Reconversion professionnelle : les erreurs à éviter

Reconversion professionnelle : les erreurs à éviter
Changer de voie demande une grande motivation. - © bowie15

Changer de métier au moins une fois dans sa vie ? Pourquoi pas ? Pour avoir toutes les chances de réussir, nos experts pointent les principaux écueils… et livrent des solutions.

Choisir un secteur saturé

Exercer un nouveau métier ? 85 % des Français pensent que c’est une bonne chose (OpenClassrooms/Odoxa, mai 2017). Coach, sophrologue, naturopathe, hypnothérapeute... Nombre de candidats à la reconversion sont attirés par les métiers du bien-être. Leurs points communs ? La liberté d’organisation et le sens que l’on trouve à aider l’autre. Mais ce type de projets « questionne sur ses motivations profondes », affirme Yves Deloison, fondateur du site Toutpourchanger.com et auteur de Réussir sa reconversion (Éditions Héliopoles, septembre 2018) : « Je me souviens d’une personne qui souhaitait devenir coach en reconversion faute de savoir elle-même ce qu’elle voulait faire ! »

L’inflation autour des médecines douces conduit par ailleurs à certaines dérives : « Des formations pour devenir sophrologue en 6 mois fleurissent actuellement, alors que celle qui est reconnue et inscrite au Répertoire national des certifications professionnelles (RNCP) dure 2 ans », regrette Sophie Min Sintive, ancienne chef de produit dans la grande distribution, installée comme sophrologue depuis 4 ans. Attention à ne pas se précipiter ! Les corrections du marché interviennent vite. « On a connu une vague de petits commerces de proximité en centre-ville, autour des métiers de bouche, mais beaucoup ont dû fermer », prévient Valérie Garau, directrice du cabinet Anthea RH. La solution consiste « à systématiquement partir des besoins du terrain », explique-t-elle.

Or, les besoins ne situent pas toujours dans le bien-être ou la pâtisserie. D’après Monique Sentey, déléguée générale de l’Union des auto-entrepreneurs (UAE), en attendant la démocratisation des voitures autonomes, il faut plutôt aller les chercher du côté de la mobilité en province : « Les personnes âgées sont encouragées à rester chez elles jusqu’à un âge avancé mais sont obligées de se déplacer. Les VTC ont une carte à jouer. Il existe aussi des demandes concernant l’acheminement des festivaliers en haute saison et tout au long de l’année car les centres-villes deviennent difficiles d’accès en voiture. » Enfin, à l’ère du numérique, bien des métiers restent encore à inventer. Selon un rapport de Dell Technologies et de l’Institut du Futur paru en 2017, 85 % des emplois de 2030 n’existent pas encore.

Bâcler l’enquête métier

Étape indispensable, l’enquête métier a pour objectif de vérifier l’adéquation entre un projet, un marché, sa propre situation familiale et financière, ses compétences et ses aspirations personnelles. Sans oublier ses capacités physiques : croire que l’on peut tout faire à tout âge est un leurre. Ouvrir une chambre d’hôte, c’est aussi faire le ménage, se réveiller avec des inconnus dans sa maison, afficher un sourire commercial en toutes circonstances, faire face aux annulations. Devenir fleuriste ? Se lever aux aurores pour aller s’approvisionner, être debout toute la journée... Ouvrir un cabinet consacré au bien-être ? Réaliser sa propre comptabilité, développer sa clientèle, subir des désistements de dernière minute...

« C’est très fréquent dans tous les métiers à composante psychologique, témoigne Sophie Min Sintive. Le patient veut s’occuper de lui, prend rendez-vous sur internet, et finalement, ne vient pas, et n’a pas prévenu de son annulation. » Avec des conséquences financières non négligeables si, comme de nombreux débutants qui ne disposent pas encore de cabinet, vous louez un local à l’heure pour recevoir vos patients. En vous mettant face aux réalités du terrain, l’enquête métier permet d’être mieux préparé aux aléas.

