Apprendre un métier en alternance

La réforme de la formation professionnelle engagée en 2018 a créé la reconversion ou la promotion par alternance (Pro-A). Ce nouveau contrat a pour but de favoriser l'évolution des salariés en poste, leur promotion professionnelle et leur maintien dans l’emploi. L'occasion de faire le point sur les quatre dispositifs permettant de partager son temps entre un centre d'enseignement et une entreprise.

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Dès 15 ans et tout au long de sa carrière professionnelle, des formations permettent de se reconvertir ou de se perfectionner.
© adobestock

L'alternance est une bonne solution pour se former. Nous vous présentons les quatre types de contrats qui vous permettront selon votre âge d'apprendre un métier, de changer de profession ou de vous perfectionner.

L'apprentissage : de 15 à 29 ans

Pourqui?Dès 15 ans, à condition d’avoir terminé le cycle du collège. Sans cela, il faut attendre 16 ans. Quant à l’âge limite, la réforme l’a fixé à 29 ans révolus. Certaines situations permettent d’aller au-delà de ce seuil (reconnaissance de travailleur handicapé, création ou reprise d’entreprise). «L’accès au contrat d’apprentissage est très ouvert, souligne Romain Pigeaud, consultant à la direction Droit de la formation de Centre Inffo. Contrairementauxidéesreçues,onpeut yprétendreensortantdel’écoleoudelafac, aprèsuneclassepréparatoire,enétantinscrit auchômage…Toutestpossible.»

>Pour quel objectif ? L’obtention d’un diplôme ou d’un titre professionnel reconnu, inscrit au répertoire national des certifications professionnelles (RNCP), du CAP au diplôme d’ingénieur (bac + 5). L’apprentissage mène à tous les métiers.

>Quels sont les employeurs impliqués ? «Tousles employeurs, répond Romain Pigeaud, tels que le boucher de quartier, leconseil départemental ou le groupe industriel. Les employeurs publics, notamment, se sont fortementmobiliséscesdernièresannéespour développer l’apprentissage. » Attention, la principale condition d’accès à l’apprentissage reste de trouver un employeur.

Quels établissements de formation contacter ? Les centres ou les unités de formation d’apprentis (CFA ou UFA). La dernière réforme a libéralisé le marché de l’apprentissage. Tout organisme de formation pourra désormais proposer des formations en alternance.

>L’organisationducursus.L’alternance des périodes en CFA et en entreprise ne répond à aucune règle, si ce n’est que la formation théorique en CFA ne peut être inférieure à 25% de la durée totale du contrat, soit 400 heures par an. Le contrat d’apprentissage peut être un CDI ou un CDD de la durée de la formation, de six mois à trois ans selon le diplôme visé. Une fois le contrat signé, l’apprenti reçoit une carte d’étudiant des métiers et bénéficie de la plupart des avantages dévolus aux étudiants. Mais, avant tout, il devient un salarié, soumis aux mêmes obligations et droits que ses collègues de travail. Seul son salaire diffère. 

Leniveauderémunération.La loi fixe une rémunération brute mensuelle minimale qui varie selon l’âge et l’année d’exécution du contrat. Soit, en 2019, en première année :

  • un jeune de moins de 18 ans touche un salaire mensuel de 27% du Smic (ou du minimum conventionnel de branche s’il est plus favorable), soit 410,73 euros brut.
  • Entre 18 et 20 ans, son salaire mensuel monte à 43% du Smic (654,12 euros brut).
  • Entre 21 et 25 ans, le salaire mensuel est à 53% du Smic (806,24 euros brut).
  • À partir de 26 ans, il est à 100% (1521,22 euros brut).
  • À l’issue du contrat d’apprentissage, la prime de précarité n’est pas due à l’apprenti. En cas d’embauche, la période d’apprentissage sera comptabilisée dans l’ancienneté.

