16-25 ans : se lancer dans la vie active

Les jeunes étant victimes de la crise économique consécutive à l’épidémie du Covid-19, le gouvernement prévoit de renforcer le service civique et la Garantie jeunes. Mode d’emploi de ces deux dispositifs nationaux.

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9mn de lecture
Des jeunes hommes en formation sur une machine industrielle
© Istock / industryview

Le service civique : des missions utiles pour tous les profils

Créé il y a dix ans, le service civique est une période d’engagement citoyen au service de missions d’intérêt général. Les jeunes s’engagent dans des associations (62 % des cas), au sein de services de l’État ou dans des collectivités territoriales.

440 000 jeunes ont réalisé un service civique

C'est le chiffre officiel au 31 décembre 2019, (source : Agence du service civique).

Pour qui ?

Les 16-25 ans. La limite d’âge est portée à 30 ans pour les personnes handicapées. Aucune condition de diplôme n’est requise. En 2018, 25 % des jeunes en service civique avaient un CAP ou étaient des décrocheurs, 43 % avaient le bac (ou équivalent), 32 % détenaient un diplôme égal ou supérieur à bac + 2.

Quelle durée ?

Entre 6 à 12 mois. La durée de travail varie de 24 heures à 35 heures par semaine (exceptionnel­lement jusqu’à 48 heures).

Quelle rémunération ?

Vous percevez une indemnité mensuelle de 473,04 euros nets, quelle que soit la durée hebdomadaire du contrat. L’organisme qui vous accueille vous doit en plus une prestation d’un montant de 107,58 euros au titre du transport, de l’hébergement ou des repas sous forme d’argent ou en nature (tickets-restaurant, accès à la cantine, etc.). En cas de faibles ressources (membre d’un foyer bénéficiaire du RSA, étudiant boursier 5e, 6e et 7e échelons), vous pouvez percevoir en plus une bourse de 107,68 euros.

Quels sont les secteurs concernés ?

Vous pouvez exercer une mission dans neuf grands domaines : solidarité, environnement, culture et loisirs, mémoire et citoyenneté, éducation pour tous, santé, sport, développement international et action humanitaire. Les secteurs qui offrent le plus de missions sont l’éducation pour tous, la solidarité, le sport. L’environnement est en fort développement.

Quel accompagnement pour le jeune ?

« L’organisme d’accueil désigne un tuteur qui accompagne le jeune volontaire tout au long de sa mission. Son rôle est de lui donner les toutes clés de sa mission et d’être son interlocuteur permanent. Leurs échanges doivent notamment permettre au jeune de tirer tout le profit de son expérience pour préparer son avenir », explique David Knecht, directeur général de l’Agence du service civique.

Quels bénéfices pour le jeune ?

Outre un « moyen de se sentir utile », cette période est, pour les jeunes interrogés (1), un « moyen d’acquérir une expérience professionnelle ». 93 % déclarent avoir amélioré leurs compétences et 63 % leur employabilité. « Le service civique n’est pas une politique d’insertion dans l’emploi. Cependant, les jeunes y acquièrent des qualités de savoir-être et de savoir-faire très importantes dans le monde professionnel », confirme David Knecht.

Quel bilan après le service civique ?

Un bilan nominatif est systématiquement établi à la fin de la mission. Le jeune formalise avec son tuteur les compétences acquises. Il peut s’en servir ensuite pour étayer ses entretiens de recrutement afin d’accéder à une formation ou à un emploi. Une mission n’est jamais renouvelable. C’est en tout cas une excellente carte de visite : selon un sondage Ifop de 2019, 99 % des DRH ont une très bonne image du service civique. De grandes entreprises (La Poste, Groupe Casino, Microsoft, Deloitte, Macif…) se sont d’ailleurs engagées à promouvoir et à valoriser cet engagement en interne.

Comment postuler pour une mission  de service civique ?

Toutes les offres de service civique sont accessibles sur le site Service-civique.gouv.fr. Vous pouvez candidater en ligne.

"J’ai trouvé ma voie grâce au service civique"

Lavan, étudiant de 26 ans en alternance en marketing digital à Paris.

"Après mon bac, j’ai préparé un diplôme d’informatique en fac mais j’ai décroché au bout de 3 ans. Je ne me voyais pas programmeur. Et puis il y a eu l’effet déclencheur des attentats de 2015, avec tous les débats autour du vivre ensemble. Après 6 mois passés sur mon canapé et mon ordinateur, je me suis dit : je veux aider. J’ai posé ma candidature pour un service civique de 8 mois dans deux centres sociaux des 18e et 19e arrondissements de Paris, gérés par la Caisse d’allocations familiales. La CAF lançait la prime d’activité. J’aidais les gens à faire les démarches en ligne pour l’obtenir. J’avais aussi une mission de sensibilisation des jeunes aux dangers du numérique. L’équipe était formidable, j’ai adoré ma mission. C’est là que j’ai pris conscience qu’on pouvait travailler avec plaisir, c’était aussi la première fois que je me sentais utile. J’ai décidé de devenir médiateur informatique. Grâce au service civique, j’ai intégré l’Institut de l’engagement qui m’a accompagné dans ce projet. Aujourd’hui, je suis en contrat de professionnalisation : je prépare un diplôme bac + 5 d’expert en marketing digital en faisant mon alternance à l’Institut Simplon où je travaille sur l’accompagnement au numérique des structures de l’économie sociale et solidaire".

