Comment bien choisir son organisme de formation ?

Deux écueils guettent ceux qui s’apprêtent à changer de métier : la déception face à une formation inadaptée à leurs besoins ou, pire, l’arnaque. Les clés pour y échapper.
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La possibilité d’obtenir un diplôme d’État à l’issue du cursus est un gage de sérieux.
© Gerhard Seybert

Se faire accompagner

Une reconversion ne s’entreprend pas à la légère. Il faut prendre le temps d’évaluer si ses envies sont réalisables et sélectionner sa formation. Lorsque le projet n’est pas encore défini, l’accompagnement peut avoir lieu au cours d’un bilan de compétences, pris en charge par le compte personnel de formation (CPF) ou par Pôle emploi.

« Des séances de deux heures (24 heures maximum) sont proposées pour aider à élaborer un plan d’action précis », indique Zohra Amara, responsable du centre interinstitutionnel de bilans de compétences (CIBC) de Meurthe-et-Moselle de la chambre de commerce et d’industrie de Nancy.

Autre possibilité, bénéficier d’un conseil en évolution professionnelle (CEP), dispositif créé par la loi sur la formation professionnelle de 2014. Ces séances individuelles gratuites sont proposées par des opérateurs agréés (Pôle emploi, APEC, missions locales, Opacif, Cap emploi...).

« Nous accompagnons la personne dans sa réflexion et ses choix, sans prendre de décision à sa place. Nous l’informons et l’alertons si elle se lance dans une voie à risque où les débouchés sont faibles ou si nous sentons qu’elle doute du sérieux d’une formation », explique Nathalie Hugot-Piron, consultante développement professionnel à l’APEC.

Repérer les mauvais signes

Les arnaques existent dans tous les secteurs. Avec plus de 90 000 organismes de formation professionnelle en France, leur contrôle s’avère complexe ! « Il faut être vigilant concernant les formations à distance, met en garde Nathalie Hugot-Piron, car comme elles n’ont pas de locaux et peu d’enseignants, on les produit à moindre coût. »

Sophie Rolland, chef du service régional de contrôle de la formation professionnelle à la Direccte Bretagne, tempère : « Il n’y a pas plus à craindre d’une formation à distance que d’une en présentiel. Reste que quand on n’a pas de contact direct avec les responsables, on prend plus de risques en cas de contestation. Les domaines de la santé et du développement personnel sont le plus sujets à des fraudes, ils attirent des personnes en reconversion professionnelle et jouent sur leur crédulité. »

Dans tous les cas, ne supposez pas qu’un prix et une ambition de contenu élevés se traduisent automatiquement par un nombre important de jours de formation. Vérifiez-le ! Attention aussi si l’offre paraît vraiment bon marché par rapport à la concurrence dans un même secteur ou si le total des frais semble peu clair. Dans ces cas-là, méfiance. Enfin, si l’organisme vous met la pression pour signer rapidement un contrat, fuyez !

Chercher les gages de sérieux

La possibilité d’obtenir un diplôme d’État à l’issue du cursus en est indéniablement un. À défaut, d’autres réseaux ou dispositifs attestent la fiabilité des établissements de formation. Par exemple, dans le domaine scientifique, mieux vaut s’orienter vers un cursus reconnu par la Commission des titres d’ingénieur (CTI) pour qu’il ait du poids sur le marché du travail, ou vers une formation d’ostéopathie dispensée par une école agréée par le ministère de la Santé. Dans l’ensemble, la reconnaissance des syndicats et des associations de professionnels ou des chambres de commerce et d’industrie constitue un bon aiguillage. À condition de les appeler pour vérifier que l’organisme de formation n’a pas purement et simplement usurpé leur label.

Faire un tour sur le site Rncp.cncp.gouv.fr est également conseillé. Car, depuis la loi pour la liberté de choisir son avenir professionnel de 2018, les formations éligibles au CPF doivent figurer au référentiel national des certifications professionnelles (RNCP) ou dans son répertoire spécifique (une annexe). « Le RNCP garantit que la formation a été homologuée par l’État, qu’elle répond à un référentiel emploi-compétences », précise Carole Kahloun, directrice conseil en formation de la région Hauts-de-France à l’AFPA. Y voir figurer la formation que l’on envisage, même si l’on ne passe pas par le CPF pour la financer, est donc bon signe... en attendant que le milieu soit davantage assaini.

« La loi de 2018 prévoit un contrôle systématique de la qualité des organismes de formation. À partir de 2021, tous ceux qui travaillent avec des fonds publics ou des fonds mutualisés devront être certifiés en se soumettant à un audit effectué par un organisme certificateur reconnu par le Cofrac (Comité français d’accréditation) », explique Sophie Rolland.

Mener sa propre enquête

Dans tous les cas, pas de précipitation. Hors de question de signer un contrat sur le stand d’un salon où un commercial vous aura vendu du rêve. Prenez le temps de la réflexion.

« J’encourage à se rendre aux portes ouvertes de l’école ou de l’organisme de formation, mais aussi à rencontrer en rendez-vous individuel les responsables et à leur poser des questions précises sur les prestations techniques », conseille Nathalie Hugot-Piron. Quelle est la proportion d’intervenants issus du monde professionnel ? Quel est le matériel fourni ? « Un BTS informatique où les ordinateurs sont assez anciens n’inspire pas confiance », illustre Sophie Rolland.

Pour Carole Kahloun, « les deux informations clés à trouver sont le taux de certification (ou taux de réussite à la formation) et le taux d’insertion sur le marché du travail de l’année précédente ». Si le premier est faible, cela peut signifier que nombre d’inscrits ont abandonné en cours de route, déçus ou mal accompagnés. « Un autre élément doit mettre la puce à l’oreille : si l’organisme ne prend pas le temps d’évaluer vos besoins, il faut s’en méfier », reprend la spécialiste.

Enfin, l’enquête se poursuit sur les réseaux sociaux – LinkedIn en tête – en interrogeant des personnes qui ont suivi la formation visée.

Vous avez encore un doute ? Lisez attentivement le contrat. « Sa validité pourra être annulée s’il ne présente pas ces deux clauses : la possibilité de se rétracter dans un délai de dix jours et le paiement échelonné », rappelle Sophie Rolland.

Comparer les formations

La base de données en ligne Carif-Oref (portail interrégional formation et emploi) aide à juxtaposer plus de 500 000 formations. Bien choisir, c’est aussi trouver une formation qui vous correspond. Le format (plusieurs semaines de suite à plein temps, en alternance avec votre emploi, en cours du soir, etc.) est un critère important à prendre en compte.

Si vous n’avez pas l’habitude de travailler de façon autonome, une formation par correspondance risque de se révéler inefficace. « L’apprentissage se fait plus facilement en présence du formateur, sauf quand il s’agit d’acquérir un complément de connaissances dont les bases sont déjà acquises », estime Nathalie Hugot-Piron.

Une formation peut être sérieuse mais ne pas correspondre à vos attentes quant au temps consacré à la pratique ou aux débouchés. « Il y a par exemple beaucoup de publicités pour le CAP petite enfance, mais ce secteur professionnel est saturé. Il faut se renseigner sur le marché de l’emploi, notamment en s’appuyant sur les enquêtes Besoins en main-d’œuvre (BMO) publiées chaque année par Pôle emploi », avertit Zohra Amara. Le 21 novembre, une application mobile sera disponible pour que le demandeur puisse comparer les offres de formation, s’inscrire en ligne et même évaluer sa formation de manière publique. « Un “Tripadvisor” de la formation professionnelle », commente Zohra Amara.

df
Delphine Dauvergne
Publié le