“Le rythme est très dur”

Carles MORINCOME, 19 ans, en 2e année de BTS informatique, en apprentissage à Tarbes (65)

Après mon bac professionnel, j’ai fait un stage chez Sud-Ouest Mutualité. Ça m’a beaucoup plu. Mais je voulais aussi continuer mes études. C’est mon père qui m’a parlé de l’alternance, que je ne connaissais pas. Dans ma ville, il n’y a pas de CFA en informatique. Mais le lycée Marie-Curie est en lien avec un CFA de Toulouse. Je m’y suis inscrit en BTS et j’ai signé un contrat avec la mutuelle. J’ai intégré une classe de BTS classique, car il n’y avait pas assez de candidats à l’apprentissage. Alors, quand je suis en entreprise, les autres élèves, eux, sont en cours. Le rythme est très dur. Au départ, il m’a fallu un peu de temps pour m’adapter à tout cela, mais je suis satisfait de mon choix. J’ai un salaire (de presque 1000 euros net par mois) et, en même temps, je sais que cette expérience, sur mon CV, est très valorisée sur le marché du travail.

Le contrat de professionnalisation : de 16 à 25 ans

Pourqui ?Cette formation s'adresse aux jeunes de 16 à 25 ans révolus, sans condition de diplôme et quel que soit leur statut initial (élèves, étudiants, salariés, demandeurs d’emploi…).

Pourquelobjectif?L’obtention d’un diplôme ou d’un titre professionnel reconnu inscrit au RNCP, d’une qualification reconnue dans les classifications d’une convention collective de branche ou d’un certificat de qualification professionnelle (CQP).

Quelssontlesemployeursimpliqués? Tous les employeurs de droit privé ainsi que les établissements publics à caractère industriel et commercial (EPIC). L’État, les collectivités territoriales et leurs établissements publics à caractère administratif en sont exclus.

Quels établissements de formation contacter ? Tout organisme de formation, y compris un service de formation interne à une entreprise, pourvu qu’il respecte le cadre réglementaire prévu pour ce type de formation (en alternance).

L’organisationducursus.Qu’il s’agisse d’un CDD ou d’un CDI, la période d’alternance, dite « de professionnalisation », dure entre six et douze mois, si besoin jusqu’à trente-six mois (ou vingt-quatre dans le cadre d’un CDI) dans certains cas (jeune sorti du système scolaire sans qualification, par exemple). Le temps de formation doit équivaloir à au moins 150 heures par an et représenter entre 15 et 25% de la période de professionnalisation.

Leniveauderémunération.Le temps de formation moindre que l’apprentissage explique en partie pourquoi les minima salariaux sont plus élevés que ceux de l’apprentissage. Pour leur calcul, la loi distingue les titulaires d’un diplôme non professionnel de niveau bac, ou d’un titre professionnel inférieur au bac, des titulaires, d’un titre ou diplôme à finalité professionnelle égal ou supérieur au bac. En “contrat pro”, les premiers relèvent du salaire minimum mensuel de base, soit 55% du Smic pour les moins de 21 ans (836,67 euros en 2019) et 70 % au-delà (1064,85 euros). Les seconds touchent le salaire minimum majoré, soit 65% du Smic pour les moins de 21 ans (988,80 euros) et 80% au-delà (1216,98 euros). La prime de précarité n’est pas due à l’issue du contrat, mais la période de professionnalisation est comptabilisée dans l’ancienneté en cas d’embauche. 

APPRENTISSAGE OU CONTRAT PRO : QUE CHOISIR ?

De prime abord, «il est bien difficile de voir la différence», concède Pascale Schmuck, directrice de l’IRFA-Est, à Mulhouse. Leur finalité est en effet globalement identique : apprendre un métier au plus près du terrain, s’assurer d’une insertion professionnelle rapide, tout en acquérant de l’autonomie financière. C’est l’approche pédagogique qui n’est pas exactement la même. «Les CFA proposent une pédagogie assez proche de celle de l’enseignement professionnel de l’Éducation nationale», estime-t-elle. Dans les centres de formation, qui s’adressent à des candidats au contrat de professionnalisation comme à des professionnels déjà en activité, «on est plus proche du monde du travail, affirme-t-elle. Cela correspond mieux aux jeunes qui ont besoin ou envie de sortir de celui de l’école».

