L'art de négocier son préavis

Lorsque vous démissionnez, vous êtes tenu de respecter un certain délai avant de partir. Mais il est toujours possible d’en discuter la durée, voire la suppression, avec votre employeur. Nos pistes pour trouver un terrain d’entente.

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Négocier son préavis de démission
© Istock / nimis69

Privilégier la discussion avec sa hiérarchie

À 29 ans, Alice en est déjà à son troisième employeur. À chaque fois qu’elle a démissionné, cette juriste spécialisée dans le numérique a réussi à réduire à deux mois son préavis de trois mois. « J’ai toujours négocié avec mon chef, avant d’envoyer ma lettre de démission. Même la deuxième fois, alors que le contexte était tendu, ça a marché », témoigne-t-elle.

Négocier un départ anticipé

Fixée par le Code du travail, par votre convention collective ou par les usages de votre profession, la durée du préavis est généralement de deux mois pour un employé, de trois mois pour un cadre. Quand on a perdu la motivation ou qu’un autre poste vous attend, le temps paraît long.

Mais comment négocier un départ anticipé ? « La personne doit puiser dans l’analyse de son activité et dans la culture de l’entreprise les arguments qui feront mouche. Par exemple, un salarié très mobile peut annoncer qu’il continuera à gérer ses clients pendant son préavis, mais à distance, en réduisant ses déplacements. Si ce n’est pas dans l’intérêt de l’entreprise, l’employeur préférera écourter le préavis et confier les dossiers à un collègue du collaborateur », indique Cécile Garofoli, consultante en développement professionnel à l’Apec.

Attention !

La période de préavis non effectuée n’est pas rémunérée, sauf si la dispense de préavis est à l’initiative de l’employeur.

Anticiper sa succession, former son successeur

« Il faut que le collaborateur démontre qu’il a préparé le passage de relais : dossiers à jour et prêts à être transférés, formation éventuelle d’un collègue sur un élément particulier de sa mission. Un départ anticipé dans ces conditions est, pour l’employeur, moins préjudiciable qu’un préavis effectué jusqu’au bout par un collaborateur désengagé », souligne Cécile Garofoli.

Vous pouvez aussi négocier une réduction de préavis contre un engagement actif dans le recrutement de votre successeur et dans son accompagnement. Alice a ainsi aidé à sélectionner les candidats à son poste. Le choix de son remplaçant a été validé par la DRH. « Je n’avais jamais fait cet exercice. Cela a ajouté une corde à mon arc », se félicite-t-elle.

Quitter l'entreprise en bons termes

La règle à avoir en tête : quitter l’entreprise en bons termes. « On ne sait pas de quoi demain sera fait. Vous pourrez croiser votre manager quelques années plus tard dans votre vie professionnelle. Mieux vaut avoir soigné son départ », conseille Cécile Garofoli.

Utiliser ses heures de recherche d’emploi et de RTT

Certaines conventions collectives prévoient des heures de recherche d’emploi en cas de démission ou de licenciement (deux heures par jour, en général). Vous pouvez demander à votre employeur de les cumuler afin de réduire votre préavis, mais il n’est pas obligé d’accepter. Si vous avez des heures de RTT à récupérer, c’est le moment de les solder. Elles diminueront d’autant la période qu’il vous reste à passer dans l’entreprise.

Les congés payés ne réduisent pas le préavis. Ce dernier est suspendu pendant cette période. Mais en pratique, avec l’accord de votre employeur, vous pouvez utiliser les jours qu’il vous reste à prendre pour avancer votre départ. Vos congés vous sont payés au moment de la rupture du contrat. Vous recevez alors une indemnité de congés payés.

Le non-respect du préavis est sanctionné

Pour François-Xavier Michel, avocat au cabinet Cornet Vincent Ségurel, à Rennes, le salarié qui demande à ne pas effectuer ou à réduire son préavis doit recueillir l’accord préalable de son employeur. Il doit formuler sa demande par écrit en indiquant la date de départ souhaitée. Si l’employeur l’accepte, le contrat est rompu à cette date.Un salarié qui décide unilatéralement de ne pas exécuter son préavis s’expose à ce que son employeur saisisse les prud’hommes pour rupture abusive de préavis. Si celle-ci est reconnue, il sera condamné à verser l’indemnité correspondant à la durée du préavis non exécutée. Naturellement, l’employeur s’engagera plus volontiers dans une telle procédure si les montants en jeu sont élevés.

Autre pratique constatée, l’utilisation de l’arrêt maladie qui, sans suspendre le préavis, permet au salarié de ne plus revenir travailler, si l’arrêt est prolongé jusqu’à la fin du contrat de travail. Mais si une contre-visite médicale conclut à un arrêt non justifié, l’employeur sera dispensé de verser le complément de salaire s’ajoutant aux indemnités journalières (IJ), et la caisse d’Assurance-maladie pourra cesser le versement de ces IJ.

Les cas de dispense de préavis

Vous n’êtes pas tenu d’exécuter votre préavis dans les cas suivants :

  • démission pendant la grossesse ou pour élever un enfant ;
  • démission à l’issue d’un congé pour création d’entreprise.

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