Partir travailler à l’étranger

Partir travailler à l’étranger
Au 31 décembre 2012, 1 611 054 Français étaient inscrits au registre des Français établis hors de France. - © Visivasnc

Un projet enthousiasmant pour un triple défi : professionnel, financier et personnel. Mais une expatriation réussie se prépare bien avant le départ. Les étapes incontournables à suivre.

Vérifier son contrat de travail

57 % des expatriés français en activité professionnelle déclarent un revenu annuel net supérieur à 30 000 €, voire plus de 60 000 € pour 28 % d’entre eux, selon une enquête du ministère des Affaires étrangères réalisée en 2013. Des chiffres qui cachent de profondes disparités selon le type de contrat de travail, plus ou moins avantageux, signé au départ : détachement, expatriation ou local.

  1. Le détachement. Le salarié reçoit une affectation temporaire de six mois à trois ans à l’étranger. Cette formule offre une sécurité maximale puisque le contrat initial n’est pas rompu, et tous les droits sont conservés (retraite, protection sociale, réintégration du poste au retour, etc.). Onéreux pour l’entreprise, il est rarement proposé, sauf pour quelques missions à haute responsabilité.
  2. Le contrat d’expatriation. Signer ce type de contrat entraîne la suspension du CDI initial : le salarié est recruté pour une durée plus ou moins longue par la filiale à l’étranger. Son salaire est composé du salaire français de base auquel s’ajoutent, selon les cas, des avantages, comme la prise en charge du logement, la complémentaire santé, la scolarité des enfants et, surtout, une prime d’expatriation pouvant représenter entre 30 % et 40 % du salaire annuel. Le montant de cette prime est calculé en fonction du niveau de vie et des conditions de sécurité du pays d’accueil.
  3. Le contrat local. Moins coûteux pour l’employeur, et moins avantageux pour l’expatrié soumis au droit du pays dans lequel il part s’installer, ce contrat est le plus répandu. Il n’offre aucune garantie de réemploi au retour. Afin de le rendre plus attractif, les entreprises proposent du « local + », soit un contrat local enrichi d’avantages financiers (primes, véhicule, etc.) pour une durée de douze à dix-huit mois, le temps de l’installation.

Calculer le coût de sa protection sociale

Si 87 % des expatriés disposent d’une protection sociale, il s’agit essentiellement d’au moins une couverture santé ; seulement 42 % ont souscrit un contrat de prévoyance, 38 %, une complémentaire retraite, et 31 %, une assurance rapatriement, selon le baromètre Humanis-Lepetitjournal, publié en janvier 2015. Mais conserver un système de protection sociale « à la française » à l’étranger a un coût que beaucoup ignorent.

« Les expatriés français pensent rarement à s’assurer eux-mêmes, car, en France, tout est automatique. Or, en quittant le territoire, on perd ses droits : la notion de Sécurité sociale en France relève d’une question de résidence, pas de nationalité », constate Sophie Matias, responsable du développement à la Caisse des Français de l’étranger (CFE). Quelques États ont signé des conventions bilatérales avec la France (liste disponible sur cleiss.fr), mais, pour les autres, il est obligatoire de cotiser au régime de santé local, généralement moins protecteur.

En France, la CFE permet à ses adhérents de prolonger leurs droits à la Sécurité sociale, une fois partis, et de voir leurs soins remboursés dans la limite des plafonds français. En outre, être adhérent à la CFE permet d’éviter le délai de carence de trois mois qui s’applique à ceux de retour en France et qui doivent réactiver leurs droits auprès de la Sécurité sociale. Le montant de l’adhésion trimestrielle à la CFE va de 243 € à 609 € selon les ressources, l’âge et le statut. Attention : mieux vaut adhérer avant de partir, car, ensuite, un délai de carence peut s’appliquer.

Anticiper en matière de santé, de prévoyance et de retraite

La CFE ne couvre pas l’ensemble des frais occasionnés par des soins à l’étranger, qui peuvent être très élevés : un accouchement à Singapour coûte environ 13 000 € ! La souscription à une complémentaire santé, en plus de la CFE, permet un remboursement complet. Avec une mutuelle, par exemple, des frais d’orthodontie qui reviennent environ à 1 900 € au Royaume-Uni, remboursés 420 € par la CFE sur la base de la Sécurité sociale, pourront être intégralement pris en charge.

Autre souscription intéressante à faire : le contrat prévoyance, qui vous couvre en cas d’accidents de la vie (arrêt de travail, invalidité, décès, etc.). Dernier point, pas toujours pris en considération : la couverture retraite. Partir cinq ans à l’étranger revient en effet à perdre 25 % de sa future retraite. Là encore, il existe des contrats permettant de cotiser pour une retraite complémentaire.

Où payer ses impôts ?

La fiscalité s’applique selon le principe de la résidence fiscale. Vous êtes résident fiscal français si vous demeurez plus de cent quatre-vingt-trois jours par an en France et si votre foyer (conjoint, enfants) y demeure, ou si vous exercez une activité professionnelle, salariée ou non, en France.

Attention : si vous quittez la France en cours d’année, vous devrez acquitter l’impôt sur le revenu au prorata des mois passés sur le territoire. Informez votre centre des impôts de votre nouveau lieu de résidence, en lui adressant un recommandé.

Trouver un toit

Le logement et son financement à l’étranger sont les principales préoccupations du futur expatrié. Certains pourront s’offrir les services d’une agence de relocation qui les aidera à trouver un logis. Les autres devront recourir aux petites annonces, malgré les difficultés à faire un choix à distance.

