Travailler en open space : un calvaire ?

Travailler en open space : un calvaire ?

De plus en plus de salariés travaillent en open space, souvent sans l'avoir choisi. Certains aménagements simples peuvent améliorer la cohabitation.

Dans une enquête publiée sur le "Journal du Net", un magazine en ligne consacré à l’économie et au management, 63 % des personnes interrogées déclaraient "plutôt gênant", voire "clairement insupportable", de travailler dans un "open space", un espace de travail ouvert. S’ils le pouvaient, ils seraient 72 % à vouloir travailler dans un bureau, seuls ou à plusieurs.

Hélas pour eux, la tendance n’est pas au bureau cloisonné. Raison principale : son coût. Sur un plateau ouvert, on peut mettre de 25 à 30 % de postes de travail de plus que dans un espace divisé en bureaux.

Des aménagements pour mieux vivre en open space

Alors, est-on condamné à subir cette proximité sans pouvoir rien modifier ? Pas tout à fait. "Il existe un certain nombre d’aménagements permettant d’agir sur les trois sujets de plainte récurrents : le bruit, l’absence d’intimité, la circulation, responsables de la fatigue physique et mentale des salariés travaillant en open space", indique Élisabeth Pélegrin-Genel, architecte et psychologue du travail, spécialiste des espaces de bureaux (auteur de "25 espaces de bureaux" aux éditions Le Moniteur).

Respecter certaines règles

Concernant le bruit, elle conseille de rappeler les règles générales de respect des autres. Certaines entreprises les affichent dans leurs locaux, telle Sodexo, société de restauration collective.

Sa "charte du bien-vivre Issy" (le siège de Sodexo est situé à Issy-les-Moulineaux, dans les Hauts-de-Seine) énonce une série de règles simples : réduire les sonneries des téléphones et renvoyer les lignes en cas d’absence, se déplacer au lieu d’interpeller un collègue, n’utiliser le mode mains-libres que dans les salles de réunion, ou encore modérer le volume de sa voix.

Si l’on veut échanger, direction les salles de réunion. Pour plus d’intimité dans les inévitables conversations privées, le portable est de premier recours.

Créer une certaine intimité au bureau

Travailler en open space, c’est être en permanence sous le regard des autres : les collègues immédiats mais aussi ceux qui se trouvent sur le chemin de passage. La visibilité de l’écran d’ordinateur est particulièrement désagréable.

Des petits malins ont trouvé la parade : le rétroviseur d’écran, qui permet d’avoir un œil sur son dos ! "Fini l’attaque cardiaque quand vous entendez à 20 cm de vous la voix du boss", promet un site de vente de produits high tech sur Internet.

Autre accessoire : le filtre obscurcisseur d’écran, qui rend la lecture impossible quand on n’est pas juste en face. Amusant, mais pas suffisant. "Le problème des salariés n’est pas qu’on regarde leur écran mais qu’ils soient privés d’intimité", soutient Élisabeth Pélegrin-Genel.

Dans le même ordre d’idée, le port d’écouteurs reliés au MP3 est très pratiqué. Il permet tout autant de se créer une bulle d’intimité qu’il sert à se protéger contre le bruit.

S’adresser à un expert pour réaménager l'espace


L’architecte préconise plutôt une réflexion sur la réorganisation des postes, menée par quelques salariés motivés. "Une demi-journée consacrée à ce thème permet de trouver des solutions et d’aller rencontrer sa hiérarchie muni de propositions concrètes ayant des chances d’être mieux accueillies que des plaintes. Ainsi, des employés d’une PME ont réaménagé leur espace de façon à ne créer qu’un seul îlot - dans un îlot, les écrans sont visibles de tous -, celui-ci étant dédié aux stagiaires. Les sédentaires sont à présent installés dos au mur, avec un écran visible d’eux seuls et une vue sur l’ensemble de la plate-forme."

D’autres aménagements, pas ou peu coûteux, sont possibles, comme écarter son bureau de 30 cm de l’espace de circulation et installer des rangements qui feront office de cloisons. Une grande plante verte au pied du bureau joue aussi un rôle de paravent.

Le rôle du CHSCT

Dans les entreprises de plus de cinquante salariés, le CHSCT (comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail) peut être sollicité pour constater les problèmes et donner son avis sur des modifications.

Dans ce cas, il est judicieux d’avoir recours à un expert : médecin du travail ou architecte. C’est encore mieux s’il intervient avant l’aménagement. Sa connaissance de la réalité du travail peut permettre d’éviter des erreurs grossières, comme installer quatre personnes qui téléphonent sans cesse - des commerciaux, par exemple - au milieu de personnes qui ont un travail de dossiers ou de conception.

Les salariés dont la marge de manœuvre est très réduite se consoleront en apprenant que l’open space a au moins eu le mérite d’apporter une liberté de mouvement, surtout aux non-cadres. "Pendant très longtemps, les gens ont été attachés à leur bureau, explique Élisabeth Pélegrin-Genel. L’open space a habitué les gens à bouger. Aujourd’hui, plus personne ne s’étonne de ne pas trouver quelqu’un à son poste."

Quelle surface par salarié ?

En matière d’espace au travail, il n’existe aucune norme légale, mais des recommandations. Pour l’Institut national de recherche et de sécurité (INRS), la surface minimale recommandée est de 10 m2 utiles par personne, utiles signifiant qu’il faut exclure, dans le calcul, les espaces de circulation et les toilettes.

Dans un espace ouvert, la surface par salarié tombe légèrement en dessous au profit des dégagements. Elle descend à 6 m2 dans les centres d’appel.