Reconversion professionnelle : trouver sa nouvelle voie

Reconversion professionnelle : trouver sa nouvelle voie
Que des pistes claires de reconversion aient déjà pris forme ou que vous n’en ayez aucune en tête, ce qui compte, c’est de préparer au mieux le changement de voie. - © bowie15

Tout reste possible lorsqu’on se fixe un objectif clair et réaliste. Marche à suivre pour élaborer un projet porteur sur le marché du travail et réussir sa reconversion.

Vous pouvez vous sentir lassé, aspirer à plus d’autonomie, avoir été remercié ou pensez l’être prochainement... Dans tous les cas, 
il vous faut un nouveau projet professionnel. Pour ceux qui ont franchi la cinquantaine, l’enjeu est majeur. Avec l’allongement des carrières, se profilent encore parfois plus de quinze ans d’activité avant d’atteindre l’âge de la retraite alors que, parallèlement, les conditions d’indemnisation du chômage se durcissent.

Que des pistes claires de reconversion aient déjà pris forme ou que vous n’en ayez aucune en tête, ce qui compte, c’est de préparer au mieux le changement de voie. « La reconversion est l’occasion de réactiver un vieux rêve enfoui, avance Sanaa Choubai, consultante en ressources humaines. Environ 20 % des personnes que j’accompagne sont dans ce cas. » La démarche consiste alors à vérifier que ce désir a toutes les chances d’aboutir. D’autres n’ont qu’une vague idée, voire aucune, en tête. Ils doivent trouver leur chemin parmi la multitude de pistes envisageables. « Changer de voie exige de toute façon temps et énergie ! » Et aussi méthode, rigueur et patience. « C’est pourquoi il vaut mieux commencer par construire son nouveau projet professionnel au plus vite, bien avant d’avoir quitté son emploi ou dès les premiers jours de chômage, afin d’éviter de se retrouver en fin de droits, le couteau sous la gorge », insiste-t-elle. À ce stade, ne vous bridez pas en imaginant que la formation sera nécessairement longue. « Des prestations de courte durée peuvent suffire », affirme Nicole Raoult, dirigeante de Maturescence.

Faire le point sur son parcours

« Pour structurer la démarche de reconversion, vous devez réaliser un bilan, détaille Sanaa Choubai. Première étape : être au clair sur ses goûts, ses centres d’intérêt et faire surgir les envies. En parallèle, on liste atouts, ressources, traits de personnalité. » 
Cet état des lieux s’établit à partir d’une analyse approfondie du parcours personnel et professionnel. Chaque point donne l’occasion d’élargir les perspectives. Telle piste paraît envisageable ou éveille l’intérêt, telle autre non. Mettez noir sur blanc ce qui ne vous convient plus dans votre situation actuelle. Repérez les raisons de votre insatisfaction. Interrogez-vous : pourquoi vouloir donner une nouvelle direction à votre carrière, d’où vient le malaise ? Où voulez-vous être demain ? De quelle manière voulez-vous exercer ?

Multipliez les réponses à chacune de ces questions en gardant toujours en tête que vous cherchez à caractériser votre projet de nouvelle vie professionnelle. Entamez cette phase de questionnement personnel bien avant de démarrer un accompagnement type bilan de compétences, pour en tirer le maximum de bénéfice. Le conseil en évolution professionnelle (CEP), un outil de reconversion professionnelle ouvert à tout actif – salarié du privé ou du public, demandeur d’emploi, indépendant – est dispensé gratuitement par les organismes paritaires agréés au titre du congé individuel de formation (opacif), Pôle emploi et l’APEC. Il vise à élaborer son projet avec un suivi personnalisé pour analyser sa situation, ses aptitudes et compétences.

« En vous interrogeant sur vos aspirations et vos valeurs, vous découvrez peu à peu les pistes envisageables, explique Schany Taix, délégué général de la Fédération nationale des centres interinstitutionnels de bilans de compétences (CIBC). Si vous ressentez par exemple une appétence pour les relations avec les autres et que vous voulez donner du sens à vos activités, les métiers du commerce ou de l’aide à la personne seront appropriés. »

Confronter son projet à la réalité

Lorsque les pistes émergent, il faut en vérifier la viabilité. Illustration : si un métier ne s’exerce que dans un environnement qui vous contraint au déménagement, êtes-vous prêt
 à bouger ? « Pour se faire embaucher, les concessions sont obligatoires, pointe Pierre Lamblin, directeur du département Études et Recherche de l’APEC. Elles peuvent être géographiques, mais aussi financières. En conséquence, quelles contraintes supporterez-vous ? » Sur apec.fr, les cadres disposent d’un simulateur de salaire pour évaluer la rémunération envisageable dans leur fonction cible.

« Si vous ne vivez pas seul, il faut aussi examiner le projet avec ses proches, car la décision aura forcément un impact sur leur quotidien », insiste Nicole Raoult.
 Que ce soit en cours de chemin vers la reconversion ou après. Vous ne serez peut-être plus aussi présent à la maison...


