Réussir sa reconversion professionnelle

Envie de changer de profession, de travailler autrement… autant de choix possibles et réalistes, à condition de ne pas zapper une première étape, décisive, qui consiste à bien préparer son projet. Âge, élaboration du projet, formation, erreurs à éviter... Voici tout ce que vous devez savoir avant de vous lancer dans votre reconversion professionnelle.

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réussir sa reconversion professionnelle

Reconversion à tous les âges

Selon un sondage Ipsos, réalisé en 2012 pour l’Association nationale pour la formation professionnelle des adultes (Afpa), 56 % des actifs interrogés ont changé de métier (45 % pour les ouvriers, 66 % pour les professions intermédiaires et 76 % pour les cadres). Mais seulement un quart des personnes concernées a opéré une reconversion professionnelle à la suite d’une perte d’emploi.

Cette étude montre qu'au fil du temps, la reconversion est devenue une réponse réaliste face au risque de perte d'emploi. Les personnes interrogées veulent mettre toutes les chances de leurs côtés pour trouver ou conserver leur emploi. La reconversion apparait comme le 1er choix en cas de licenciement ou de crise économique.

Selon Christina Gierse, responsable du site Studyrama-Vocatis, spécialisé dans la formation continue, les changements d’orientation professionnelle se produisent plus spécialement à trois périodes de la vie :

  • « Les jeunes entre 25 et 30 ans, qui après avoir passé quatre ou cinq ans dans une entreprise, se rendent compte que le métier qu’ils exercent ne leur convient pas.
  • À 40-45 ans, certains s’aperçoivent qu’ils se sont engagés dans une voie poussés par leurs parents ou qu’ils s’ennuient dans leur activité.
  • Enfin, autour de la cinquantaine, les personnes inquiètes pour leur emploi cherchent à créer leur propre activité. »

Élaborer son projet de reconversion

Prêt pour une reconversion ? Pour tester votre motivation, une phase de maturation faite de va-et-vient entre introspection et prospection est nécessaire :

  • qu’est-ce que je veux ?
  • mais, surtout, qu’est-ce que je ne veux plus ?

Cette étape peut prendre plusieurs mois, voire une année.

L’idéal est de commencer une reconversion avant le point de non-retour qui consiste à démissionner parce qu’on n’en peut plus, ou parce que, chômeur en fin de droits, on a le couteau sous la gorge”, conseille Yves Deloison, fondateur du site toutpourchanger.com.

Pour l’expert, se laisser du temps permet aussi d’ajuster son projet : « Il est rare qu’une reconversion se déroule exactement comme prévu. Un projet se construit au fil des recherches, des rencontres et des écueils : précipitation, blocages de l’entourage, projet trop ambitieux… »

Bilan de compétences et coaching

En pratique. Durant cette phase d’élaboration, il est possible de se faire accompagner par un professionnel grâce à deux dispositifs.

– Le bilan de compétences a pour objectif d’identifier les compétences transférables. Il s’étend sur deux à trois mois, à raison de plusieurs rendez-vous avec un consultant. Le bilan, qui se déroule dans des centres agréés, coûte entre 1 500 et 2 500€ (cf. emploi.gouv.fr).

Le financement peut être pris en charge par un organisme collecteur au titre de la formation professionnelle si vous êtes salarié (OPCA, Fongecif) ou par Pôle emploi si vous êtes chômeur.

– Le coaching, une technique plus confidentielle, est davantage centré sur la personnalité : quelles sont vos valeurs ? qu’est-ce qui vous fait avancer ?

Journaliste dans le domaine de la mode pendant vingt ans, Nathalie R. a décidé de changer de voie :

En travaillant sur mon histoire personnelle, mes activités associatives et des mots-clés récurrents, comme ‘langage’, ‘altérité’ et ‘accompagnement’, la coach m’a permis de prendre conscience que mon désir de reconversion n’était pas dû à un contexte professionnel difficile, mais à un milieu qui ne me convenait plus car trop superficiel.”