À noter : jusqu’en décembre 2021, à titre expérimental,
un contrat de professionnalisation peut être signé, sans titre professionnel à la clé.
Le contenu de la formation est alors défini en fonction des compétences nécessaires à l’entreprise et du profil du stagiaire.

Le contrat de professionnalisation : à partir de 26 ans

Pour qui ? Cette formation s'adresse aux personnes de 26 ans et plus, lorsqu’elles sont demandeuses d’emploi, bénéficiaires du RSA, de l’allocation de solidarité spécifique, de l’allocation adulte handicapé, ou qui ont bénéficié d’un contrat unique d’insertion.

Sescaractéristiques.Elles sont identiques à celles des contrats de professionnalisation pour les moins de 26 ans, à l’exception du salaire qui, pendant la période d’alternance, ne peut pas être inférieur au Smic et à 85% de la rémunération minimale conventionnelle applicable dans l’entreprise.

Jeanne BORDELET DEFROCOURT,50 ans, future cadre de l’Éducation populaire, en contrat de professionnalisation

“C’est une opportunité incroyable !”

Après vingt-cinq ans dans l’Éducation nationale, j’ai été radiée, à la suite d’un long arrêt maladie. Non indemnisée par Pôle emploi, j’ai fait un tas de petits boulots non qualifiés pendant cinq mois. C’est à ce moment-là qu’un ami m’a parlé d’une formation en contrat de professionnalisation proposée par la Fédération des maisons des jeunes et de la culture d’Île-de-France et l’université de Créteil. En deux ans, cette formation va me permettre d’obtenir un master professionnel et un titre professionnel de cadre de l’Éducation populaire. Même si j’ai obtenu le concours d’enseignant (accessible sans la licence lorsque l’on a trois enfants), je n’ai que le bac. C’est une opportunité incroyable ! Et mes missions au sein du conservatoire à rayonnement départemental d’Évry, mon employeur, me passionnent. Une nouvelle vie commence !

La PRO-A : pour les salariés en poste

Pourqui ?Cette formation s'adresse aux  salariés en CDI, dont le niveau de qualification est inférieur à la licence.

Pour quel objectif ? Se former pour acquérir des compétences ou changer de métier au sein de son entreprise.

L’organisation du cursus. Le salarié et l’employeur signent un avenant au contrat, qui organise la période de professionnalisation: 150 heures de formation, qui doivent représenter 15 à 25 % de la durée totale de la période d’alternance (six à douze mois, voire plus pour certaines personnes). «La Pro-Adémarreplutôtdoucement», reconnaît Romain Pigeaud. Un décret devait paraître cet automne pour assouplir ses conditions d’accès et d’utilisation. La Pro-A pourrait permettre notamment de mener une action de validation des acquis de l’expérience (VAE) ou de passer le certificat CléA (certificat de connaissances et de compétences professionnelles). Avoir un niveau égal ou supérieur à la licence ne serait plus un obstacle.

“J’ai trouvé ma voie”

Enzo BORTONE, 20 ans, en 1re année de BTS commercial, en contrat de professionnalisation

J’ai obtenu un bac ST2S en juin 2018. Je m’étais inscrit à Parcoursup avec le projet de devenir infirmier de l’armée, mais le système n’a pas validé mes demandes... On m’a proposé la fac, mais ça ne m’intéressait pas. J’ai enchaîné les petits boulots dès le mois d’août. Puis j’ai signé un CDI à la forge chez PSA. Entre-temps, j’ai compris que je n’étais pas fait pour travailler dans l’armée, où je suis réserviste de la marine depuis 2017. Mais je ne voulais pas non plus continuer à la forge. Ma copine, qui prépare un DUT, m’a fait découvrir le monde du commerce. J’ai participé à un “job dating” organisé par le centre de formation IRFA-Est. Deux mois après, l’entreprise Springinsfeld m’a appelé. J’y ai fait deux semaines d’intérim, puis j’ai signé un contrat de professionnalisation pour un BTS. Je suis polyvalent, je me déplace beaucoup, ça me plaît. J’ai trouvé ma voie!

df
Marion Esquerré
Publié le

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