Trouver des financements pour créer son entreprise

Trouver des financements pour créer son entreprise
Prévoyez des besoins en trésorerie de trois à six mois pour assurer vos premières charges. - © nd3000

Avant de rapporter de l’argent, une entreprise, à ses débuts, en coûte. Monter un plan de financement initial évite les erreurs. Cette étape est indispensable pour démarcher les financeurs et trouver des solutions.

Local et matériel, les premières dépenses

« Impossible de vous lancer avec moins de
 15 000 euros si vous avez besoin d’un local commercial », estime Marie Faguet, directrice du réseau associatif d’aide à la création d’entreprise BGE Côte d’Azur. Première possibilité, s’implanter à la place d’une entreprise qui a la même activité que celle 
que vous visez. En rachetant son
 fonds de commerce, vous 
acquerrez tout à la fois son bail, 
son matériel et sa clientèle. Cela
 fait particulièrement monter 
l’addition : en 2015, il fallait
 compter 180 000 euros en
 moyenne en France, mais 
240 000 euros en Île-de-France
 selon le baromètre Bodacc.

« Les 
frais de rédaction de l’acte de
 cession du fonds de commerce et
 ses frais d’enregistrement sont également à la charge de l’acquéreur », précise Élise Boureille, expert-comptable associée du cabinet Strego à Vannes.

La seconde option consiste à choisir l’emplacement qui vous convient, sans prendre en compte son activité présente. Vous devrez régler un droit au bail ou un pas-de-porte, puis faire modifier la destination du bail. En fonction de la commercialité du lieu, le budget peut s’élever de quelques milliers à plusieurs centaines de milliers d’euros. S’y ajouteront d’éventuels frais d’agence, le versement d’une garantie (en général, de trois à six mois de loyers), plus les coûts de l’aménagement et de mise en conformité du local.


« Ensuite, tout créateur doit dresser une liste à la Prévert détaillant l’intégralité du matériel nécessaire pour travailler », précise Marie Faguet.

« Il ne faut pas non plus négliger les coûts de la création d’entreprise ni les dépenses pour la publicité, comme l’impression de prospectus, la création d’un site internet », complète Élise Boureille.

Les formalités obligatoires (immatriculation, annonce légale, etc.) pèsent dans les budgets, et la facture peut monter jusqu’à 3 000 euros pour une société qui fait appel à un avocat pour la rédaction de ses statuts.

Sécuriser le démarrage

Sauf à racheter une activité existante ou un fonds de commerce, il y a peu de chance que votre entreprise dégage immédiatement
 un chiffre d’affaires. D’où la nécessité de vous lancer avec une trésorerie de départ, afin de faire face aux frais de fonctionnement tels que le loyer, l’électricité, le téléphone, 
les licences mensuelles de logiciels, les assurances, les salaires, etc.

« Généralement, on prévoit des besoins en trésorerie de trois à six mois pour assurer les premières charges », indique Marie Faguet.


Autres éléments à évaluer pour éviter un crash précipité, vos besoins en fonds de roulement (BFR). Un matelas de liquidités permanentes permettra de financer le décalage entre vos dépenses et vos rentrées d’argent.

Évaluez-le avec cette formule : [(encours moyen des créances clients TTC + stocks moyens) – dettes fournisseurs TTC].

Enfin, n’oubliez pas de prendre en compte vos taxes, charges sociales et impôts prévisionnels. Vous pouvez cependant bénéficier d’une exonération de certaines cotisations sociales si vous êtes au chômage en demandant l’accre (aide aux chômeurs créateurs ou repreneurs d’entreprise) et de certains impôts et taxes si vous investissez dans des zones aidées (zones de revitalisation rurale, quartiers prioritaires de la politique de la ville et autres).

Estimer son apport personnel


« Les banques ne financeront ni votre trésorerie ni vos frais d’établissement », avertit Marie Faguet.

« Elles n’aiment pas non plus financer les stocks », complète Élise Boureille. Autant de dépenses qu’il vous faudra soutenir par un apport personnel.