Une réflexion qui l’a conduite à suivre une formation de reconversion pour devenir médiatrice familiale.

Attention avant de quitter son travail

Marc Traverson, psychothérapeute et coach spécialisé dans l’accompagnement professionnel à Paris, recommande la prudence aux personnes en poste :

Avant de quitter un travail, je conseille de regarder les possibilités de changement de poste ou de formation à l’intérieur de l’entreprise. Parfois, on croit vouloir changer de métier alors que ce n’est que l’ambiance du service qui est en cause. Il ne faut jamais lâcher la proie pour l’ombre.

Avant de quitter un travail, je conseille de regarder les possibilités de changement de poste ou de formation à l’intérieur de l’entreprise. Parfois, on croit vouloir changer de métier alors que ce n’est que l’ambiance du service qui est en cause. Il ne faut jamais lâcher la proie pour l’ombre.

Enfin, la mauvaise préparation du projet est la principale source d’échec. « Quelqu’un cherchant à changer de travail à tout prix, sans mener de réflexion approfondie sur ce qu’il souhaite faire, a toutes les chances de rater sa reconversion, analyse Christelle Capo-Chichi, coauteur du “Grand livre de la reconversion professionnelle”. Et si le projet n’est pas soutenu par le conjoint ou la famille, le risque d’échec sera plus grand. »

Reconversion professionnelle et formation

Une formation est souvent nécessaire, car qui dit nouveau métier dit nouvelles compétences. En témoigne le parcours de Sandrine B., responsable des réseaux sociaux chez Ifocop, organisme de formation :

J’ai travaillé pour deux entreprises successives, comme assistante, assistante de direction, puis office manager pendant vingt ans. Mon dernier employeur a procédé à des licenciements, l’entreprise ayant pris du retard dans le domaine numérique. J’ai alors décidé de me reconvertir dans le Web, et j’ai suivi une formation en community management à l’Ifocop. Il se trouve que l’organisme cherchait un stagiaire alors que je terminais mon cursus. Puis j’ai été recrutée.”

En pratique. Deux dispositifs permettent de financer une reprise de formation (sur travail-emploi.gouv.fr, cliquer Toutes les fiches pratiques de la formation professionnelle).

– Le congé individuel de formation (CIF) permet aux salariés de s’absenter, afin de suivre une formation en étant rémunérés.

– Le contrat de professionnalisation offre aux demandeurs d’emploi de 26 ans et plus d’acquérir une qualification et une expérience, en percevant une rémunération qui ne peut pas être inférieure ni au Smic ni à 85% de la rémunération minimale prévue par les dispositions conventionnelles.

Patrick Amsellem, directeur du centre de bilans de compétences Apha et Omega.
« L’objectif d’un bilan de compétences est d’aider une personne à définir son nouveau projet professionnel : il s’agit de trouver le métier qu’elle va exercer. Il doit être épanouissant, mais réaliste par rapport au marché de l’emploi. Pour être efficace, un bilan doit être “porté” par une personne motivée. En tant qu’accompagnants, nous ne pouvons nous substituer aux actions concrètes à mener entre deux rendez-vous : études de marché, échanges avec des professionnels… Il faut donc aller suffisamment bien pour avoir l’énergie d’effectuer des démarches. Le bilan de compétences est un accompagnement à visée professionnelle, pas une psychothérapie. »

Le travail sur soi est essentiel avant une reconversion

«Dès qu’une personne ressent un désir de reconversion, il est important de l’explorer. Je travaille sur la personne plutôt que sur le projet, en vérifiant que le désir de reconversion émane bien d’elle et non de l’entourage, témoigne Sylvaine Pascual, coach et spécialiste de la reconversion professionnelle.

Puis, nous cherchons ensemble les valeurs de la personne, ce qui a du sens pour elle, ce qui la fait avancer. On parle de ses talents, ses aspirations, ses goûts, de ce qu’elle vit dans le travail comme une contrainte ou un besoin.