La Garantie jeunes : un accompagnement en plus de l’allocation

Ce dispositif permet d’accompagner des jeunes vers l’insertion professionnelle. En pratique, le jeune intègre un Parcours contractualisé d’accompagnement vers l’emploi et l’autonomie (Pacea). « La Garantie jeunes est la phase la plus intensive de ce parcours, assortie d’une aide financière et d’une obligation d’assiduité. Les jeunes signent un contrat où ils s’engagent à une recherche active », explique Julie Gloria, coordinatrice Garantie jeunes à la Mission locale de Nantes métropole. Ce parcours comporte des mises en situation professionnelle, un accompagnement social et professionnel, de la formation.

372 201 jeunes ont bénéficié de la Garantie jeunes au 31 décembre 2019.

Chiffre communiqué par le ministère du Travail.

Pour qui ?

Les 16-25 ans qui ne sont ni en formation ni en emploi et qui ne bénéficient d’aucune ressource financière de la part de leurs parents (qu’ils habitent chez eux ou pas). Près de la moitié des jeunes bénéficiaires n’ont aucun diplôme, 20 % ont un CAP-BEP, 21 % un bac, selon une étude du ministère du Travail (2).  

Quelle durée ?

Un an, prolongeable de 6 mois au maximum.

Quelle rémunération ? 

Vous touchez une allocation de 497 € par mois au maximum. Elle est cumulable avec des revenus d’activité (indemnités de stage, allocations chômage, etc.) si ceux-ci ne dépassent pas 300 €. En cas de dépassement, l’allocation est dégressive. Elle est supprimée lorsque le total de vos ressources atteint 1 231,53 €. En cas d’absences répétées et injustifiées, il est mis fin au versement.

Quel accompagnement pour le jeune ?

Le parcours commence par une phase collective de 4 à 6 semaines généralement très appréciée par les jeunes. « Il se crée une dynamique de groupe et une solidarité entre eux. Celui qui sait faire un CV aide celui qui ne sait pas, ils s’échangent des informations. Cette phase nous permet aussi d’observer leurs compétences pour les positionner ensuite sur des offres d’emploi », indique Julie Gloria. Suit un accompagnement individuel avec chaque mois quelques jours de regroupement. Chaque jeune se voit attribuer un ou deux conseillers qu’il peut solliciter sans rendez-vous. La mise en situation professionnelle rapide est le principe clé du dispositif. S’il est peu expérimenté, le jeune est encouragé à multiplier les expériences (stages, missions d’intérim…) pour construire son projet. S’il a déjà collectionné les petits boulots mais cherche dans un domaine précis, il se concentrera sur cet objectif.

Quels bénéfices pour le jeune ?

L’efficacité de la Garantie jeunes a été validée par un comité scientifique. Ce parcours intensif facilite l’accès à l’emploi, en particulier à l’emploi durable, selon l’étude du ministère du Travail. Ainsi, 41 % des bénéficiaires sont en emploi 19 mois après l’entrée dans le dispositif. C’est 9,9 points de mieux que chez les non-bénéficiaires.

Comment postuler à la Garantie jeunes ?

Adressez-vous à la Mission locale de votre lieu de résidence (annuaire sur Unml.info). Si vous remplissez les critères objectifs (âge, ressources), on ne peut pas vous refuser l’accès à ce dispositif qui est de droit public.

"Je suis sortie de l’impasse des petits boulots"

Aïda, 23 ans, assistante administrative à la Mission locale de Nantes après un parcours en Garantie jeunes et raconte son expérience.

"J’ai enchaîné pendant quatre ans des petits boulots sans rapport avec ma formation : un bac pro de gestion administrative. Je cherchais en même temps un emploi stable dans mon domaine. J’ai passé énormément d’entretiens sans jamais être embauchée. Je commençais à désespérer quand une amie m’a parlé de la Garantie jeunes. Grâce à l’allocation mensuelle, c’était l’occasion ou jamais de me consacrer uniquement à mon projet professionnel. J’ai repris confiance en moi en participant aux ateliers collectifs, en apprenant à me mettre en avant lors des entretiens (mon point faible) et j’ai trouvé un emploi au bout de 6 mois… au sein de la Mission locale ! C’est un contrat aidé d’un an. J’interviens en appui de l’assistante administrative Garantie jeunes. C’était exactement ce que je voulais faire : je me suis découvert des qualités d’organisation, je suis à l’aise sur les logiciels, j’ai progressé en rédaction. Je m’épanouis totalement ! Grâce à cette expérience, j’ai bon espoir de retrouver un emploi dans le même domaine à la fin de mon contrat".

L’avis d’expert : Jérôme Gautié, professeur d’économie à Paris-1 Panthéon-Sorbonne, président du comité scientifique d’évaluation de la Garantie jeunes

"Pour insérer les jeunes, il faut du temps et des moyens"

Parmi les différents dispositifs d’aide à l’insertion professionnelle des jeunes, la Garantie jeunes se distingue par plusieurs points forts : une allocation intégrée au dispositif qui permet à des jeunes, souvent en grande précarité financière, de se consacrer à la recherche d’un emploi ; l’effet « promo » de l’accompagnement collectif qui crée un sentiment de cohésion ; des conseillers qui n’accompagnent pas seulement les jeunes mais aussi les employeurs en les aidant à détecter des besoins et à formuler des offres d’emploi. C’est un dispositif exigeant et sa réussite dépend de la façon dont il est construit sur le terrain par la Mission locale avec d’autres acteurs locaux. Toute la question est de s’assurer que les ressources sont là. La médiation active exercée par les conseillers, en particulier, demande du temps et des moyens.

df
Violette Queuniet
Publié le

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