Les loyers ne sont pas forcément moins chers dans les pays émergents, notamment en centre-ville. Et, s’il est possible de s’éloigner du centre lorsqu’on vit seul ou en couple, cela devient compliqué lorsque ses enfants sont scolarisés dans une école française en ville… Vous pouvez consulter le classement des villes offrant le meilleur rapport entre le coût et la qualité de vie, publié tous les ans.

Demander le permis de conduire international

Le permis de conduire obtenu en France est valable en Europe et dans les pays ayant passé un accord avec la France. Pour tous renseignements, consulter France diplomatie.

Pour les autres destinations, vous devrez demander, avant votre départ, le permis de conduire international : traduction officielle de votre permis français, il est délivré gratuitement auprès de la préfecture ou de la sous-préfecture ou de certaines mairies (formulaire Cerfa 14881*01 et pièces justificatives).

Attention, même si ce document est valable trois ans, certains pays limitent sa durée de validité : un an aux États-Unis si vous êtes de passage, mais trois mois si vous êtes résident. Il est alors plus simple de repasser son permis (code et conduite), pour obtenir la « driver’s license » qui ne coûte que 20 € (renseignements sur le site de l’ambassade de France aux États-Unis à Washington).

Associer sa famille

La principale cause d’échec d’une expatriation n’est pas d’ordre culturel ou professionnel, mais familial : le conjoint ou les enfants ne trouvent pas leurs marques, faute d’avoir été préparés.

« Le conjoint d’expatrié, souvent une femme, s’imagine qu’il va pouvoir mener de front vie de famille et carrière, comme en France. Or, seulement 40 % des conjointes trouveront un poste », note Alix Carnot, directrice du développement d’Expat Communication, service d’accompagnement pour les expatriés. Ainsi, certaines grandes entreprises financent des séances d’accompagnement au conjoint du futur expatrié. Et ce n’est pas par philanthropie ! Elles connaissent le coût, financier et humain, d’un retour précipité.

« Changer de repères culturels demande de se mettre en condition »

Magdalena ZILVETI CHALAND, psychologue, spécialisée dans l’accompagnement des expatriés, auteur de Réussir sa vie d’expat’ (éditions Eyrolles, 2015).

S’expatrier implique de se confronter à des changements dont on sous-estime souvent les effets : non seulement il faut découvrir les particularités climatiques, politiques, socio-économiques, culturelles et linguistiques du pays, mais également comprendre le mode de vie, les codes et les coutumes locales.

Préparer son départ permet de limiter les risques de confusion et de malentendus, mais aussi de mieux vivre la distance avec les proches, la perte de repères. Celui qui part travailler à l’étranger doit aussi faire face au stress et à la pression provoqués par le nouveau défi professionnel. Cette tension est d’autant plus forte que le projet a été idéalisé. Changer de pays et de travail modifie à la fois l’espace de vie et l’espace d’actions et de réalisations personnelles. C’est un double choc.

« Le visa d’entrepreneur a été difficile à obtenir »

Adrien Terras, 34 ans, travaille à Hong Kong depuis quatre ans

Je suis arrivé à Hong Kong sans avoir de travail, car j’avais suivi ma compagne de l’époque. Dans une ville aussi dynamique, il est difficile de rester inactif. J’ai donc créé mon entreprise dans le conseil en stratégie numérique. Le visa pour entrepreneur a été difficile à obtenir : les autorités locales s’assurent que l’on apportera une vraie valeur ajoutée, ce qui est normal. Contrairement à ce que l’on imagine, cette ville n’est pas un eldorado, personne ne vous attend ! Aujourd’hui, mon entreprise fonctionne bien, j’ai des clients fidèles, même s’il faut travailler dur pour se faire une place. Les loyers sont élevés, mais les salaires également, ce qui compense. Malgré la chaleur et l’humidité, je profite pleinement de la vie à Hong Kong.

« Malgré les difficultés, ce séjour m’a fait grandir »

Annabelle Thomas, 25 ans, a passé dix mois à Londres

Après mon école de commerce, je suis partie à Londres pour améliorer mon niveau d’anglais, tout en travaillant. Aussitôt, les problèmes ont commencé : il a fallu se loger, à un prix accessible. Je n’ai d’abord trouvé qu’une colocation, loin du centre : une chambre de 7 m2 à 1 100 € par mois !

Après quelques déconvenues professionnelles, car mon anglais était insuffisant, j’ai décroché un job de nounou chez une famille aisée. J’ai tenu quelques mois, avant de rentrer en France. Malgré les difficultés, ce séjour m’a fait grandir. Je suis fière de l’avoir fait… même si j’y ai laissé 6 000 €.

« J’ai choisi l’Afrique, pour vivre autrement »

Anna Perinic, 47 ans, a vécu trois ans à Dakar

À l’approche de la quarantaine, je voulais changer de vie, évoluer dans un univers plus solidaire. Un événement extérieur a précipité les choses : mon cabinet de conseil a mis la clé sous la porte. C’était le moment ou jamais. J’ai décidé d’aller à Dakar, au Sénégal, pour gérer un projet de développement solidaire du groupe Danone : la Laiterie du Berger. La mission devait durer six mois. J’y suis restée trois ans.

À Dakar, la vie d’expatrié est facile, les nouveaux venus sont bien accueillis, même s’il est plus facile de s’intégrer aux cercles des expatriés qu’à la communauté sénégalaise. Les différences culturelles jouent fortement. L’autre difficulté est le changement d’habitudes alimentaires… surtout pour un Français.