C’est le moment
 de faire le tour de vos économies : l’argent placé sur les comptes bancaires ou les livrets réglementés (livrets A et DDS) est disponible sans fiscalité, contrairement à l’épargne placée sur d’autres supports financiers (assurance-vie, PEA, etc.). En revanche, la création ou la reprise d’entreprise constitue un critère de déblocage anticipé de votre plan épargne d’entreprise (PEE) en exonération d’impôt sur le revenu. Les plus-values réalisées seront amputées de 17,2 % de cotisations sociales.

Si vous êtes au chômage, Pôle emploi peut vous verser 45 % de vos droits restants sous forme de capital avec l’ARCE (aide à la reprise ou à la création d’entreprise).

En dernier recours, reste ce que les startuppers appellent le « love money », c’est-à-dire les dons ou les prêts des proches.

Booster ses fonds propres

Votre apport personnel est insuffisant ? Complétez-le avec des « quasi-fonds propres », vous serez plus crédible en allant voir la banque. Premiers leviers, les prêts d’honneur, à taux zéro et sans garantie, peuvent être sollicités auprès d’Initiative France (9 200 euros en moyenne) et du Réseau Entreprendre (30 000 euros en moyenne).

Vous pouvez aussi requérir des subventions départementales ou régionales.

« Elles nécessitent de monter un dossier et doivent être demandées au bon moment, car ce sont des enveloppes qui peuvent s’épuiser en cours d’année », explique Nathalie Carré de la chambre de commerce et d’industrie France.

Les levées de fonds auprès d’investisseurs qui prendront part au capital de la société (business angels, fonds de capital-risque...) sont réservées aux projets innovants à fort potentiel de croissance. Elles vont de pair avec un certain dessaisissement du projet.

Le financement participatif par des particuliers peut être envisagé plus largement. « Il permet de récupérer des fonds propres tout en travaillant à son étude de marché en temps réel et en mobilisant sa communauté », indique Marie Faguet.

Pour ce
 « crowdfunding » (dons avec ou sans contrepartie), le montant moyen obtenu par projet était de 4 300 euros en 2017, selon Financement Participatif France. Les particuliers peuvent être sollicités pour des prêts avec intérêts sur les plateformes de « crowdlending » (100 000 euros par projet
 en moyenne, sans céder des parts de l’entreprise) ou des investissements au capital, avec le « crowdequity » (389 350 euros par projet en moyenne).

Démarcher les banques

Le prêt bancaire est mobilisable pour financer tous les investissements « valorisables », c’est-à-dire ceux sur lesquels les banques pourront se rembourser en cas de faillite :

  • matériel,
  • fonds de commerce,
  • droit au bail,
  • machines-outils, etc.

« Elles demandent jusqu’à 50 % d’apport pour un investissement qu’elles jugent risqué, mais beaucoup moins si le porteur de projet a un profil rassurant, par exemple s’il a de l’expérience dans le domaine d’activité, une personnalité en cohérence avec le projet, et qu’il est accompagné », explique Élise Boureille.

Vous devrez aussi justifier d’une caution personnelle, qui pourra cependant être minimisée en recourant aux garanties d’organismes comme BPI France, France Active, la Siagi... Sans apport personnel, vous pouvez demander un crédit-bail, produit bancaire permettant une location de matériel ou d’un véhicule avec option d’achat.

L’accompagnement à la création, combien ça coûte ?

Comptez environ 70 euros l’heure et de 500 à 1 500 euros pour une prestation complète. Un investissement rentable, au vu du taux de survie à trois ans des entreprises accompagnées, qui est de 72 %, contre 64 % pour celles qui ne sont pas accompagnées, selon une étude de l’Agence France Entrepreneur. Sans compter que cette dépense peut être contournée en sollicitant l’accompagnement gratuit de certaines associations ou en obtenant un financement « formation » auprès de Pôle emploi, ou encore en utilisant son compte personnel de formation (CPF).

Et aussi sur Dossier familial