Se lancer sans consulter personne

Derrière toute reconversion réussie, il y a des rencontres. Quand on veut changer de métier, il faut en parler autour de soi et rencontrer des professionnels. Virginie Loriette, professeur de français à Marseille, a déjà connu 2 reconversions. Après avoir travaillé dans la communication, elle devient déléguée médicale près de Toulon. Suite à une suppression de poste, elle décide de se tourner vers l’enseignement. « Je dois ma réussite au concours de l’enseignement privé (CAFEP) à 2 personnes : la directrice d’un centre de formation qui m’a encouragée et une professeure de français avec laquelle j’ai révisé tous les samedis matin durant plusieurs mois. »

Être accompagné par un professionnel fait gagner du temps et permet de sécuriser son projet. Il existe deux dispositifs spécifiques : le bilan de compétences, utile pour se poser les bonnes questions et se fixer des objectifs raisonnables, et le nouveau Conseil en évolution professionnelle (CEP). Il s’agit d’un entretien individuel gratuit, sur rendez-vous, proposé par des opérateurs agréés (Pôle emploi, APEC, Missions locales, OPACIF, Cap emploi pour les personnes handicapées...). « Il a pour but de faire le point sur votre situation et de vous informer sur les formations et financements auxquels vous pouvez prétendre. Il apporte les premières réponses », déclare Valérie Garau.

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Risquer le conflit familial

Changer de métier signifie souvent, du moins au début, travailler plus pour gagner moins, et avoir moins de temps pour les autres. Par ailleurs, « une reconversion, surtout lorsqu’elle intervient autour de 40-50 ans, s’accompagne souvent d’interrogations plus profondes sur le sens de la vie, du travail... Cela peut bousculer beaucoup de choses sur le plan personnel, observe Yves Deloison. Dans un couple, la reconversion d’un conjoint fait parfois ressortir les attentes de l’autre. C’est potentiellement explosif. » D’où la nécessité d’impliquer ses proches bien en amont, en tenant compte des besoins de chacun, notamment si le changement de métier implique un déménagement. Une fois la reconversion achevée, un nouvel équilibre se dessine.

« Je ne gagne pas davantage mais j’ai plus de temps libre et suis épanouie dans mon travail. Je me sens utile », déclare Virginie Loriette. « On peut très bien se reconvertir et, à terme, gagner plus. Le tout est d’expliquer aux proches que les contraintes sont temporaires », précise Yves Deloison. Le temps consacré aux échanges avec les siens doit donc être renforcé durant cette période.

Négliger le besoin de réseau

Le salarié qui souhaite devenir travailleur indépendant ne perçoit pas toujours l’importance du réseau : être à son compte requiert une polyvalence. Certains secteurs comme les métiers des nouvelles technologies, de l’information et des arts sont particulièrement concernés : tout passe par le réseau ! Même chose lorsque l’on veut vendre un produit ou une prestation, a fortiori dans une région que l’on ne connaît pas. Vous aurez besoin de l’appui, mais aussi de l’expérience, des autres. Par où commencer ? En se tournant vers « les fédérations, associations d’entrepreneurs locaux et professionnels du même secteur, mais aussi les autres acteurs du territoire », conseille Monique Sentey. La multiplication des espaces de travail partagés (coworking) est une piste intéressante pour étoffer son réseau au-delà de son secteur, et échanger entre indépendants confrontés aux mêmes problématiques. L’État a décidé d’aider au financement de plus de 300 tiers lieux supplémentaires dans les petites et moyennes villes et les quartiers prioritaires d’ici à fin 2021.

Les 5 métiers les plus menacés par la révolution numérique

En août dernier, l’étude « Impact de la révolution digitale sur l’emploi » de l’Institut Sapiens a fait grand bruit. Elle identifie les 5 métiers directement remis en question par la technologie dont les effectifs ont déjà le plus fortement diminué ces 30 dernières années :

  • manutentionnaire
  • secrétaire bureautique/de direction
  • employé de comptabilité
  • employé de banque/assurance
  • caissier/employé de libre-service