Petit à petit, des pistes émergent, nous vérifions leur cohérence et leur faisabilité. »

Quelles sont les erreurs à éviter ?

Choisir un secteur saturé

Exercer un nouveau métier ? 85 % des Français pensent que c’est une bonne chose (OpenClassrooms/Odoxa, mai 2017). Coach, sophrologue, naturopathe, hypnothérapeute... Nombre de candidats à la reconversion sont attirés par les métiers du bien-être. Leurs points communs ? La liberté d’organisation et le sens que l’on trouve à aider l’autre. Mais ce type de projets « questionne sur ses motivations profondes », affirme Yves Deloison, fondateur du site Toutpourchanger.com et auteur de Réussir sa reconversion (Éditions Héliopoles, septembre 2018) : « Je me souviens d’une personne qui souhaitait devenir coach en reconversion faute de savoir elle-même ce qu’elle voulait faire ! »

L’inflation autour des médecines douces conduit par ailleurs à certaines dérives : « Des formations pour devenir sophrologue en 6 mois fleurissent actuellement, alors que celle qui est reconnue et inscrite au Répertoire national des certifications professionnelles (RNCP) dure 2 ans », regrette Sophie Min Sintive, ancienne chef de produit dans la grande distribution, installée comme sophrologue depuis 4 ans. Attention à ne pas se précipiter ! Les corrections du marché interviennent vite. « On a connu une vague de petits commerces de proximité en centre-ville, autour des métiers de bouche, mais beaucoup ont dû fermer », prévient Valérie Garau, directrice du cabinet Anthea RH. La solution consiste « à systématiquement partir des besoins du terrain », explique-t-elle.

Or, les besoins ne situent pas toujours dans le bien-être ou la pâtisserie. D’après Monique Sentey, déléguée générale de l’Union des auto-entrepreneurs (UAE), en attendant la démocratisation des voitures autonomes, il faut plutôt aller les chercher du côté de la mobilité en province : « Les personnes âgées sont encouragées à rester chez elles jusqu’à un âge avancé mais sont obligées de se déplacer. Les VTC ont une carte à jouer. Il existe aussi des demandes concernant l’acheminement des festivaliers en haute saison et tout au long de l’année car les centres-villes deviennent difficiles d’accès en voiture. » Enfin, à l’ère du numérique, bien des métiers restent encore à inventer. Selon un rapport de Dell Technologies et de l’Institut du Futur paru en 2017, 85 % des emplois de 2030 n’existent pas encore.

Bâcler l’enquête métier

Étape indispensable, l’enquête métier a pour objectif de vérifier l’adéquation entre un projet, un marché, sa propre situation familiale et financière, ses compétences et ses aspirations personnelles. Sans oublier ses capacités physiques : croire que l’on peut tout faire à tout âge est un leurre. Ouvrir une chambre d’hôte, c’est aussi faire le ménage, se réveiller avec des inconnus dans sa maison, afficher un sourire commercial en toutes circonstances, faire face aux annulations. Devenir fleuriste ? Se lever aux aurores pour aller s’approvisionner, être debout toute la journée... Ouvrir un cabinet consacré au bien-être ? Réaliser sa propre comptabilité, développer sa clientèle, subir des désistements de dernière minute...

« C’est très fréquent dans tous les métiers à composante psychologique, témoigne Sophie Min Sintive. Le patient veut s’occuper de lui, prend rendez-vous sur internet, et finalement, ne vient pas, et n’a pas prévenu de son annulation. » Avec des conséquences financières non négligeables si, comme de nombreux débutants qui ne disposent pas encore de cabinet, vous louez un local à l’heure pour recevoir vos patients. En vous mettant face aux réalités du terrain, l’enquête métier permet d’être mieux préparé aux aléas.