« Vous devez ensuite savoir s’il y a un écart entre vos acquis et ce qui est attendu dans le métier ciblé, et comment le combler, le cas échéant, explique Schany Taix. Parfois, il est possible de chercher directement un emploi. Sinon, vous devrez passer par l’obtention d’un permis, d’une certification ou par de la formation. » Dans ce dernier cas, quelles seront les modalités : coût, durée, lieu, avec quelles aides ?

Pour approfondir les spécificités du ou des métiers qui vous tentent, consultez le site onisep.fr. Rencontrez des professionnels en visitant salons et forums spécialisés, en vous rendant aux journées portes ouvertes d’entreprises, ou contactez les fédérations ou organismes de formation de la branche. Le site nouvelleviepro.fr donne des informations pour financer son projet.


Et si vous testiez la profession visée avant d’abandonner l’actuelle ? L’AFPA propose « Un jour, un métier », une prestation gratuite pour se mettre dans la peau d’un professionnel et rencontrer des experts. Enfin, la période de mise en situation en milieu professionnel (PMSMP) permet de découvrir un métier grandeur nature. Ouverte à tous sur prescription du conseiller Pôle emploi ou
 du Fonds de gestion des congés individuels de formation (Fongecif), cette prestation offre un cadre juridique qui couvre les risques d’accident du travail et de maladie professionnelle (travail-emploi.gouv.fr).

Contourner l’obstacle

Le chemin vers l’identification de sa nouvelle voie n’est pas toujours linéaire. Votre âge, parfois, peut se révéler rédhibitoire dans certains cas. Par exemple, impossible de s’engager dans l’armée de terre après 29 ans, ou difficile de devenir médecin après 50 ans, compte tenu de la très longue formation exigée... Si les contraintes financières ou familiales s’avèrent insurmontables, il faut alors réajuster le projet. « On peut entrevoir de nouvelles possibilités en consultant les “aires de mobilité” des fiches du répertoire opérationnel des métiers et des emplois (ROME) proposées par Pôle emploi », recommande Schany Taix. Rendez-vous sur le site pole-emploi.fr, tapez le métier ciblé, puis cliquez sur l’onglet « Mobilité professionnelle » pour identifier des métiers voisins. Sélectionnez celui qui vous intéresse, puis cliquez sur l’onglet « Compétences » pour vérifier celles dont vous disposez, qui pourront être reconnues par une certification et celles à acquérir avec une formation.

Des secteurs qui recrutent

« Des métiers sont en voie de disparition, souligne Schany Taix. 60 % de ceux que nous connaissons vont être remplacés par des machines et des algorithmes. Mais d’autres ne sont pas menacés : tout ce qui fait appel aux compétences émotionnelles, dans l’éducation notamment, va se développer. » Selon l’APEC, les plus de 50 ans sont proportionnellement plus nombreux à être recrutés dans les secteurs de la formation initiale ou continue, et de la santé et de l’action sociale. « J’ai suivi un chef d’équipe de l’usine Continental de Clairoix qui est devenu employé polyvalent des écoles », se souvient la coach Sanaa Choubai. 

Les métiers des services à la personne recrutent en masse : aide à domicile, agent d’entretien, assistant maternelle, aide-ménager, accompagnant éducatif et social. Environ 160 000 emplois de ce type seront créés dans les cinq prochaines années, selon la Dares. Tous statuts confondus, 
les professions de santé ont aussi le vent
en poupe : aide-soignant ou professions paramédicales, par exemple. Autres débouchés porteurs, les professions commerciales (vendeur, attaché commercial ou chef de rayon), les emplois de techniciens des services administratifs, comptables et financiers. On recherche aussi de la main-d’œuvre dans les domaines plus techniques. « Il y a de belles opportunités dans les métiers de la rénovation : chauffagiste, plombier, plaquiste dans le bâtiment, etc. », liste la coach.

Nicole Raoult, de Maturescence insiste : « Si des activités attirent plus que d’autres, dans l’économie sociale et solidaire ou la création de chambres d’hôte, certaines garantissent un meilleur accès à l’emploi, comme l’informatique et le numérique,
 les métiers de la maintenance, de la banque et de l’assurance. » Autre thème porteur pour les plus de 50 ans, la gestion du patrimoine. « Les seniors apparaissent plus sérieux aux yeux des clients », confirme-t-elle.

Chômage : moins de temps pour rebondir

Jusqu’au 1er octobre, les demandeurs d’emploi âgés de 50 ans ou plus à la date de la fin de leur contrat de travail ont droit à trois ans d’indemnisation chômage au maximum, au lieu de deux pour les plus jeunes. À cette date, entrera en vigueur la nouvelle convention approuvée par l’État. Il faudra attendre 55 ans pour être indemnisé trente-six mois au maximum ; les 53-55 ans auront droit à trente mois, avec la possibilité de gagner jusqu’à six mois de plus en cas de formation ; les 50-52 ans redescendront à deux ans.