant le début de la formation (ou 120 jours pour une formation d’une durée continue de plus de 6 mois). L’employeur ne peut pas refuser un départ en CIF, simplement le différer de 9 mois au maximum, s’il estime que le départ en congé de formation est préjudiciable à la production et à la bonne marche de l’entreprise. Il a 30 jours pour signifier ce report à partir de la réception de la demande du salarié. Sauf accord sur une durée plus longue, l’absence ne peut être supérieure à un an pour une formation à temps plein, ou à 1 200 heures pour une formation à temps partiel. Le CIF peut également se faire hors temps de travail (la formation doit alors durer au moins 120 heures). Dans ce cas, l’autorisation d’absence n’est pas nécessaire.

Comment augmenter ses chances de l’obtenir ?

La demande de CIF est instruite par un Opacif (Organisme paritaire agréé au titre du congé individuel de formation). Il existe un Fongecif (Fonds de gestion des congés individuels de formation) par région ou un Opacif dédié à un métier particulier avec des antennes en région. Par exemple, le FAF.TT pour les intérimaires, Uniformation pour les salariés de l’économie solidaire, l’Afdas pour les salariés du secteur de la presse, de la publicité, de l’édition, des loisirs et spectacles... En cas de doute, adressez-vous au Fongecif de votre région car tous ces organismes ont un rôle d’information et d’accompagnement. Leurs conseillers peuvent vous aider à construire votre projet de formation si celui-ci est encore flou. Le tout gratuitement et en toute confidentialité. Le dossier de demande de CIF doit être accompagné d’une lettre de motivation. La plupart des Opacif organisent des ateliers pour aider les salariés à la rédiger. « Le projet de formation doit être cohérent, avoir du sens. Le salarié doit montrer qu’il a des perspectives professionnelles derrière », indique Élisabeth Cabus-Bordron, secrétaire générale du Fongecif Pays-de-la-Loire.

Prouvez votre motivation

Chargée des CIF à l’Afdas, Alexia Davin conseille de joindre au dossier tous les éléments prouvant la motivation du candidat et le sérieux de son projet : photos de réalisations en cas de reconversion, business plan si la formation est une première étape vers la création d’entreprise, etc. Comme il y a plus de demandes de CIF que de budget pour les financer, chaque Opacif a établi des priorités, consultables sur son site Internet. Ces organismes ont tous un point commun : ils privilégient les personnes peu diplômées et celles désirant suivre une formation diplômante ou qualifiante. Mais cela ne doit pas décourager ceux qui ne correspondraient pas à ce profil. Une commission paritaire, composée de représentants de syndicats de salariés et d’employeurs, se prononce sur les dossiers. En 2013, le taux d’acceptation a été de 51 % pour les salariés en CDI.

Comment financer son CIF ?

Depuis leur création en 1983, les Opacif collectent les contributions des entreprises pour financer le CIF. Grâce à ces fonds, l’Opacif prend en charge les coûts de formation, les salaires et les charges (13e mois et primes d’ancienneté compris) et, éventuellement, les frais de déplacement et d’hébergement. Concrètement, c’est l’employeur qui verse la rémunération et il est remboursé chaque mois par l’Opacif. La rémunération est prise en charge à 100 % pour les salariés percevant un salaire inférieur à deux fois le Smic, de 80 à 90 % au-delà. Pendant leur CIF, les salariés conservent leurs droits à congés payés et ceux liés à l’ancienneté. Pour augmenter ses chances de voir son CIF pris en charge, il est possible de le financer en utilisant les heures de DIF (droit individuel à la formation) accumulées sur le Compte personnel de formation ou CPF. « Mobiliser son CPF est indéniablement un plus. C’est le principe de la solidarité : chacun amène ses heures de DIF pour permettre de prendre en charge davantage de dossiers », souligne Alexia Davin.

Et quand on est en CDD ?

Les salariés ayant travaillé au moins 24 mois en CDD dans les 5 dernières années, dont 4 mois au cours des 12 derniers mois, peuvent prétendre au CIF adapté à leur situation. Moins coûteux que le CIF-CDI, le CIF-CDD est plus facile à obtenir : 76 % des demandes ont été acceptées en 2013. La demande doit être adressée directement à l’Opacif. La formation se déroulant en général à la fin du CDD, il n’y a pas à demander une autorisation d’absence. La rémunération correspond à celle du dernier CDD.

* L’impact du congé individuel de formation, évaluation nationale commandée par le Fonds paritaire de sécurisation des parcours professionnels, décembre 2014.

« On peut se former à tout âge »

Béatrice Garreau, auxiliaire de vie scolaire en Vendée

« J’ai commencé à garder des enfants à 48 ans, au domicile de leurs parents, après une première vie professionnelle dans la coiffure. Mais le travail en équipe me manquait, et quand mon employeur m’a prévenue qu’il diminuerait mes heures, car ses enfants grandissaient, j’ai décidé de préparer un CAP petite enfance pour travailler en collectivité. J’ai suivi ma formation dans une maison familiale rurale. Elle comprenait des cours théoriques et un stage long dans une école maternelle. Je continuais à travailler chez mon employeur, mais à temps réduit. Le Fongecif Pays-de-la-Loire a financé la partie de salaire manquante ainsi que la formation. Cela a été une très belle expérience. J’ai énormément appris, même s’il faut s’en donner la peine : se remettre dans les bouquins, apprendre des choses par cœur. On peut le faire, même à 53 ans ! Mon diplôme a facilité mon insertion professionnelle : trois mois après son obtention, j’ai été recrutée en CDD comme auxiliaire de vie scolaire d’un enfant de cours préparatoire en situation de handicap. »