Se lancer sans consulter personne

Derrière toute reconversion réussie, il y a des rencontres. Quand on veut changer de métier, il faut en parler autour de soi et rencontrer des professionnels. Virginie Loriette, professeur de français à Marseille, a déjà connu 2 reconversions. Après avoir travaillé dans la communication, elle devient déléguée médicale près de Toulon. Suite à une suppression de poste, elle décide de se tourner vers l’enseignement. « Je dois ma réussite au concours de l’enseignement privé (CAFEP) à 2 personnes : la directrice d’un centre de formation qui m’a encouragée et une professeure de français avec laquelle j’ai révisé tous les samedis matin durant plusieurs mois. »

Être accompagné par un professionnel fait gagner du temps et permet de sécuriser son projet. Il existe deux dispositifs spécifiques : le bilan de compétences, utile pour se poser les bonnes questions et se fixer des objectifs raisonnables, et le nouveau Conseil en évolution professionnelle (CEP). Il s’agit d’un entretien individuel gratuit, sur rendez-vous, proposé par des opérateurs agréés (Pôle emploi, APEC, Missions locales, OPACIF, Cap emploi pour les personnes handicapées...). « Il a pour but de faire le point sur votre situation et de vous informer sur les formations et financements auxquels vous pouvez prétendre. Il apporte les premières réponses », déclare Valérie Garau.

Risquer le conflit familial

Changer de métier signifie souvent, du moins au début, travailler plus pour gagner moins, et avoir moins de temps pour les autres. Par ailleurs, « une reconversion, surtout lorsqu’elle intervient autour de 40-50 ans, s’accompagne souvent d’interrogations plus profondes sur le sens de la vie, du travail... Cela peut bousculer beaucoup de choses sur le plan personnel, observe Yves Deloison. Dans un couple, la reconversion d’un conjoint fait parfois ressortir les attentes de l’autre. C’est potentiellement explosif. » D’où la nécessité d’impliquer ses proches bien en amont, en tenant compte des besoins de chacun, notamment si le changement de métier implique un déménagement. Une fois la reconversion achevée, un nouvel équilibre se dessine.

« Je ne gagne pas davantage mais j’ai plus de temps libre et suis épanouie dans mon travail. Je me sens utile », déclare Virginie Loriette. « On peut très bien se reconvertir et, à terme, gagner plus. Le tout est d’expliquer aux proches que les contraintes sont temporaires », précise Yves Deloison. Le temps consacré aux échanges avec les siens doit donc être renforcé durant cette période.

Négliger le besoin de réseau

Le salarié qui souhaite devenir travailleur indépendant ne perçoit pas toujours l’importance du réseau : être à son compte requiert une polyvalence. Certains secteurs comme les métiers des nouvelles technologies, de l’information et des arts sont particulièrement concernés : tout passe par le réseau ! Même chose lorsque l’on veut vendre un produit ou une prestation, a fortiori dans une région que l’on ne connaît pas. Vous aurez besoin de l’appui, mais aussi de l’expérience, des autres. Par où commencer ?

En se tournant vers « les fédérations, associations d’entrepreneurs locaux et professionnels du même secteur, mais aussi les autres acteurs du territoire », conseille Monique Sentey. La multiplication des espaces de travail partagés (coworking) est une piste intéressante pour étoffer son réseau au-delà de son secteur, et échanger entre indépendants confrontés aux mêmes problématiques. L’État a décidé d’aider au financement de plus de 300 tiers lieux supplémentaires dans les petites et moyennes villes et les quartiers prioritaires d’ici à fin 2021.

Les 5 métiers les plus menacés par la révolution numérique

En août dernier, l’étude « Impact de la révolution digitale sur l’emploi » de l’Institut Sapiens a fait grand bruit. Elle identifie les 5 métiers directement remis en question par la technologie dont les effectifs ont déjà le plus fortement diminué ces 30 dernières années :

  • manutentionnaire
  • secrétaire bureautique/de direction
  • employé de comptabilité
  • employé de banque/assurance
  • caissier/employé de libre-service
df
La Rédaction
Publié le

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